LES EAUX
en boisson. Depuis 1856, le régime des eaux a subi des modifications radicales. De grands travaux, qui ont duré cinq ans, ont été exécutés sous l'habile direction de M. l'ingénieur Jutier, pour la recherchent le captage définitif des sources. Ces travaux ont dû être conduits, tantôt à travers des massifs de substructions antiques, tantôt au sein de la roche elle-même, quelquefois en traversant, non sans danger, le terrain de remblai sur lequel des maisons se trouvaient assises. Par suite des opérations auxquelles il a fallu se livrer, d'anciennes sources ont disparu (sources d'Enfer, du Bain Boraain, de Bassornpierre, etc.), le rendement de plusieurs autres a été modifié, enfin quelques sources nouvelles ont été découvertes.
Les travaux de M. Jutier ont eu pour résultat de réunir à volonté les eaux des différentes sources dans des galeries souterraines, à l'exception toutefois des sources suivantes :
La source minérale froide, ferrugineuse, ou source Bourdeille, située au milieu de la grande allée de la pro-' menade des Dames, à l'extrémité E.
de la ville. Elle est conservée dans un enchambrement auquel on arrive en descendant une vingtaine de marches.
Le débit moyen de cette source est, par minute, de 6 lit. 1/2 d'eau à 10 ou 12° centigr. Cette eau, tout à fait incolore et sans odeur, a une saveur d'encre très -prononcée. Pour éviter la précipitation du principe ferrugigineux qu'elle contient, M. Gentilhomme, pharmacien à Plombières, a eu l'idée de la saturer de gaz acide carbonique, et en a fait ainsi une boisson agréable, susceptible d'être conservée longtemps sans altération.
La source des Dames, autrefois source de Diane, source de la Reine, aurez-de-ebaussée du bain de ce nom.
C'est, des sources thermales de Plombières, celle qui offre le plus de stabilité dans sa température (.M0 40). Son rendement, variable, est en moyenne de 29 mèt. cubes 65 par jour.
La fontaine du Christ ou du Crucifix, autrefois fontaine du Chêne, la plus anciennement connue. Elle sourd dans une petite chambre pratiquée sous la maison des Arcades et protégée par une grille en fer. Son débit est de 5 litres 33 par minute; sa température, de 43° 21.
La source Huiler, sur la pente de la montagne du N., derrière la maison de M. Leduc, dans une jolie grotte de 3 à 4 mèt. carrés, creusée dans le granit. Elle dépose sur la roche une grande quantité de matière végcto-animale, dite glairine ou barégine. 5 litres d'eau par minute.
Pour avoir la liste complète des sources isolées, il faudrait y joindre plusieurs autres sources captées dans des maisons particulières, mais actuellement inexploitées, et, en outre, la source des Capucins (51° ; 43 litres 87 par minute), la seule source servant aux bains qui n'ait pas été conduite .dans les galeries ( V. cidessous).
Toutes les autres sources ont été réunies dans deux galeries distinctes.
L'une de ces galeries, dite galerie des Savonneuses, longue de 38 mèt., a été établie parallèlement à l'axe de la vallée, en suivant la direction de l'E., dans le flanc du coteau. Elle reçoit cinq sources savonneuses, captées chacune dans un enchambrement particulier, au point même d'émergence. Ces sources sont susceptibles de grandes variations, au double point de vue de leur température et de leur débit.
L'autre galerie, pratiquée au milieu même de la vallée et appelée pour cette raison galerie ou aqueduc du Thalweg, reçoit deux groupes de sources. Le premier, occupant la partie supérieure de l'aqueduc, comprend les trois sources Impériales, que leur température élevée (ce sont les plus chaudes du régime thermal de Plombières) rend précieuses pour rétablissement des étuves. Ce sont :
La source du Robinet romain (70
à 71°), dans l'intérieur d'une étuve construite par les Romains et aujourd'hui déblayée;
La source Stanislas (69 à 70°), découverte par M. Jutier, lors de l'exploration de l'ancienne étuve dont elle servait, sous les Romains, à chauffer le dallage en dessous;
La source Vauquelin (69° 8), émergeant directement du granit, en dehors des travaux romains.
Ce groupe de sources très-chaudes mélangées donne en moyenne, par minute, 27 litres 83 d'eau minérale à 69° 49 centigr.
