MAIN TENON
G9 kil. Maintenon (hôt Saint- Dentf), cb.-l. de c. de 1879 hab., situé à dr* du chemin de fer, en deçà de
l'aqueduc, doit sa notoriété à son château, que Louis XIV acheta en 1674 au marquis do Villeray pour en faire don à Françoise d'Aubigné, créée marquise de Blaîntenon en 1688.
Ce chftteau avait éié élevé par Jean Gottereau, trésorier des finances sous les rois Louis XI , Charles VIII , Louis XII et François 1'% et dont la fîUe unique, Isabeâu, épousa en 1526 Jacques d'Angemies , seigneur de Rambouillet, ta maison d*Ângennes Tendit Maintenon au marquis de Villeray. Lorsqu'elle maria sa nièce au duc d'Ayen, fils du maréchal de Noailles , Mme de Maintenon lui fit don de sa terre, qui depuis est toujours restée dans la famille de Noailles. Les armes de Jean Gottereau (d'argent à trois lézards de sable) sont sculptées sur les deux tourelles en encorhellement qui flanquent la porte d'entrée, autrefois munie d'un pont-levis. Le cliateau actuel est enviroiyé de larges et profonds fossés d'eaui vives, alimentés par l'Eure et par la Voise.
C*est à Jean Cottereau qu'est due la jolie chapelle^ ancionnement église paroissiale, dont les vitraux (diverses scènes de la Passion) brillent d'un vif éclat. Mme de Maintenon fit construire • l'aile dr. du château entre la grosse tour carrée et l'entrée principale; puis l'aile g. reliée h !n chnpelle et une longue galerie aiteriaiite à la chambre et au cabinet du roi, par laquelle il allait entendre la messe (M. le duc de Noailles a fait décorer magnifiquement cette galerie). La dépense de ces constructions s'éleva à 140000 livres.
Une antichambre, où dînait la célèbre épouse de Louis XIV, précède la chambre à coucher, tendue en étoffes du temps et que M. le duc de Noailles a &it restaurer avec le plus grand soin.
Le lit se dresse au fond ; Tameublement est complété par un portrait de la marquise etpar ceux des d'Aubigné*
BAETAQHB.
Les appartements historiques du chftteau sont ouverts comnlaisam-
ment aux étrangers, quand M. le duc (le Noailles est absent. Parmi les hôtes illustres qui les ont habités, nous devons citer Racine, qui y séjourna longtemps, lorsque Mme de Maintenon le chargea d'écrire pour les Demoiselles de Saint-Cyr les deux tragédies d'filfter et ^*Aihalie, L'une des avenue'^ ^^u parc , où le grand poëte se promenait souvent en composant ses vers, a consf^rvé le nom IX'aLlée Racine. Louis XIY ne fut pas non plus le dernier roi de sa race, rhôte de Maintenon. «Au milieu de la nuit du 3 août 1830, dit M. le duc de Noailles {Histoire de Mme de Mainte- 7ion), le bruit se répandit tout à coup à Mai u tenon que Charles X, obligé de fuir sa capitale et résidant depuis trois jours à HambouiUet, allait venir y demander un asile. Âtissitôt les ordres furent donnés, les appartements préparés, et, à 2 h. du matin, tout se trouva prêt à recevoir le triste cortège attendu. La nuit était calme et pure, la lune à demi voilée, et le silence n*était interrompu que par les pas de deux régiments de cavalerie qui défilaient sur le pont de la ville, après les(|uels défila aussi, sur le môme pont, lartillerie de la garde, mèche allumée. Cette marche guer* rière et silencieuse, le bruit sourd des canons, l'aspect des noirs caissons, réclat de ces torches au milieu des ténèbres, présentaient l'image trop véritable du convoi de la monarchie.
