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ROUTE 2] GUEBWILLER

rium peregrinorum {vivier des Pèlerins), qui a été transformé en une prairie un peu marécageuse, où se voient encore les restes d'une digue.

À 20 min. de la bifurcation du chemin de Buhl, en deçà d'un pont rustique jeté sur le ruisseau de Murbach, s'ouvrent à g. trois routes forestières. L'une d'elles, la plus rapprochée du ruisseau, monte directement aux hauts pâturages ou chaumes de Guebwiller. Au lieu de la prendre, on fera bien de traverser le ruisseau pour gagner (15 min. de marche) Murbach, dont nous ne saurions trop recommander la visite. Les deux tours de l'ancienne église abbatiale signalent d» loin ce vidage.

Murbach, v. de 409 hab., est situé sur le ruisseau du même nom, au fond du vallon, au pied de montagnes boisées , et au milieu d'un paysage remarquable par son caractère agreste et solitaire.

C'est dans cette profonde retraite que saint Pirmin, contraint par les ducs d'Allemagne d'abandonner l'abbaye de Reichenau,vint s'établir, avec quelques religieux, au commencement du viu« s.

Protégée par le comte Éberhard d'Éguisheim, qui lui accorda un territoire étendu, la nouvelle communauté prit un rapide développement et acquit une renommée qui la plaça au rang des plus illustres abbayes A la fin du vin* s., Charlemagne inscrivit son nom parmi ceux des abbés de Murbach et ajouta la vallée de Saint-Amarin aux possessions de l'abbaye. Quelques années plus tard, Louis le Germanique lui donna la ville de Lucerne et tout son territoire. Cette prospérité fut un instant interrompue, en 929, par l'invasion des Hongrois, qui ravagèrent Murbach et poursuivirent les religieux jusqu'au fond des montagnes. Un terrain situé près du ballon de Guebwiller a conservé le nom de Mordfeli (champ du Meurtre), en souvenir de sept religieux qui y furent massacrés par les Barbares. Plus tard, l'abbaye de Murbach retrouva toute sa richesse et sa splendeur Pour protéger leur domaine, les abbés entourèrent Guebwiller de murailles et élevèrent des châteaux forts sur différents points : celui de Friedbourg, au-dessus de

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Saint-Amarin ; celui de Hirtzenstein, près de Wattviller; celui de Hugstein, sur la route de Guebwiller; et enfin celui de Hohenrupt, dont il reste quelques traces, sur une roche escarpée qui domine Murbach. En 1674, Clément XIII ayant sécularisé l'abbaye de Murbach, les religieux allèrent s'établir à Guebwiller et y formèrent un chapitre noble sous le titre d'Insigne collégiale étfuestrale de Murbach. La nouvelle église venait d'être construite, ainsi que les demeures canoniales, quand la Révolution supprima définitivement la célèbre communauté.

Les habitants de la vallée de Saint- Amarin, encore irrités d'un procès qu'ils avaient perdu contre l'abbaye, se portèrent sur Guebwiller à la nouvelle de la prise de la Bastille, et dévastèrent le palais abbatial et les habitations des chanoines. Les archives seules de la communauté échappèrent à la destruction. Enlevées à la faveur de la nuit, elles furent transportées à Colmar, et font aujourd'hui partie des archives départementales.

L'abbé de Murbach prenait le titre de prince du Saint-Empire ; il avait une voix à la diète et relevait directement du pape au spirituel, et de l'empereur au temporel. Aussi, la crosse abbatiale de Murbach futelle portée non-seulement par des membres des plus nobles familles de l'Alsace, mais encore par des princes de la famille impériale Pour être admis dans l'abbaye, il fallait faire preuve de seize quartiers de noblesse, et la réception avait lieu avec une grande solennité, en présence de sept témoins nobles, qui juraient sur l'Évangile que le candidat remplissait les conditions exigées.

De l'abbaye de Murbach, il ne subsiste qu'une partie de l'église, mais ces débris montrent encore quelles étaient la magnificence de l'édifice et l'importance de la communauté qui le fit élever.

