R. 47] PLOMBIÈRES. — RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX
L'hôtel de la Tête-d'Or traite aussi à forfait, moyennant 400 fr., avec les familles qui veulent avoir un équipage à leurs ordres pendant toute la saison (21 jtfurs).
Les chevaux de selle se payent (à l'hôtel de la Tête-d'Or) 4 fr. la première heure, et 2 fr. chaque heure suivante.
Chaises a porteurs : — transport du bain à domicile ou vie» versa, 25 c; aller et retour, 40 c; — du bain Napoléon aux anciens bains ou vice versa, 50 c; aller et retour, 75 c; — course en ville, le jour, 50 c; la nuit, 1 fr.-, promenade, chaque demi- heure, 1 fr. 50 c. — Ces prix sont payés directement aux porteurs par les personnes qui les emploient.
Casino. — Les salons sont ouverts du 1« juin au 15 septembre. Chaque soir, à 8 h., on y fait de la musique et l'on y danse ; de temps eu temps, on y joue la comédie.
Poste aux lettres : — rue du Band'Ajol. — 3 distributions par jour.
Télégraphe : — rue Stanislas.
Libraire : — Mme Biaise.
Cabinet de lecture : — sous les Arcades. — Abonnement pour la saison de 21 jours : 4, 6 et 8 fr. *
Situation. — Aspect général.
Plombières, ch.-l. de c, V. de 1614 liab., est située dans la vallée de l'Augronne ou Eaugronne, à 421 met. d'altit. « Ce lieu, dit Montaigne, qui séjourna plusieurs jours à Plombières et y prit lès eaux, en partant pour son voyage d'Allemagne et d'Italie en 1580, ce lieu est assis aux confins de la Lorraine et de l'Allemagne, dans une fondrière, entre plusieurs collines hautes et coupées qui le serrent de tous côtés. Au fond de cette vallée naissent plusieurs fontaines tant froides naturelles que chaudes...- » On ne saurait décrire en moins de mots et d'une façon plus exacte la position de Plombières dans un- ravin profond, étroit, qui l'enveloppe complètement au N. et au S.
Cette situation rend la température de Plombières fort inégale de la matinée à la soirée; les jours y sont très-chauds et les soirées et les nuits très-fraîches. Les malades doivent donc se prémunir soigneusement
contre ces alternatives atmosphériques. Plombières, égayée par la verdure qui l'entoure de toutès parts et traversée par quelques belles rues trèspropres, offre un aspect agréable auquel les légers balcons qui décorent la plupart des maisons donnent un certain cachet d'originalité.
Histoire.
Plombières, dont le nom a suscité de nombreuses interprétations étymologiques, a une origine très-reculée. Si l'on n'est pas certain que ses sources thermales fussent employées antérieurement à l'époque gallo-romaine, il n'est pas douteux, du moins, que les Romains y aient eu un établissement de bains. Leur présence à Plombières est constatée par des débris importants de constructions, et particulièrement par les restes d'un canal souterrain , formé d'énormes blocs de grès que relie fortement un ciment d'une dureté impénétrable. Ce canal, dont il subsiste encore des parties assez considérables, s'étend sous une ligne de maisons, d'une extrémité de la ville à l'autre. Il avait pour but de contenir les eaux de l'Augronne et de les empêcher de se mêler à celles des sources thermales. La piscine romaine, située *ur l'emplacement actuel du Bain Romain, était à ciel ouvert et se prolongeait, sur une longueur d'environ 100 mèt., jusqu'au Bain des Capucins. On y descendait par quatre degrés régnant sur le pourtour. Alimentée par deux aqueducs et pavée de larges dalles , elle pouvait contenir 500 baigneurs. Outre l'existence de la piscine et du canal, la découverte d'une étuve antique, aux abords de la route de Luxeuil , de médailles à l'effigie de Néron, de Vespasien, de Donatien, de Trajan, dans le canal souterrain de l'Augronne, des fûts de colonnes, une statue en pierre et des inscriptions votives, également recueillies à Plombières, sur d'autres points, attestent surabondamment que les Romains connurent et utilisèrent les sources thermales. Cependant, on ne trouve ni à Plombières ni dans le voisinage aucun vestige indiquant que ces conquérants y aient élevé quelque édifice assez solide pour permettre aux baigneurs un séjour prolongé. Cette circonstance a fait penser à certains archéologues que plombières ne formait alors qu'une station secondaire à laquelle on se , rendait des thermes de Luxeuil.
