‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 115 sur 489 · GUEBWILLER · texte numérisé non relu

GUEBWILLER

stein ou de Saint-Amarin (R. 67), soit enfin par Lautenbach et Btihl ; nous indiquerons brièvement cette dernière direction.

Redescendant vers le col qui rattache le Ballon au Storkenkopf, puis, revenant de là jusquà la métairie du Haag, on prend le sentier conduisant, à l'O. du lac, au champ du Meurtre (Mnrdfeid) , près duquel est situé un beau chalet où l'on peut s'arrêter. Ce sentier se continue, à travers les pâturages, jusqu'au confluent du Seebach et de la Lauch, au delà duquel on suit le cours de cette dernière rivière (V. ci-dessous). — On peut également gagner de la métairie du Haag l'extrémité inférieure du lac (2 kii.); de là un joli sentier conduit à la Roll (2 kil.), ferme et auberge, où l'on trouve tout le confort désirable. En face se présente la cascade du Seebach, èt à côté le plus magnifique champ de bruyères des Vosges .

Suivant ensuite le ruisseau on arrive, après une heure de marche (4 àf> kil.) , à la Lauch. Là s'élevait autrefois, sur un rocher, le château de Huseràourg dont il ne reste plus que de faibles vestiges. La Lauch, dont on suit constamment le cours, ainsi que nous lavons dit plus haut, descend, de l'O. à TE., \ers Guebwiller en passant par (3 kil. environ du confluent) Linthal, v. de 1207 hab., dont les maisons sont disséminées dans un petit vallon latéral et sur la rive g. de la rivière (508 mèU d'alt.). Ce village, où se voit une jolie église moderne , compte plusieurs scieries mécaniques et un atelier de tourneurs en bois et en métaux.

A 2 kil. de Linthal et à 7 kil. de Guebwiller, on traverse Lautenbach, v.

de 1983 hab., sur la rive g. de la Lauch (manufacture de fil retors, soie, lin et coton , tissage de coton , scieries , forge, tuilerie et moulins). Lautenbach, où fut fondé en 810 un couvent érigé en collégiale au m* s., possède une église romane, dont le porche, formant un portique soutenu par des

colonnes, est surtout remarquable.

Originairement la façade en était ornée de deux tours, qui, vers la dernière époque du style ogival, ont été détruites et remplacées par une tour unique s'élevant au centre de l'édifice : des travaux y sont actuellement en cours d'exécution, pour rendre à l'église, au fur et à mesure que les ressources le permettront, sa physionomie primitive ; une tour est déjà complètement reconstruite. A l'intérieur, qui a subi une transformation complète, se confondent le style roman et le style ogival. On y remarque de beaux vitraux et une chaire , qui est l'un des chefs-d'œuvre de l'art allemand au xvii" s. Les sculptures de cette chaire représentent la Victoire de saint Micliel sur le démon, et le Bon pasteur accompagné des quatre Ëvangélistes. On voit, sur un côté de l'église, les restes d'un beau cloître du style ogival.

En face de Lautenbach , et sur la rive dr. de la Lauch, se trouve Lautenbach-Zell, v. de 1400 hab. L'église, dont le clocher offre les caractères du roman rustique, a été remaniée dans Je style du xvnr s. Les deux villages de Lautenbach et de Lautenbach-Zell sont reliés par un pont.

Sur le revers d'un petit vallon qui s'ouvre sur la g. de la Lauch, à 2 kil. de Lautenbach, s'élève la chapelle de Saint-Gangolf, où les habitants du pays se rendent en pïlerinage, le 11 mai, pour visiter une source qui, selon la légende, aurait été miraculeusement transportée du fond de la Champagne au sein des montagnes de l'Alsace. Ses eaux, sortant de terre, sous l'autel même de la chapelle, alimentent une fontaine voisine que surmonte l'image du saint portée sur une colonne basse.

On compte 30 à 35 min. de marche de Lautenbach à Buhl que l'on traverse pour gagner le chemin de Guebwiller, à son point de bifurcation vers Murbach [V. ci-dessus, p. 169).

Pour se rendre au Ballon de Guebwiller par Jungholtz et Rimbach, on prend presque immédiatement à dr. , en sortant de Soultz par la route de Cernay, le chemin de Rimbach, qui longe constamment un petit cours d'eau descendant des hauts pâturages. Après 30 min. de marche, on atteint Jungholtz, hameau dépendant par moitié de Soultz et de Rimbach.

