‹ Itinéraire général de la France (volume 2)Chapitre 187 sur 257 · DE PLOERMEL A NAPOLÉONVILLE · texte numérisé non relu

DE PLOERMEL A NAPOLÉONVILLE

4G kil. — Route de poste.

Au delà de l'ÊLang-au-Duc, à dr., la roule franchit le ruisseau d'ivet, à peu de distance de

2 kil. TaupmUy v. de 3357 hab.

VégUse^ en grande partie romane, a été remaniée aux xv ' et xvi' s. ; les vantaux et les ferrures du portail Accidentai datent de cette dernière époque. A lintérieur, on remarque

fm DË RBKNES A NAPOLÉON VILLE. [ROUTE 66]

f'es chapiteaux curieusement sculp- ' tés. Dans le cimetière, se ti-ouve un calvaire à personnages.

Au delà du ruisseau de Niniant et (Itt hameau de VÀhbaye- aux- Oies (à g.}) à mi-chemin de PloSrmel à Josselln, on aperçoit h g., au centre (l'une étoile formée par des allées de pins et de cyprès, une vieille rrnix de pierre et une pyramide de granit, élevées en remplacement du chêne de minvoie près duquel eut lieu le célèbre combat des Trente (27 mars 1351).

Ce combat, Tun des plus brillants exploits chevaleresques de notre histoire, rappelle les combats de l'Iliade ; la victoire y fut disputée avec un tel acharnement que Froîssard, pour décrire un combat opiniâtre ne manque pas d'ajouter : « On s'y battit comme au combat des Ire n te. »

C est à ce chroniqueur et à un trouvère, son contemporain, que nous empruntons, en Tabrégeaut, le récit de cet événement glorieux.

La pncrre civile qui s'était élevée en Bretagne, en 134!, à la mort du duc Jtidu iii, entre les deux compétitears au duthé, Charles de Blois, appuyé par les Français, et Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, n'avait rien perdu de sa force dix ans après, c'est-à-dire en 1351. Cependant les rois de France et d'Ani^le terp^ étant convenus d'une trêve en 1348, il ne se livrait pas d«?['ui9 lors de batailles rangées, mais chaque jour était témotn de quelque engagement particulier. Seulement, il avait été stipulé entre les tieux partis que les gens qui ne portaient point }ês armes. c*est-à-dlre les marchands et les cultivateurs inoiTensifs, seraient respectes do tons. Au mépris de cette convention, Richard Bembro, capitaine anglais, qui tenait la place de Ploërmel pour la veuve et le fils de Jean de Montfort, se mit à ravager le pays qu'il remplit de deuil et de misère. Non content de piller les métairies, il en enlevait les habitants Que ses soudards chassaient enchaînés devant eux dans les priï^ons de Ploërmel, d'où ils ne sortaient qu après avoir été rançonnés sans pitié. Indigné, Jean de ' Benumanoii', capitaine du château de Josselin pour la comtesse de Penthièvre, se rendit à Pioèrmel, et, reprochant ces ex>

ces à Bembro, lui proposa un défi. « Mais, lui dît-il, pour épargner le sang de not guerriers, viions notre querelle dans un combat de trente contre trente : cest assez pour couvrir d'une gloire impérissable la bannière qui triomphera. i>

En apprenant Vemprise projetée, tous les chevaliers ou écuyers de Jo'^sclin briguèrent l'honneur de faire partie des trente champions de Beanmanoir, qui n'eut ainsi que l'embarras dn choix. Bembro éprouva, pour former son contigent, un embarras tout différent. Il ne put rencontrer dans la garnison de Ploërmel assez d'Anglais pour compléter le chiffre trente, et il fut obligé pour y atteindre, de prendre des routiers flamands ou brabançons, et même des Bretons du parti 'de ■ Jeanne de Flandre comtesse de Montfort.

Au jour fixé pour la rencontre (-27 mars 1351), les soixante-deux champions se rencontrèrent autour du chêne de mi^ voie. n<'mhro proposa de rompre la partie sous prétexte qu'i's s'y étaient engages sans le consentement de leurs souverains, et qu'ils feraient périr beaucoup de br«ves sans utilité, Bcaumanoir répondit que

c'cstoit trop tard pensé, et que, puisqu'il avoit pris la poine de venir, il ne s'en retoumeroit sans mener les maine et sçavoir qui arnit plus belle amie, n

Aussitôt les juges du camp firent sorUr de la lice tous les gentilshommes des en* virons venus, sous saufconduit, pour être témoins du combat; les adversaires se rangèrent à chaque bout, sur une seule ligne de front, et au signal des hérauts, '< tantôt se coururent sus et se combattirent fortement toiiî en nn tas. » T.f^ premier choc fut funeste aux Bretons, dont plusieurs furent tués on gravement bleeses; néanmmns le combat continua avec un acharnement sans exemple jusqu'à ce qu'enûn, épuises de fatigue, les combattants conviennent d'une suspension d*ar- « mes pour se désaltérer et reprendre hAleine.