Les invasions des Barbares, renouvelées jusqu'au x« s., effacent, durant plusieurs siècles, tout souvenir de Plombières; mais la Chronique des Dominicains de Colmar signale, vers la fin du xui* s., la construction, à Plombières, d'un château fort que le duc de Lorraine, Ferri III, voulut élever pour défendre les baigneurs contre les mauvaises gens. Ce château parait, du reste, n'avoir jamais été terminé, le chapitre des dames de Remiremont s'étant opposé à ce projet, en vertu de ses droits de souveraineté sur Plombières. Depuis cette époque, il est fait mention de Plombières, à plusieurs reprises, dans les chroniques du temps, à l'occasion d'incendies qui détruisirent en partie la ville, en 1408 et en 1517. Dans la nuit du 12 mai 1682, un tremblement de terre, qui se fit sentir de Remiremont jusqu'au Val d'Ajol, ébranla profondément le sol de Plombières et y causa de grands dégâts. Le désastre avait été réparé sous le règne bienfaisant de Stanislas, l'ancien hôpital avait été restauré, la maison décorée d'arcades, connue sous le nom de palais Royal, avait été construite pour servir de résidence Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, qui venaient régulièrement aux bains de Plombières, la promenade des Dames avait été plantée, la grande rampe qui forme l'accès de la route d'Épinal avait été établie, quand une catastrophe terrible vint mettre de nouveau en péril l'existence de Plombières. Le 25 juillet 1770, l'Augronne, qui n'est habituellement qu'un gros ruisseau plus bruyant que dangereux, se transforma tout à coup, à la suite d'un orage, en un torrent furieux, dont les eaux, rapidement élevées à la hauteur des étages supérieurs des maisons, entraînèrent les ponts et renversèrent dix-sept maisons dans leur course irrésistible. Les malheureux habitants, en invoquant le souvenir de Stanislas, mort quatre années auparavant, obtinrent de Louis XV des secours prompts et efficaces; dès l'année suivante, la petite ville sortait de ses ruines.
En f773, un incendie, causé par l'explosion d'une voiture chargée de pièces d'artifice, détruisit six maisons et consuma une grande quantité de marchandises.
Par un cdit en date du 28 février 1763, Stanislas avait accordé à Plombières un corps municipal composé d'un maire, de deux cchevin? et d'un greffier.
Parmi les personnages les plus célèbres qui, depuis Montaigne, ont visité Plombières, nous citerons : le duc de Riche-
lieu ; Stanislas, roi de Pologne ; Voltaire, Maupertuis, le chevalier de B on f fiers, Beaumarchais, l'impératrice Joséphine, la reine Hortense, la duchesse d'Angouléme; Mme Guizot, dont le nom a été donné à une source voisine de Plombières; la duchesse d'Orléans, qui y reçut la terrible nouvelle de la mort du duc d'Orléans; enfin l'empereur Napoléon III, à qui Plombières doit sa complète transformation. Des rues nouvelles y ont été ouvertes; la promenade des Dames a été agrandie; un beau parc a été dessiné à l'O. de la ville; l'église a été reconstruite; les routes qui donnent accès dans Plombières ont été rectifiées et réparées; l'exploitation des établissements thermaux, qui se trouvait, depuis 1806, dans les mains de l'État, a été affermée à une Compagnie, à la charge par elle d'accomplir d'importants travaux d'agrandissement et d'amélioration.
Sources. — Établissements thermaux.
Plombières est un des établissements thermaux les plus riches par l'abondance, la variété, la température et l'efficacité de ses eaux.
Il en existe trois espèces : l'eau ferrugineuse , Y eau savonneuse et l'eau thermale. L'échelle thermométrique de ces différentes eaux (sous une pression barométrique de 75,7 à 76, 9) est comprise entre 11° centigr. et 71* centigr. On voit, par conséquent, qu'il y en a de froides, de tièdes et de tout à fait chaudes. Elles émergent de roches granitiques très-feldspathiques, entrecoupées de fentes verticales ou obliques, qui sont remplies quelquefois de gros cristaux de quartz ou de terre blanche rosée, plus rarement noire et tachetée de fer oligiste (silicate calcaire). C'est de cette matière, désignée par les minéralogistes sous le nom d'halloysite, douce au toucher comme le savon, que les eaux froides qui traversent ces roches ont tiré leur nom d'eaux savonneuses.
Les sources thermales, au nombre de quinze, servent toutes à l'alimentation* des établissements de bains ; les sources des Dames et du Crucifix, la source ferrugineuse et les sources savonneuses sont, en outre, employées