L'église de Murbach (mon. hist.), construite au x- et au xi- s., appartient au style roman. La nef entière a été abattue et remplacée par un vaste enclos servant de cimetière. Il ne reste debout que le transsept, les deux tours et le chœur : pour approprier au culte la partie conservée, l'arcade du transsept, du côté de la nef, a été remplie par une maçon-

nerie qui forme la façade actuelle.

LHntérieur, qui avait été défiguré par un plafond et toutes sortes d'ornements de mauvais goût, vient d'être restauré avec talent. Une chapelle latérale (à g.), le tombeau élevé en 1705, par Célestin de Beroldingen, à la mémoire des sept religieux tués au champ du Meurtre, le tombeau du comte Éberhard et quelques tableaux anciens ( Vie de saint Léger) attiren t seuls l'attention. A l'extérieur de l'église, on admire le chevet, percé d un double rang de fenêtres en plein cintre, et surtout deux tours magnifiques carrées, hautes de 25 à 30 mèt., et complant trois étages à partir de lajiaissance do la toiture de l'église.

Aux deux derniers étages s'ouvrent des fenêtres élégantes en plein cintre, à double et à triple baie.

Une belle galerie à jour reliait autrefois les deux tours, à la hauteur de la toiture; elle a été malheureusement remplacée par un toit de l'aspect le plus lourd. En outre, des toits surbaissés et sans caractère ont été substitués aux clochers élancés qui couronnaient jadis les tours, admirées pour leur dessin correct et leur harmonie.

Sur le coteau qui domine l'église de Murbach (à g., eu regardant la façade), se trouve une petite chapelle dont la curieuse et riche décoration reproduit exactement celle de la Santa Casa de Notre-Dame de Lorette. On y remarque spécialement deux statues en bois : saint JeanChrysostome et sainte Anne , d'une bonne exécution. Pour visiter cette chapelle, il faut s'adresser à M. le curé de Murbach, qui se met avec une grande obligeance à la disposition des curieux, et dont la sollicitude archéologique a beaucoup contribué à la restauration de l'église.

Pour iegaguer le chemin du Ballon de Guebwilier, on traverse Murbac h, en passant devant uno auberge qui porte cette enseigne epigrammatique, et sans doute fort trompeuse :

« Aux caves du couvent. » On chit le ruisseau de Murbach pour gravir le coteau (a dr. de l'église), à travers champs jusqu'à la lisière de la forêt. Là on retrouve le chemin de voiture, en assez mauvais état d'ailleurs, mais d'une pente douce, qui mène au Ballon.

On parcourt alors, au sein d'une solitude et d'un silence de l'effet le plus imposant, une admirable région de montagnes, à travers de magnifiques futaies qui couvrent les versants jusque vers leur i*se où s'étend une vallée, charmante de verdure et de fraîcheur. Après une heure et demie de marche à peu près , on arrive à la région des pâturages, entre 900 et 1000 met. d ait. Les grands arbres disparaissent ; on ne voit plus que des buissons de hêtres, des myrtillières, des bruyères et des gazons, mêlés de rochers, au milieu desquels s'épanouissent la pensée des Vosges., V arnica , la gentiane jaune et la gentiane champêtre. On suit, durant

ru in., en inclinant vers le

S. 0., le chemin plus ou moins bien tracé sur les chaumes, et l'on ne tarde pas à atteindre le pâturage du Kedle (à 500 met. environ à dr. du chemin) d'où l'on domine le lac du Ballon .

vaste réservoir dont les parois escarpées, de nature schisteuse et revêtues seulement d'une mince couche de terre végétale, s'élèvent à 200 mèt.

au-dessus du niveau des eaux. La surface de celles-ci se trouve en effet à 1000 mèt. d a tit., tandis que le tateur qui, de la partie su} lac, plonge ses regards dans ce profond entonnoir se trouve à une hauteur de 1200 mèt. au-dessus du niveau de la mer, et à 900 mèt. environ au-dessus de la plaine de Colmar.

Le lac du Ballon, qui est très-poissonneux, a une superficie de 75 hect.

et une profondeur de 30 mèt. La digue de retenue, détruite par l'éboulement de 1740, n'a pas été rétablie et les eaux du lac se déversent aujourd'hui par un ruisseau torrentiel, le See-

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