« A deux heures du matin, les premières voitures arrivèrent, ensuite M. le Dauphin et Mme la Dauphine,
Mme la duchesse de Berry, H. le due
de Bordeaux et Mademoiselle, enfin le roi pt toute sa suite.... En descendant de voiture, le roi paraissait accablé, sa lùie était penchée sur sa poitrine et pliait sous le poids des réflexions. U monta avec peine Tescalier qu'avait jadis monté LouisXlV, et il fut conduit dans l'appartement
DE PABIS AU MANS
[ROUTE l]
de Mme de Maintenon qu'on lui avait destiné ; celui qu'avait occupé Louis XIY' foit aujourd'hui partie de rappftrtement public. Il y resta quelque'^ moments avec sa famille, puis chacun des princes se retira chez lui, et Charles X, demeuré seul avec le maître et la mattresse du lieu, leur adressa ces paroles : «Je ne veux pas qo*oii fasse la guerre civile en France, et qu'on y versn du sang pour moi ; je m'éloigne. Mon regret est de n'avoir pas pu la rendre heureuse , car ça toujours été mon vœu le plus cher ; je vottlais sa puissance et sa tranquillité : tout mon désespoir est l'état dans lequel je la laisse. Que va-t-il arriver? Le duc d'Orléans lui-mêmo nVst pas certain d'avoir dan-^ (juinze jours la tête sur ses épaules. On m'assure que tout Paris marche contre moi ; je ne m'en suis pas fié cependant au rapport des commissaires : quand ils ont été sortis, j'ai rappelé Maison et je lui ai dit : « Je vous demande de « me dire, foi de soldat, si ce qu'ils « m'ont dit est vrai; » il m'a répondu : « Ils ne vous ont dit que la moici tié de la vérité. »
« La première cour du château se trouvait remplie par les voitures, les chevaux de main et des soldats couchés par terre. Dans la deuxième étaient quel([ues voitures encore avec la compagnie des cent suisses qui bivouaquait sur le pavé, et dont les officiers déchirèrent et se partagèrent le drapeau. De temps à autre, des détonations lointaines faisaient appréhender une attaque de nuit, mais ces détonations provenaient de quelques soldats qui déchargeaient leurs armes. Enfin le tumulte s'apaisa peu à peu et le silence re[)rit par degrés l'empire qui lui appartient pendant la nuit.... Le lendemain à 10 h., Charles X entendit la messe dans la chapelle du château. Ce fut dans cette petite chapelle que Tinfortuné monarque offrit à Dieu le sacrifice de la couronne qui lui était si doulou-
reusement arrachée. C'est en eflet à Maintenon que Charles X cessa véritablement de régner : c'est là qu'il licencia la garde royale et les cent suisses, ne gardant pour escorte que les gardes du corps qui l'accompagnèrent jusqu'à Cherbourg. Après la me&se^le roi remonta un instant dans sa chambre, et, à 11 h., le cortège se remit en route, laissant dans les ftmes une impression ineffaçable, et attachant à ces lieux déjà pleins de souvenirs une nouvelle et triste célébrité. »
Le parCf qui s'étend derrière le chAteau, est magnifique. Jean Gottereau y avait établi des Jardins fruitiers et des potagers; Mme de Maintenon le fit agrandir; le Nôtre y dessina un parterre,* construisit le grand canal passant sous laqueduc et planta les deux grandes avenues que l'on y voit encore. Trente ponts jetés sur les canaux, sur la Voise et sur l'Eure, relient entre elles de larges prairies, ombragées çà et \h par dos massifs et par des arbres de laute futaie. Mais ce qui rend surt4ut ce I arc remarquable, ce sont les ruines importantes du gigantesque aqueduc sur lequel Iiouis XIV avait entrepris de faire passer les eaux de l'Eure pour les amener dans les jardins de Versailles.
Cet aqueduc, destiné à réunir les deux collines entre lesquelles s'étend la vallée de Maintenon , devait être construit en maçonnerie, sur une lonp:ueur d'environ 4600 met. Au plus profond de la vallée, il devait s'élever sur 3 rangs d'arcades. Le 1" rang, le seul qui ait été construit, est composé de 47 arcades de
13 mèt. d'ouverture chacune sur
14 mèt. 60 c. de profondeur, et 975 mèt. de longueur totale. La hau teur des arches varie suivant l'inclinaison tlu sol ; les plus hautes atteignent 25 mèt. Les piles sont armées d'un contre-fort de 2 mèt. de saillie sur 8 mèt. de hauteur. L'élévatior.
totale de ce 1*' étage est de 30 mèt.
France par
LROUTE 1] MAINTENOI^. JODY. 19
Le 2* rang aurait été composé de
195 arcades, ayant environ 4000 mèt.
de longueur ; elles auraient eu 1 1 même largeur et la même profondeur que les 47 premières, sur 27 mèt.
d''élévatiun. Le '6"-' rang devait compter, sur 4645 mèt. de longueur, 390 arcades, ayant seulement 14 mèt.
de hauteur et dont 2 auraient répondu pour la Inrgeur h une arcade des rangs inférirurs. I/éluvation totale de l'édiUce aurait été de 72 mèt.
