ÉPINAL
gine historique d'Épinal date en réalité de 980, époque où Thierry I«r, évéque de Metz, y fonda une église dans laquelle il fît transporter les restes de saint Goëric, son prédécesseur sur le siège épiscopal de Metz. La construction d'une église , la présence des restes d'un saint très-vënéré dans le pays et l'institution, par Adalbéron, successeur immédiat de Thierry Ie», d'une communauté religieuse dont s'est formé plus tard le chapitre des Dames d'Épinal, attirèrent bientôt en ce lieu une certaine population, qui s'accrut rapidement par la création de foires et marchés.
Épinal s'est surtout signalée, au moyen âge, par sa constance à maintenir ses libertés municipales, par son énergie à défendre son indépendance locale et à lutter coutre les empiétements des évéques de Metz. Ceux-ci, bien qu'Épinal fût soumise à leur souveraineté, n'y possédaient qu'un pouvoir assez limité; mais ils essayèrent plus d'une fois d'étendre leur autorité et surtout d'occuper en maîtres le château qui commandait la ville, et dont la garde était un des privilèges de la bourgeoisie d'Épinal. Les habitants, lassés de ces luttes continuelles, profitèrent, en 1444, de la présence de Charles VU en Lorraine, pour demander leur réunion à la France. Le roi accepta; mais, en 1466, Louis XI ayant renoncé à cette possession, Épinal se donna aux ducs de Lorraine , qui la conservèrent définitivement.
Vers le milieu du xviie s., à l'époque des guerres entre la France et la Lorraine, sous le duc Charles IV. Épinal fut assiégée à diverses reprises, et le maréchal de Créqui , s'en étant emparé en 1671, ruina les fortifications et démantela le château. Le traité de Riswick rendit de nouveau Épinal aux ducs de Lorraine, qui la conservèrent jusqu'à l'époque de la réunion de cette province à la France.
Le chapitre des Dames nobles ou l'insiyne église collégiale d'Épinal, dont l'origine remonte, comme nous l'avons dit, à la communauté religieuse établie par Adalbéron^relevait directement «lu pape et fut placé de bonne heure sous la protection des empereurs d'Allemagne; c'est ce que constate une charte accordée, le Ti octobre 1003, par Henri II, empereur de Germanie (pièce rare, conservée à la bibliothèque d'Épinal). Les Dames du chapitre résidaient dans un cloître dont l'église d'Épinal était autrefois environnée. Pour être admise parmi elles, il fallait faire preuve de noblesse
dans les lignes paternelle et maternelle, jusqu'au 4° degré, et descendre de noblesse d'épée.
Épinal, entourée d'eau de toutes parts, a eu fréquemment à souffrir des inondations ; la plus désastreuse fut celle du mois d'octobre 1778 : les ponts furent emportés, et la Petite -Ville, entièrement envahie, ressemblait à un lac d'où émergeaient à peine les toitures des maisons. 52 maisons furent entraînées par les eaux en tout ou en partie.
Épinal a vu naître Jean-Georges Gérard et Joseph Furon, peintres ; de Coster Saint- Victor, l'un des complices de Cadoudal, et M. Pellet, à qui ses poésies et, ce qui vaut mieux, une vie consacrée au bien ont valu une durable popularité dans les Vosges. Le comte de Bresson (neveu de M. Pellet), ambassadeur de France à Naples, où il mourut tragiquement en 1847, est né aussi à Épinal.
L'église paroissiale, dédiée à saint Goôric, remonte au x« s., mais elle a subi, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, de nombreux remaniements. Voici ce qu'en dit M. de Caumont {Bulletin monumental, t. XVII) : « Tout annonce, dans la nef et les bas côtés, le premier style ogival, ce style qui a commencé dans les dernières années du xii* s. et régné dans le premier quart du xiil*. Les chapiteaux sont ornés de feuillages galbés ; les colonnes et les colonuettes sont annelées; les ogives ont une courbe gracieuse.
«Ce qui distingue d'ailleurs la nef, c'est un triforium trilobé, à trois colonnettes annelées, dont les arcades sont subdivisées en deux baies.