Pendant cette trêve, Beaumanoir arme chevalier, sur le théâtre même du oombat,

Geoffroi de la Roche, l'un de ses écuyerm, qui, se relevant aussitôt, appelle ses compagnons et provoque les Anglais. Le combat recommence immédiatement, plus terrible que jamais. Bembro cherche Beaumanoir pour se mesurer corps a corps avec Ini, mais en ce momenl-la même, deux Bretons, Alain de Keranrais et Geoffroi da Bois, all( i^^ijciit le chef anglais et le blessent à mort. L aventurier allem sn î Croquart prend sur-le-champ Ut commande-

[Bouts 66] LE COMBAT DES

TAENT£. — JÔSSELIN. 467

ment des Anglais. La mêlée devient plus êpaltse et Beaumanoir est blessé à son

tour. La perte de son sang, le jeûne, car le baron breton a jeûné, rendent sa soif ardente. Geollroi du tiois lui crie ces mots éobllmes :

• Boit ton sang, Beaumanoir» lé soif te

passera »i

Beaumanoir oublie sa soif et se jclte de itotaTean dans la lutte. Bu c6té des Anglais, icTi? se tiennr'nt serres et résistent comme un faisceau au choc des Bretons.

Alors, l'un de cei derniers, Guillanme de Montatiban, s'avise d'un stratagèmequidoit avoir un plein succès. Se tirant ù l'écart, il chausse vite ses ép.ron$, monte à cheval et feint de fair. Beannanotr nnvtetite sor sa lâcheté qu'on reprochera à loi et à sa race: mais Montanban reprend :

» Besoignez, Beaumanoir, car bien besoif neray. ■

Il prend en même lemps du champ, fait ▼olte-fâceetse précipit ■ sur U s Anglaîsnvcc nne telle force, qu'il rompt leurs lignes et Tonferse sept ennemis par terre. Une fott entamés, leur déTsIie est bientôt aebOTée, et chaque chevalier ou ccuyer brelon fait son prisoauier. Hoburt Kiioiies et Huo de Caveriey, qui firent depuis de belles armes ailleurs, Thoniclin nencfort, Croquart, J'-an Piaisunton, P.aoul cl Ilr lcoq. son frère, Repefot t et Richard de la Lande, sont, les nns eonduits an château de Job> selin, les autres relftcliTs sur parole.

Il Ainsi finit, dit M. Pol de Courcy, la bataille des Trente , qui eut lieu dans le comté de Porhoët, le samedi avant Lmtare Jérusalem. troir. èt c - tempera: n dont nous avons suivi le pocme ne manque pas de réclamer des prières pour tous les combattants, soit Anglais, soit Bretons, qui ont trouvé la mort dans cette journée; puis il annonce, en terminant , qu'on en connaîtra tous les détails, soit par récit, soit par écrit, soit par représentation en tapi?"st rie, dans tous les royaumes que borne la mer. Maint gentil chevalier s'en Toudra réeréer et aussi mainte noble dame renommée par sa beauté, comme ils l'ont fait des gestes d vrlhui' - t de r.harlemagne, de Guiliaume au vourt nez^ de BoUand et d*Olivier, et dans trois cents ans on racontera encore Tbistolre de la bataille des Trente.

« Les prévisions du poète se sont trouvées dépassées. Plus de cinq siècles nous séi'arciii de ce fait mLinoral)Ie, qui nV-nt, il cbt vrai, aucun résultai polili iiu- « l ne fut, en delinitit'c, qu'un duel, cornuic il s^iSB livrait l^éqtusmment au moyen âge;

cependant le souvenir de ce duel patriotique n*a Hen perdu de sa fbrec, et Ton montre encorè, non loin de l'arène, une pièce de terre appelée le ( hnmp nvr Anglaift, où la tradition rapporte que furent enterrés les morts du parti de Bembro. h

L'obélisque de Mi-Voie, monument informe construit en granit par assises de 60 cent., a mèt. de hauteur t taie. Il aêtéinaugaré en I8î3 ;

niais la prnmi('>rr pierre avait été posée en 181!), ainsi fine le rappelle une inscription menti(Minnnt les noms des trente Bretons, coniprignons de Jean de Beaumanoir (KinFeription dit à tort : Jtob^r^ de Beaumanoir). Cetté pyramide n'indique pas Te n^! roi i précis du combat, qui eut lieu à 150 mèt. environ pln<?'(»in liai s l'intérieur des terres, près d un fnonliii. — La croix ava^i remplacé, au commencement du mv s., le chêne de mi>voie tombé de vétusté. Restaurée en 1776»

elle fut brisée en I79H; mais, de ses df-bris, on en a rrconsfrnit une autre, dans laquelle on a lait entrer ce ffui a pu ^tre rrlnniu- «le la première, et, en j ariicu ier, la pierie portaut cette inscription commémorative :

A la mémoire perpétvelle de la bataille des Trante

qve Mgr le marest-hal de Beavmanoîr a gaignec en ce l:ov l'aa l3Se«

13 kil. Josselin (hôt. : de la Grande- Maison, de la Croix-d'Or), ch.-l. de c, V. de 2766 hab. , ancienne caydtalc du comté de Porhoët. est bâtie dans une situation agrcuLie aur k rive dr. de l'Oust.

Dès le xii« s., cette petite cité, ceinte de remparts, était assez importante pour

arrêter Henri II d'Angleterre et le forcer, en lies, à un «iépo en rèple qui se termina par la destruction de la citadelle assise au bord de TOast, au Ifeu même oû 8*élève le château acîuLl

« Or, lontîlemps avant que Josselin fut une ville, dit M. Fouqnet {Légendes du Morbihan)^ on pauvre laboureur avait rcmanjué .h\ même où s'eleve l'éRliso Notr e Dame ) une ronce que les neiges et les verglas des plus rudes hivers ne pou- Talent dépouiller de ses feoilles toojour*

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