A g. du hameau et sur une éminence rocheuse qui le domine, on aperçoit les restes du château de Schaumbourg (xiv# s.). On peut visiter ces ruines sans presque se détourner. A moins de 1 kil. au S. 0. de Juqgholtz, sur les premières pentes de la montagne, se trouve le pèlerinage de Thierbach ou Thierenbach, fondé en 1135. L'ancien prieuré a disparu; mais il reste une église du commencement du xvin* s., où des fidèles se rendent encore le 3 mai de chaque année. On remarque , dans cette église, un tableau de 1680 représentant une Vue de Soultz et de Thierbach (45 min. ou 1 h. suffisent pour aller à Thierbach et revenir reprendre le chemin de Rimbach, à Jungholt).

Ce chemin s'élève de plus en plus entre les versants boisés du vallon, passe à Rimbach- Zell, hameau (397 met. d'alt.) bâti à g. dans une situation très- pittoresque , sur le flanc d'une montagne couronnée de forêts.

Rimbach-Zell est à moitié chemin de Jungholtz et de Rimbach (environ 2 kil. 1/2 de l'un et de l'autre). — Après 2 h. à 2 h. 1/2 de marche depuis Soultz, on arrive à Rimbach, v.

forestier de 512 hab., situé a la limite des hauts pâturages. — A Rimbach finit le chemin vicinal que l'on a suivi depuis Soultz. Après avoir dépassé l'église et laissé à dr. un sentier, on continue de remonter, à travers les chaumes, le cours du ruisseau de Rimbach, jusqu'auprès des métairies du Glasshùtte et du Ballon, que 300 mèt. environ séparent de la cime du Ballon de Guebwiller (Pour

[ROUTE 2] LAUTENBACH. — ENSISHEIM.

le Ballon et pour les routes de retour, V. ci-dessus, p. 171).

Excursion de Soultz à la montagne d'flartmannvlllers et aux raines du Herrenflueh et du HarUenttein.

Cette course, qui offre des sites variés, demande (aller et retour) une journée depuis Soultz. On devra prendre un guide, car il faut traverser un massif de montagnes couvert de forêts, où s'entre-croisent de nombreux sentiers, souvent à peine indiqués. On peut également faire cette excursion en partant de Guebwiller, en traversant la colline de grès qui sépare Guebwiller de Jungholtz.

On suit la route de Cernay jusqu'à ( 2 kil.) Wuenheim , v. de 934 hab.

De là on peut aller voir, à 1 kil.

au S. (45 min. aller et retour), à Ollwillery une magnifique habitaiion du xvin« s., entourée de beaux jardins et bâtie par le comte de Waldner, sur l'emplacement de l'ancienne forteresse d'Ollwiller, rasée en 175*2.

A, TO. de Wuenheim s'ouvre un vallon resserré, arrosé par le ruisseau du Lieffe;:bach, et que l'on remonte jusqu'à 3 kil. environ au-dessus de son débouché dans la plaine. Arrivé au confluent de deux ruisseaux, dont la réunion forme le Lieffen, on tourne à g. pour gagner, à travers une forêt de sapins et de chênes, le sommet de la montagne d'Hartmanvillers.

De cette cime (930 met. d'altit.), séparée par une faible dépression d'un mamelon un peu moins élevé (894 mèt.), on découvre un beau panorama sur les montagnes environnantes et sur la plaine de l'Alsace.

En continuant d'avancer vers le S. et en contournant les collines qui bordent au N. le vallon de Wattwiller, on arrive aux ruines du Herrenflueh. Le château de Herrenflueh a été construit au commencement du xiv' s. par Jean de Saint-Amarin. Des débris qui en restent, situés sur le promontoire le plus méridional du massif du Ballon de Guebwiller, on a également une vue très-

étendue sur la plaine de la haute Alsace , encadrée à l'horizon par les chaînes du Jura. On peut, du Herrenflueh, redescendre à (6 à 8 kil.) Cernay (R. 87), par le vallon de Steinbach, ou gagner Wattwiller (R. 100) par un étroit vallon qui aboutit à PE., dans la direction de cette petite ville. A l'extrémité inférieure de ce vallon, sur la hauteur qui le domine à g., se voient les derniers vestiges du Hirtzenstein, ancien château fortifié, bâti en 1245. — A 500 mèt. à l'E. de Wattwiller, on prend la route de Cernay à (8 kil. environ de Wattwiller) Soultz {V. ci-dessus, p. 166).

Excursion à Ensisheim.

9 kil. — Voitures de corresp. — Trajet en 50 min., pour 75 c.

Pour se rendre à Ensisheim, situé au N. E. de la station de Bollwiller, on traverse d'abord la forêt de Niederwald puis , après avoir franchi la Thur; et les prairies marécageuses qui s'étendent sur les rives de cette rivière , on atteint , sans rencontrer aucun village important, l'Ill, sur la rive dr. de laquelle se trouve Ensisheim, ch.-l. de cant. de 3847 hab.