C'est au 3' étage, dans un canal de 2 mèL de largeur sur 1 mèt de profondeur, que devait couler la rivière.
Des corridors bordés d'un parapet se seraient étendus de chnque côté de ce canal, qui aurait rtfM-ouvrrt d'une voûte de pierre sur toute sa longueur.
Les fondations de ce colossal monument ont 5 mèt. de profondeur.
Ces immenses travaux furent commencés en 1G84 et continués avec la plus grande activité jus(iuen IGSH.
30 000 ouvriers y furent employi/s ; un • tiers seulement était composé de maçons et d'ouYriers ordinaires, le reste de soldats, que Louis XIV voulait occuper, pendant la paix, à des travaux utiles, pour les tenir en haleine et les préserver des dangers de l'oisiveté. Un grand nombre y périront « pour avancer de quelques années les plaisirs du roi, • a dit Mlle de la Fayette. La guerre de 1688 interrompit heureusement Texécution de cet aqueduc, dont les travaux abandonnés ne furent jamais repris.
Louis XV entreprit de démolir l'aqueduc pour eu employer les maLé- ' riauz, dans les environs de Dreux , au château de Grécy, qu'il donna à Mme de Pompadour. Il fit détruire ainsi les trois premières arcades , dont il ne reste que les piles. Toutes les autres mutilations ont été faites pendant et depuis la Révolution.
Viglise paroissiale, dédiée à saint Pierre et construite sotis Louis X(V, en 1687, mérite seulement une mention, ainsi que Vhôtelde «tUe de Maintenon,
[ [Corresp. pour : — (U kil.) Gai*
lardon ( ci-dessus) et (12 kil.) N'ogent-le Roi {V. V Itinéraire de la francCf NoaMANoiE, par Ad. Joanns.)]
En quittant la station de Maintenon, on franchit la rivière de Voise et sa jolie vallée sur un magnifique viaduc de 32 arches. Puis on laisse à
dr. le hameaude Mainrjoumoin (.'jOOh.) et le beau moulin de (a Folie ^ construit par M. le duc de Moailles, h l'endroit où l'Eure entre dans le parc de Maintenon pour passer sous l'aqueduc. Près du moulin est la ferme de la Folie, ancien petit manoir féo* dal encore flanqué de ses tourelles gothiques. Plus loin, la routo do Chm-. tres est bordée de nombreux muiiumeots druidiques , semés au pied d'un cot^u qui porte les vestiges encore distincts d'un oppidum gaulois, appelé le camp de César. Sur le coteau qui domine la vallée de l'Eure, se trouvent le hameau et le domaine (ie Gi'ogneulj que Louis XIV donna à.
Mme de Maintenon pour la dédommager des dégâts que la construction de l'aqueduc avait occasionnés dans sa propriété de Maintenon.
Le chemin de fer traverse Mévoistns, V. de 349 liab., où se voit encore la petite maison de CoUin d'Harle ville, dont la porte est surmontée du buste du poète. A dr. se montre ensuite Saini-Piat (784 hab. ). Véglite de ce village renferme un anrcophage chrétien du iv" s., en niarhre blanc, sur lequel sont sculptées les figures des douze Apôtres (mon. liist.}.
Côtoyantlavallée de l'Eure , on laisse k g. Soulaire$f v. de 464 hab.
78 kil. /ouy, v. de 1050 hab., sur rFure. possède une éfilisc du xv* s., et un chdteau entouré d'un |iarc. De;* carrières de marne sont exploitées sur son territoire.
A 3 kil. environ de Jouy, le chemin de fer longe à dr. le village de Saint-Prcst (1131 hab.), qui possède un château et une églisu dont quelques parties datent du xiii* s. Dans
DE PARIS
les carrières de Saint-Prest ont été trouvés, en 1849, des ossemeats d'animaux fossiles de diverses espèces, dont plusieurs éléphants. Décrivant de fortes courbes, la voie se rapproche de l'Eure, dont la rive g. est dominée parle v.de £Àv<(1300hab.), b&ti sur une colline. Les Romains avaient fait de cette hauteur le point de départ de leurs mesures itinéraires dans les Gaules. Sur le territoire de la commune se trouve une grotte ou caverne qui servit, dit-on, aux Druides. Dans le val, fut fondée, au xii's., Tabbaye de Josaphai^ dont il reste quelques bâtiments occupés par Tasiled'Alifrre. Cet asile couiprend l'hôpital rie-Thérèse, crée en 1818 pour les incurables du départ. d'Eureet-Loir, et Vasiïe dPAUgre proprement dit, fondé en 1828 par M. et Mme d'Aligre, pour 200 vieillards et 100 enfants. La chapelle a été reconstruite on 1844. Près de l'asile coule la fontaine de Miscouard, que les Druides regardaient comme sacrée.