Le deuxième groupe comprend dcruze sources qui sourdent de griffons distincts, à des distances assez rapprochées sur le parcours de la grande galerie du Thalweg. Elles sont désignées simplement par des numéros d'ordre, à l'exception de la source Mongeot, qui a reçu le nom d'un médecin bienveillant et modeste, dont le souvenir se conserve dans les Vosges. — Enfin la source du Puisard, située au-dessous des fondations du bain Impérial, dans le puisard où se trouvaient placées autrefois les pompes qui élevaient les eaux et les distribuaient dans les réservoirs, n'a pu, à cause de sa situation, être l'objet d'un captage spécial.
En résumé, il y a actuellement, à Plombières, 27 sources soigneusement captées/qui fournissent, en 24 heures, 730 mèt. cubes d'eau minérale, dont l'échelle thermométrique oscille entre 11° 45 et 69' 53, sans parler de la source ferrugineuse et d'autres sources non utilisées qui se trouvent dans quelques maisons particulières.
Si l'on veut enfin se rendre compte de l'aménagement de toutes ces eaux, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici un extrait du compte rendu des travaux par M. Jutier luimême : 0
« Un conduit en pierre de taille a été disposé dans l'aqueduc, do façon à recevoir successivement le produit de tous les cnchambrementa devant lesquels il cir-
cule. On peut y jeter également les sources savonneuses comme les sources à haute température, mais cette communication peut être interrompue par une simple manœuvre de robinets.
« Un tuyautage particulier est établi pour chacun des deux groupes extrêmes de sources minérales, depuis leur point d'émergence jusqu'au nouvel établissement. Cette disposition, sufûsamment justifiée par le service des étuves et des buvettes, permettra au besoin d'employer isolément ces eaux, même en bains, si plus tard on le juge utile.
« Afin de rendre les eaux minérales aussi faciles à visiter dans leur parcours qu'à leur point d'émergence, l'aqueduc du Thalweg a été prolongé, en passant au-dessous du lit de l'Augronne, tout le long de la petite promenade, jusqu'à l'axe des nouveaux établissements. Là, une galerie perpendiculaire à la vallée aboutit d'une part au sous-sol des thermes Napoléon ni, d'autre part aux grands réservoirs qui les alimentent. Un escalier de 144 marches rachète la différence de niveau entre le fond de la vallée et le radier des réservoirs : l'assiette des réservoirs est calculée de façon qu'à l'aide de quelques tuyaux complémentaires, les réserves d'eau des anciens et des nouveaux • thermes puissent se venir mutuellement en aide, et que l'ancien moteur hydraulique et le nouveau moteur à vapeur puissent se prêter un secours réciproque.
« Auprès et à l'O. des grands réservoirs du bain, un autre réservoir reçoit les eaux d'une source non minérale trèsabondante, située dans la ferme Babel, près du sommet du coteau. Ces eaux trèspures, très-fraîches, puisque leur température, même en été, ne dépasse pas io°, sont très-bien appropriées au besoin du service hydrothérapique.
« Pour faire monter les eaux minérales dans les réservoirs, une machine à vapeur a été établie un peu en amont des thermes Napoléon III, sur le bord du coteau. Deux réservoirs cachés sous le sol sont situés à proximité et reçoivent, dans les temps de chômage de la machine, l'un l'eau minérale chaude, l'autre l'eau minérale réfrigérée : ils peuvent être mis à volonté en communication avec les pompes, et deux divisions correspondantes, établies dans les grands réservoirs, reçoivent ces eaux à température différente, mais de composition minérale identique. La réfrigération des eaux minérales, à Plombières, s'opérait habituellement dans des bassins li-
breroent exposés à l'air. Ce système offre des inconvénients de plus d'un genre et son efficacité peut même devenir insuffisante pendant les chaudes journées d'été, qui correspondent presque toujours à une grande consommation d'eau. Les nouvelles dispositions et l'état des lieux /nous ont permis d'établir un système plus rationnel. Une dérivation de l'Augronne amène l'eau de ce ruisseau dans un encaissement ménagé à l'intérieur de l'aqueduc, en amont de la machine à vapeur, et dans lequel se trouve placé un système de tuyaux métalliques de petit diamètre. Au moyen d'un simple jeu de vannes en bois, l'eau minérale poursuit son cours jusqu'au premier réservoir, en conservant sa température initiale, ou bien elle trouve l'appareil de réfrigération et tombe alors dans le deuxième réservoir alimentaire des pompes, consacré à l'eau réfrigérée. Un vannage placé à la prise d'eau permet de modérer ou d'interrompre au besoin l'action de la réfrigération.