Ensisheim, dont la première mention se trouve dans une charte de 768, ne prit d'importance que \er3lafindu xin* s. ou te commencement du xiv% lorsque la maison de Habsbourg, investie de la dignité impériale, en fit la capitale des possessions autrichiennes en Alsace et y éleva un château, complètement détruit aujourd'hui. Ensisheim, qui jouissait du droit de battre monnaie, fut longtemps le siège d'une régence dont la juridiction s'étendait sur le Brisgau et les villes forestières. Après la réunion de l'Alsace à la France, le conseil souverain d'Alsace, qui siégea d'abord au Vieux-Brisach, eut pendant plusieurs années sa résidence à Ensisheim.

L'établissement le plus considérable de cette vil'e est la prison cen-

174 DE STRASBO

traie, installée dans l'ancien couvent des Jésuites. Elle renferme en moyenne une population de 1000 à 1100 détenus, soumis à différents travaux et notamment à ia filature et au tissage du coton.

L'église paroissiale a longtemps possédé un aéroiithe tombé près d'Ensisheim, le 7 nov. 1492. Cette pierre, dont le poids était primitivement de 140 kilogr., ne pèse plus actuellement que 55 kilogr. , d> nombreux fragments en ayant été successivement enlevés pour être offerts aux souverains et aux grands personnages qui, à diverses époques, ont visité Knsisheim. Cet aéroiithe a provoqué de nombreuses investigations de la part des savants, et Leurs opinions fort diverses sur ce phénomène météorologique ont donné lieu à l'inscription suivante : « De hoc lapide multi multa, omnes aliquid, nemo &at<s. » Ses débris ont été achetés ré cemmentpar le Ministère de V instruction publique. — L'hôtel de ville, ancien palais de la régence, est un joli édifice très-digne d'attention. On y remarque le vestibule , le balcon , les vastes fenêtre > à trois baies, la grande salle décorée de colonnes au premier étage, et la tour octogonale renfermant l'escalier par lequel on arrive a cet étage. I. 'édifice porte sur un de ses piliers extérieurs la date de 1535; le style général est d'accord avec cetts indication. — Ensisheim renferme encore quelques maisons intéressantes des xv et xvi- s. , notamment celle où se trouve la brasserie Schmidt. et la maison de V hôtel de la Couronne, où Turenne logea la veille de la bataille de Turckheim.

bu quittant la station de Bollwiller, le chemin de fer croise, par un passage à niveau, la route de Colmar à Mulhouse, et bientôt après traverse l'extrémité occidentale de la forêt de Niederwakl. A la sortie de ce bois, on aperçoit à dr. un château mo-

IRG A BÂLE. [ROUTE 2"

dern<\ et , un peu au delà , Staffelfdden, v. de 313 hab., où I on franchit la Thur.

9ft ki\. Wiltelsheim, v. de 1777 hab..

à 2 kil. à dr. et au S. O. de la station, située à 8 kil. environ des Vosges.

La voie s'engage dans la belle forêt de Nonnenbruck, qu elle traverse en ligne droite, du N. au S. ; elle forme ensuite une courbe très-prononcée âv TO. à TE.,en se dirigeant vers Mulhouse. A dr. se détache de la ligne principale, à 500 met. environ de la station de Lutterbach , l'embranchement de Mulhouse à Wesserling.

105 kil. Lutterbach, v. de 1602 hab.T bâti à g. de la station, sur le penchant d'un coteau, entre la Doller et la forêt de Nonnrnbruch, possède une brasserie considérable et une blanchisserie de toiles. On y voit les bâtiments d'habitation d'un prieuré, qui -dépendait de l'abbaye de Lucelle.

De Lutterbach à Wesserling, R. 87.

On franchit la Doller, à 1 kil. environ de Lutterbach.

108 kil., Domach, v. de 3981 hab..

situé à dr. de la station, au S. O. et à 2 kil. environ, par la route de terre, d*j Mulhouse dont il forme presque un faubourg avancé. Ce village, qui ne comptait encore, au commencement de ce siècle, que 250 âmes, doit son développement aux grands établissements industriels qui s'y sont fondés et parmi lesquels il faut citer, au premier rang, la vaste et magnifique ma-»

nuf.icture de toiles peintes de MM. Doilfus, Mieg et C", l'une des plus remarquables non-seulement de la France, mais de l'Europe (plus de 1700 ouvriers). — A3 kil. au S. O. de Dornach , Niedermorsctuciller, v. de 2197 bab., renferme également plusieurs importantes fabriques de toiles peintes. On y voit un beau château moderne, récemment restauré et qui appartenait autrefois à la famille de Zu-Rhein. Au point de vue industriel.