La cathédrale de Chartres , surmontée de ses deux flèches, se montre au loin, au milieu des arbres qui entourent la ville. La voie ferrée franchit l'Eure sur un pont de 3 arches, et, décrivant une nouvelle courbe vers la dr,, traverse le faubourg SaifU^Jean sur un beau viaduc de 18 arches à plein cintre, avant d'atteindre la gare de Chartres établie sur de hauts remhlaiSjau milieu du ravin des Vauroux.
88 kil. Chartres.
BuPTBT à la gare.
Omnibus: — 50c. le jour, par voyageur, avec ou sans bagages ; 60 c. la nuit.
HôTBLS : — Grand hâUl du HiM^cfo- Charim; — de Franre ; — du Grand- Moymrque et de la Poste-aux-Chevaua:^ tous trois sur la place des Épars; — hôtel êt nitawrant d§ VOveit^ place de l'Embarcadère, en face de la gare ; déjeuners et dtners à 2 fr , à 2 fr. 2i c. et à la carte : Yoiturea à volonté.
Cavis s — da Duù'dê^Chm'im; — di Amies; — dto Qrand-Mimoirqu$; <— dw
Commerce^ place des Épars; — FrançaU^ à ra:i;zle !ii boulevard Saint-Michel et 4é la rue Hégnier.
Bains : — de In Ville-de-Chartres, rue des Fossés-Sainte-Foy, en face du boule* vard des fipars, près de Thotel de France.
Poste aux lettbss. — Place Colliad'HarleviUe.
Libraire : — Pttroi'^amUr^ idaoe des Halles, 16 et 17.
DIRECTION. — En face de la gare du chemin de fer s*étend la plaet de VBfiu barcadère, en forme de demi-elIipse, et d'où la belle rue Jmn-de-Beauce conduit au boulevard des Épars^ bordé à dr. par le Marehi-ausûXhêtiaux^ à g. par la ruê des Fossés-Sainte-Foy. Dès la sortie de la g.ire, l'immense vaisseau de la cathédrale, surmonte de ses deux hauts clochers, attire l'attention sor la g. Les voyageurs pressés de visiter la basilique pourront traverser (à en irrivant sur le boulevard des Épars) la place ChâteUty et, laissant & g. encore la belle prommad»
de la Butte-de Cfnrbonniers, gagner, par la rue du Bœuf-Couronné, la rue du Cheval-Blanc (à g.), que deux ou trois ruelles (loujonrs sur la g.) mettent en communication avec le cloître !\'n(rr-D':nir.
Les touristes qui disposeront de plus de temps feront bien de suivre le boulevard des Épars jusqu'à la place du même nom, que décore la statne rlc >Tarrpau et qu'entourent la gendarmerie et les principaux hôtels. A g. de cette place (en face de la statue) s'étend la ville proprement dite, l'ancienne Chartres, avec ses rues étroites, tortueuses, et ses vieilles maisons. Les boulevards qui entourent cette partie de la ville la séparent complètement des nouveaux quartiers et des faubourgs.
Presque à l'angle du boulevard des Épars et de U place, à Tentrw de la rue des Fossés- Sainte -Foy, la rue Collind'Harleville renferme la charmante chapelle des PP. Maristes, ancienne église Bainte-Foy, et conduit à la catbèdrsle par la place ColUn (VllarlevUU (préfecture) et la rue du Chevai-Blanc.
£n lace de U statue de Marceau s'ouvre la rue dee Épare^ qui se bifurque presque immédiatement pour former les rues du Bois-Merrain (h dr ) et du Grand-Cerf (à g.). Cette dernière oilre (n" l anedes anciennes nuisons les plus curieuses de Chartres. Les rues du Soleil-d^Or et des Trois-Maiiieiêy qui lui font suite, aboutissent, en face de la place Billard, dans la me des ChtungM (maison curieuse), d*o& l'on peut gagner, à g., le •dottra
France < BifUi^ i a1) .IO.\X >i K