« La tour placée à TO., lourde et carrée, repose sur des murs d'une épaisseur considérable; elle appartient au style roman de transition, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit plus ancienne que la nef. Deux tours cylindriques s'élèvent sur l'extrémité des transsepts; cette forme peu agréable, que Ton voit employée pour les tours des diverses églises des bords du Rhin, doit être ici une imitation de l'école germanique. Le chœur se termine par une abside à trois lobes au delà du transsepl. »
DE NANCY
La tour massive dont est surmontée la façade principale se compose de deux étages percés, sur chaque côté, de fenêtres en plein cintre, divisées en plusieurs baies par des colonnettes. Une élégante galerie à jour contourne tout Tédifice à la naissance des toitures.
L'intérieur présente une nef et deux bas côtés avec un transsept, au delà duquel se trouve le chœur dont les fenêtres en ogive sont ornées de vitraux peints. La nef, divisée en huit travées par des arcades en ogives, est remarquable de largeur et d'élévation.
Sur les bas côtés, étroits et sombres, s'ouvrent deux curieuses chapelles d'une construction postérieure. •
L'ancienne église de V Annonciade , située rue du Collège et qui faisait autrefois partie d'un couvent de Jésuites, sert aujourd'hui de magasin. Le portail, d'une noble simplicité, est remarquable par la beauté et la netteté des tailles. On aperçoit encore, dans récusson qui le surmonte, la devise célèbre de la compagnie de Jésus :
Ad Majorera Dei Gloriam . L'intérieur, divisé en trois nefs par des colonnes d'un profil assez maigre, sur lesquelles s'appuie le plafond, manque complètement de caractère, bien qu'il soit assez vas le. Il est question de restaurer cette église et de la rendre au culte. — Le collège est installé dans les anciens bâtiments du couvent , à côté de l'église.
Le palais de justice, édifice moderne, est situé derrière l'église paroissiale, sur la place de PAtre.
Nous mentionnerons encore : — Vhôtel de ville, dans une rue voisine de la place des Vosges (à g. en y entrant). Cet édifice, bâti en 1757.
et dont le fronton porte les armes de Stanislas, alors duc de Lorraine, renferme un plan cavalier représentant la ville d'Epinal en 1 626 ; — V hôpital Saint- Antoine, qui s'élève à l'extrémité S. du faubourg de l'Hospice ; — les belles casernes construites au xvin' s. sur la place de Grève; — |
les halles; — Vabattoir; — la salir de spectacle; — la nouvelle caserne monumentale de la gendarmerie, comprenant quatre bâtiments distincts (écuries, caserne, deux pavillons d'officiers) reliés par une belle grille et entourant une vaste cour plantée de deux rangées d'arbres; — les maisons à arcades de la place des Vosges ; — la fontaine de Pinau, dans la rue du Boudiou (F. ci-dessus); — les belles allées du Cours, au delà du pont suspendu, sur la rive dr. de la Moselle.
La plupart des vieux tilleuls qui ombragent cette promenade auraient été plantés, suivant la tradition du pays, en 1610, le jour môme où Henri IV était frappé par le poignard de Havaillac; — enfin, dans la Petite-Ville, quelques débris de murailles, qui ont fait partie des anciennes fortifications. — La prison départementale est bâtie au S. et en dehors d'Epinal (1 kil. environ), à g. de la route de terre de Remiremont, sur le bord de la Moselle. — A quelques pas de la prison se trouve le Jardin de France, restaurant champêtre, à demi caché dans un nid de verdure. — Un peu plus haut, sur le bord de la Moselle, est le tir de la société-mère des Francs-Tireurs des Vosges.
La bibliothèque (à l'extrémité de la rue Rualmesnil, en face du pont suspendu) s'est principalement formée de livres provenant des abbayes de Scnones, d'Étival, de Chaumouzey et de la bibliothèque des princes de Salm. Elle possède aujourd'hui environ 18 000 vol. imprimés et 218 manuscrits. On y remarque plusieurs incunables, diverses éditions sorties de presses célèbres, et des manuscrits très-anciens. Nous citerons spécialement : un beau manuscrit contenant [ Évangile selon saint Marc, écrit en lettres d'or, sur un vélin de teinte violette; la reliure est ornée d'un diptyque en ivoire très-délicatement sculpte; —une charte de l'empereur Henri II (xie s.) aux Dames d'Epinal ; | — et une Bible, imprimée en 1460.