Dornach et Niedermorschwiller seront visités avec un vif intérêt.

[ROUTE 2] ENSISHEIM. — LUTTERBACH. — MULHOUSE. 175

On franchit 1*111, puis, 400 met.

plus loin , le canal du Rhône au Rhin, en décrivant une courbe accentuée, par laquelle le chemin de fer va se raccorder à la ligne directe de Paris à Mulhouse.

1 1 1 ki). Mulhouse.

Renseignements généraux.

Hotels : — de France, du Lion-Rouge, Wagner.

Libraires : — Ernest DevWers , Grosrenaud, Mlle Grumler,Guyoi;Mlle Pétry, Émile Perrin, J. P. Risler.

Imprimeur.- éditeur, L. L. Bader.

Poste aux lettres. — Rue de la Sinne.

Télégraphie électrique, rue Magenta.

Situation. — Aspect général

Mulhouse (.tfiitfiau«efi),ch.-l. d'arr., V. de 58 773 hab., dont 15000 environ appartenant aux cultes réformés, est située entre les Vosges et le Rhin, dans une vaste plaine arrosée par nil, qui se divise, en entrant dans la ville , en plusieurs bras ou canaux. — Le canal du Rhône au Rhin longe, parallèlement au chemin de fer, toute la partie S. E. de Mulhouse, où il s'élargit en un magnifique bassin entouré de larges quais de débarquement, appelés les plates-formes

En sortant de la gare, on passe près du bassin, que l'on contourne pour arriver dans le nouveau quartier, composé de belles habitations modernes , de rues bien alignées garnies d'hôtels et dont la construction remonte au commencement de ce siècle. Ce quartier, d'abord appelé quartier louis XVIII, et désigné actuellement sous le nom de Nouveau- Quartier, est resserré entre le canal et la ville vieille. Il comprend un système de rues formant un vaste triangle, dont le sommet vient aboutir à la rue de ta Porte- de- Bâle, la principale artère de l'ancien Mulhouse, par une place elle-même triangulaire, la place de la Bourse, entourée, sur trois côtés, de maisons

ornées d'arcades dans le genre de celles de la rue de Rivoli, à Paris.

Un des côtés de la place de la Bourse, celui qui forme la base du triangle, est formé par le remarquable bâtiment de la Société industrielle de Mulhouse. Un jardin assez ordinaire, habituellement ferme au public, occupe le milieu de cette place.

La me d'Altkirch, bordée de grands hôtels, pour la plupart environnés de jardins parfaitement dessinés et enlretonus , est Tune des plus belles du quartier neuf. — On entre dans la ville vieille par la rue de la Porterie Bâle, tracée irrégulièrement et qui, d'abord assez large, ne tarde pas à se rétrécir. A dr. et à g. se développe un réseau de rues généralement étroites, tortueuses, au delà desquelles s'étend la partie industrielle de la ville. En résumé, Mulhouse est une ville extrêmement intéressante, au point de vue industriel, par sa fabrication spéciale, par ses manufactures si bien organisées et constamment à la poursuite du progrès ; par ses nombreuses institutions économiques soit de prévoyance, soit d'enseignement professionnel ; mais elle offre peu d'agréments au voyageur qui n'y est point attiré par ces éludes spéciales. Quelques heures suffisent à la visite de ses principaux monuments, presque tous de construction moderne.

Le nom de Mulhouse, composé des mots allemands JUtihle, moulin, et Haus, maison, indique l'origine de cette ville due, sans doute, à quelques maisons groupées autour d'un moulin, sur les bords de l'Ill. Cette localité est mentionnée pour la première fois, en 717, dans une charte d'AdalLert, duc d'Alsace, qui concède au couvent de Saint -fi lien ne de Strasbourg le village de Mulhouse ( Mulhenhusen).

Une charte de Louis le Débonnaire fait de nouveau mention de Mulhouse en 823.

Au xie s., Mulhouse était déjà une ville de quelque importance, jouissant d'une administration municipale, sous l'autorité d'un prévôt ou bailli (Jandvoyt) de l'em-

DE STRASBOURG A BÀLE.

pereur. Au xm# s., la cité parait définitivement constituée; une nombreuse noblesse y a fixé sa résidence, plusieurs couvents s'y sont établis, et elle est entourée de sa première enceinte fortifiée.