•< Une disposition analogue permet également de reporter une portion plus ou moins grande des eaux minérales vers la turbine du bain Impérial ou vers la machine à vapeur qui peuvent, comme nous l'avons dit, se suppléer mutuellement.
« Le mouvement des eaux minérales se trouve ainsi parfaitement mis à découvert par une série d'aqueducs dont la longueur est de plus de 700 mèt., sans compter ceux qui existent à l'intérieur des bains. On peut suivre les eaux minérales depuis le point d'émergence à la roche jusqu'à l'entrée des baignoires. Cette disposition rend également faciles la surveillance, les réparations, les changements même que l'on pourrait souhaiter plus tard, et elle assure une parfaite régularité dans le service et l'emploi des eaux. »
L'analyse de l'eau de la source du Crucifix, faite par M. 0. Henry et M. le docteur Lheritier, médecininspecteur des eaux de Plombières, a donné les résultats suivants :
Acide silicique
Alumine
Silicate de soude
— de potasse
— de chaux
— de magnésie
Chlorure de sodium
— de magnésie
Sulfate de soude anhydre.
Arséniate de soude
Oxyde de fer traces.
Phosphates terreux sensibles.
Lithine id.
Iodure indices.
Acide borique ou borate ?
Fluor ou fluate..'. ?
Matière organique azotée 0,0200
La composition chimique des autres sources thermales se rapproche beaucoup de celle de la source du Crucifix. Les eaux savonneuses se distinguent particulièrement des précédentes par la moindre quantité de principes minéralisateurs qu'elles contiennent.
Quant à l'eau ferrugineuse, voici sa composition :
Acide carbonique libre (en vol.). 0,017001 Acide silicique et silicicate de t
— de magnésie J
Alumine 0,00750
Bicarbonate de chaux J 0|6gQ
— de magnésie I
— de protoxyde de fer avec crénate deiér, etc 0,02350
Arséniate de fer 0 ,00004
Chlorure de sodium j 450
— de potassium S '
Sulfate de soude anhydre 0,01230
Lithine indiquée.
Fluor ou fluate non éval.
Iodure indices.
Acide borique ?
Matière organique azotée indiquée.
(Acide crénique ?)
Total... 0,12170
Les sources thermales alimentent six établissements de bains.
Le Grand Bain, ou Bain Romain,
situé au milieu de la chaussée, dans la Grande-Rue ou rue Stanislas, un peu au-dessous des arcades du palais Royal, occupe remplacement de l'ancienne piscine romaine, qui avait déjà subi une première transformation, antérieurement à l'époque où Montaigne en faisait la description suivante :
« Il y a plusieurs beings ; mais il y en a un grand et principal, basti en forme ovalle et d'une antique structure. Il a trente-cinq pas de long et qninze de large. L'eau chaude sourd
par le dessous à plusieurs surgeons, et y fait-on par le dessus escouler de l'eau froide pour modérer le being, selon la volonté de ceux qui s'en servent. Les places y sont distribuées par les costés avec des barres suspendues, à la mode de nos équiries, et jette-on des ais par le dessus pour éviter le soleil et la pluys. 11 y a tout autour des beings trois ou quatre degrés de marches de pierres à la mode d'un théâtre où ceux qui se beignent peuvent être assis ou appuyés. On y observe une singulière modestie, et si est indécent aux hommes de s'y mettre autrement que tout nuds, sauf un petit braïet, et les famés sauf une chemise. »
Le bain Romain a été complètement reconstruit avec beaucoup d'élégance, en 1 837. 11 consiste en une salle elliptique demi-souterraine, surmontée d'une vitrine en forme de dôme, et dallée en beau marbre dur des Vosges.
Il renferme 24 cabinets, disposés parallèlement de chaque côté de la salle, et pourvus de baignoires et de douches à la Tivoli ; deux de ces cabinets ont été consacrés à l'établissement d'une douche écossaise. On y descend par deux escaliers s'ouvrant aux extrémités du .bain.
Avant la Révolution, le bain Romain était le théâtre d'une cérémonie par laquelle sïuaugurait solennellement la saison des bains, le 30 avril de chaque année , en présence du prévôt d'Arches, du lieutenant de l'église Saint-Pierre de Rcmiremont, et de tous les habitants de la prévôté en état de porter les armes.
Le Bain Tempéré termine à PO. la Grande-Rue, dont sa façade occupe le fond. 11 est limité à dr. par la rue des Sybilles; à g. par la rue Napoléon 111 , qui le sépare du bain Impérial. Reconstruit en 1773 et restauré en 1832, il rappelle dans sa façade le style du xvmw s. Le bain Tempéré se compose principalement de quatre piscines (deux pour chaque sexe) revêtues de marbre des Vos-
ges, et pouvant recevoir chacune 16 ou 18 personnes à la fois.
Indépendamment des 16 baignoires disposées autour de ces piscines, on compte, au rez-de-chaussée ainsi qu'au premier étage, plusieurs cabinets de bains ou de douches ordinaires et à la Tivoli, un cabinet pour les douches ascendantes, un chauffoir et cinq vestiaires.
Le Bain des Capucins (ancien bain des Pauvres ou des Goutteux), auquel on arrive par un passage voûté qui le relie au bain Tempéré dont il est une dépendance, consiste en un bassin carré divisé, dans le sens de sa longueur, en deux compartiments.
Alimenté par une source très-chaude, il est particulièrement favorable au traitement de certaines affections rhumatismales.
Le Bain Impérial, à g. de la rue Napoléon III qui le sépare du bain Tempéré, s'est appelé tour à tour bain Impérial, bain Royal, bain National. C'est le plus considérable de tous les bains anciens. Commencé sous l'Empire, il fut achevé sous Louis XVIII. 11 comprend 4 piscines, et, au rez-de-chaussée, 15 cabinets de bains (18 baignoires) ; une douche de vapeur ; une douche en pluie; deux douches écossaisses (une pour chaque sexe) ; quatre douches ascendantes (deux pour chaque sexe).
Au premier étage de cet établissement sont aménagés 25 cabinets (30 baignoires), dont trois sont destinés aux bains ferrugineux. Indépendamment des quatre piscines placées dans le sous-sol de ce bain, il y existe encore une étuve générale, réfute d'Enfer, avec douche en pluie ; un cabinet à bain de siège de vapeur, une étuve en boite, une étuve partielle, deux cabinets pour douches Tivoli, ou douche en pluie, un cabinet pour douche écossaise, deux vestiaires et un calorifère à circulation qui sert à chauffer les trois chauffoirs à linge disposés à chaque étage.
Enfin, dans une aile en retour du
bâtiment principal, est situé le pavillon dit bain des Princes, renfermant deux vastes baignoires de forme antique, revêtues de marbre des Vosges' et construites pour l'impératrice Joséphine. C'est aujourd'hui le bain de l'Empereur.
C'est à l étage supérieur du bain Tempéré et du bain Impérial que se trouvent les différents salons de conversation, de, bal et de lecture, ouverts aux baigneurs, et communiquant entre eux par un pont en fer jeté sur la rue Napoléon III, à la hauteur du premier étage.
Le Bain des Dames (ancien bain de Diane ou de la Reine) situé vers le haut de la Grande-Rue, sur la rive g.
de l'Augronne, appartenait spécialement au chapitre des Dames de Remiremont, et c'est de là que lui vient son nom actuel. L'étage inférieur est exclusivement réservé aux malades de l'hôpital. Il renfermedeux piscines (une pour chaque sexe), pouvant contenir chacune 16 personnes, 5 baignoires disposées autour de ces piscines, deux cabinets de douches ordinaires, un cabinet de douches ascendantes, une douche de vapeur, deux vestiaires et un chauffoir. L'étage supérieur, de niveau avec la rue de Luxeuil, se compose d'un élégant vestibule ou salon d'attente, de forme elliptique, autour duquel s'ouvrent 14 cabinets, dont plusieurs à deux baignoires et à douches.
Le Bain Napoléon III, créé depuis 1857 seulement, est un vaste établissement qui, par ses magnifiques aménagements, par son intelligente et large disposition , est le plus important des bains de Plombières. Ce bel édifice s'élève à l'extrémité 0. de Plombières, à l'entrée de la route d'Aillcvillers, sur laquelle il a sa façade. Il se compose d'un bâtiment principal, flanque de deux ailes dans le môme alignement , mais légèrement en retraite. L'avant-corps se divise lui-même en trois parties, au moyen de deux pilastres cannelés