Vers le commencement du xi« s., Hermann, (lue de Souabe et d'Alsace, ayant été obligé de céder l'abbaye de Saint- Étienne aux évéqut s de Strasbourg , ceuxci commencèrent à élever des réclamations sur Mulhouse, à titre de dépendance de l'abbaye. Cette contestation se prolongea avec vivacité pendant plus de deux siècles, et les empereurs d'Allemagne soutinrent plus d'une fois, à main armée, leur droit d'autorité sur Mulhouse. La querelle s'éteignit définitivement en 1308, sous l'empereur Henri VII, qui, à l'aide de diverses compensations, obtint le désistement des évéques de Strasbourg.

Durant celte longue lutte, les empereurs, pour rend* e la ville favorable à leur cause, lui accordèrent des privilèges importants : Rodolphe de Habsbourg, parvenu au trône impérial , la déclara ville impériale ; Adolphe de Nassau, son successeur, lui donna une charte constitutive, garantissant aux citoyens les droits les plus considérables, et notamment l'inviolabilité du domicile.

En 1397, l'empereur Wenceslas supprima le représentant de son autorité à Mulhouse, qui devint une ville libre s'administrant et se gouvernant par ellemême, sans autre restriction que le lien de vassalité qui l'unissait à l'empire. Cepen- • dant, malgré la volonté impériale, Mulhouse ne conquit pas son indépendance sans avoir fréquemment à lutter contre la noblesse féodale, qui, voulant y dominer, employait tous les prétextes pour y faire prévaloir son autorité.

Bien que Mulhouse fit partie de la Décapole, elle ne trouva pas toujours un appui très-empressé près de ses confédérés, et plus d'une fois elle dut réclamer le secours de ses voisins, les Suisses. C'est ainsi que se formèrent, entre elle et la confédération Helvétique, des liens qui, plus tard, lors du traité de Westphalie, la firent placer au nombre des cantons suisses.

En 1444, Mulhouse opposa une énergique résistance aux bandes des Armagnacs, qui, après quatre assauts inutiles, durent renoncer à s'emparer de la ville. Plus tard les Mulhousiens refusèrent, à l'unanimité, avec une égale fermeté, d'ouvrir leurs portes à Charles le Téméraire, malgré ses menaces terribles. Le duc de

Bourgogne se disposait à donner l'assaut, lorsque, pendant la nuit, une inondation subite de l'ill, qui fit un vaste lac de toute la plaine de Mulhouse, l'obligea d'abandonner son dessein.

L'établissementde la Réforme, au x vi« s., provoqua de nombreuses et violentes divisions dans la ville, entre les catholiques et les partisans du nouveau culte. Ce ne fut qu'après plus d'un demi-siècle que ces derniers purent professer librement leurs croyances religieuses.

A partir du xviu* s., les idées prirent à Mulhouse une direction nouvelle et plus féconde dans la voie de l'activité industrielle. En 1746, alors que l'Europe presque entière était tributaire de l'Inde, pour les. étoffes de coton imprimées, appelées indiennes, trois citoyens de Mulhouse, dont le nom se retrouve encore aujourd'hui à la téte de l'industrie de cette grande cité, Samuel Kœchlin, Jean-Jacques Schmaltzer et Jean-Henri Dollfus, entreprirent d'introduire à Mulhouse cette fabrication nouvelle, qui s'y naturalisa et s'y développa rapidement. Mulhouse vécut ainsi, pendant un demi-siècle, de sa vie propre, exportant librement ses tissus en France, où elle ne rencontrait pas de concurrence. Mais la fabrication des indiennes s'étant introduite en France, il s'éleva des réclamations au sujet des facilités d'importation accordées aux produits de Mulhouse. Le gouvernement français, voyant là un moyen d'obliger cette ville indépendante à se réunir à la France, lui fit des conditions plus difficiles, la resserra entre ses lignes de douanes, frappa ses exportations de droits élevés, et, après une ou deux transactions de peu de durée, la décida enfin à consentir à son incorporation. L'acte de réunion fut signé le 29 janvier 1798, avec l'assentiment du corps entier de la bourgeoisie, qui avait voté, le 4 janvier, en faveur de l'annexion, à la majorité de 592 voix contre 14 opposants. La petite république ne renonça pas sans quelque amertume à son indépendance; toutefois, ainsi que le fait observer M. Ristelhuber dans le Dictionnaire du Haut et du Bas- Rhin, elle n'eut pas à le regretter, car aujourd'hui Mulhouse occupe, par son industrie et son commerce, un des premiers rangs parmi les cités françaises.

Mulhouse, qui ne comptait encore, en 1798, que 6000 hab., en a actuellement plus de 45 000. Son industrie, sa richesse se sont développées dans des proportions incroyables, sous tous les gouvernements*

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