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LUXEUIL

M. Braconnot de Nancy et par M. Leconte dans ces derniers temps, ont donné, comme éléments essentiels de composition : du sesquicarbonate de potasse , du sulfate de soude, du chlorure de potassium, du chlorure de sodium, des carbonates de chaux et de magnésie, de l'alumine, du sesquioxyde de fer, de Poxyde rouge de manganèse, de l'acide silicique, des traces d'iode et d'arsenic, etc. Les chimistes y ont aussi constaté la présence du gaz oxygène, de l'acide carbonique et de l'azote; l'acide carbonique domine dans les eaux ferrugineuses, tandis que l'azote est en quantité plus considérable dans les eaux salines.

La source ferrugineuse, dont le captage a été refait en 1865, permet de donner par jour plus de 250 bains ferrugineux.

Les eaux ferro-manganifères, toniques et reconstituantes, sont recommandées surtout pour les cas d'affaiblissement anémique, d'appauvrissement du sang, pour les chloroses et pour les catarrhes du coi utérin, le rachitisme, les affections scrofuleuses, etc. — Les gastrites , les gastro-entérites chroniques, les névroses gastro-intestinales , le catarrhe de la vessie, les rhumatismes musculaires et articulaires, les sciatiques chroniques, l'hémiplégie, l'hypocondrie, l'hystérie, certaines affections calculeuses, les suites d'entorses, etc., sont traités avec succès par les eaux salines.

La saison des bains de Luxeuil s'ouvre le 15 mai et se termine vers la fin de septembre; la cure est de 21 à 25 jours. L'établissement est administré directement par l'État.

Le tarif des bains est de 1 fr. 50 c, linge et service compris, dans les cabinets; et de 60 c. dans les piscines ; les douches et bains de vapeur se payent 70 c. pour les 10 premières minutes et 40 c. par 10 minutes qui suivent.

Parmi les ouvrages spéciaux rela-

tifs aux eaux de Luxeuil, nous citerons : Étude sur les eaux de Luxeuil, par B. Aliès ; — Eaux minéro-thermales de luxeuil, par M. P. J. Chapelain, médecin inspecteur de l'établissement;— et les Bains de Luxeuil, par M. le Dr Delaporte, médecin inspecteur adjoint.

Monuments pablios.

L'église paroissiale (mon. hist.), ancienne église abbatiale, date du xivc s. (1330-1340). Elle est située vers le centre de la ville, sur la place Saint-Martin , en arrière du cloître que l'on aperçoit à g. de la Grande- Rue (en venant des bains) . On entre dans l'église, dont le sol est fortement en contre-bas de celui de la place, par une porte s'ouvrant sur le collatéral de g. L'extérieur, lourd et massif, n'a rien de remarquable; mais l'intérieur, divisé en trois nefs, séparées du chœur par un transsept, présente des proportions assez grandioses et pleines d'harmonie. Le chœur était autrefois éclairé par sept fenêtres ogivales (trois de ces fenêtres, au fond du sanctuaire, sont provisoirement murées) ; il renferme des stalles en chêne sculpté (xvne s.) d'un très-beau travail. — Un orgue immense, du xviiic s., curieusement travaillé, et qùe supporte à sa partie inférieure, terminée en encorbellement, une figure colossale de Samson, occupe tout le mur de PO. Nous signalerons dans la nef plusieurs pierres tombales intéressantes. Le transsept et le chœur viennent d'être l'objet de réparations importantes.

A l'extrémité O. du collatéral de dr., une porte conduit au cloitre, qui s'étend de la façade O. de l'église jusqu'aux abords de Ja Grande-Rue.

Ce cloître, du style ogival, a remplacé, dit-on, une construction du viir s. Trois de ses galeries subsistent encore, plus ou moins mutilées.

La plupart des arcades forment chacune une seule et large ouverture en ogive; quelques-unes, au con-

DE PARIS A LUXEUIL

traire, encadrent trois ogives secondaires, surmontées, dans le tympan de la grande ogive, d'un jour circulaire ; il est vraisemblable que telle était la disposition primitive. Au centre du préau , autrefois garni de verdure, s'élevait une fontaine.

L'ancien hôtel de ville (mon.

bist.), au n° 263 de la Grande-Rue, est un édifice du xvc s., offrant une heureuse combinaison de l'architecture militaire et de l'architecture civile. D'aspect assez sévère à l'extérieur, il présente, à l'intérieur, une foule de détails d'ornementation du goût le plus délicat. 11 se compose d'un corps de logis de médiocre étendue, à deux étages, renfermant chacun une salle unique; d'une haute tour, formant une sorte de beffroi, à l'angle N. 0., et d'une charmante tourelle en encorbellement , ornementée de figures bizarres. Chacune des salles du corps de logis proprement dit renferme une vaste cheminée dans le goût de la Renaissance, avec sculptures et armoiries. Celle de la salle du premier étage , où se tienuent les audiences de la justice de paix, porte les armes de Luxeuil : « un soleil surmonté d'une tète de lion.» — L'intérieur de la tourelle est particulièrement remarquable par l'élégante disposition de sa petite salle octogonale. L'escalier de la grande tour, décoré d'une belle rampe à trèfles, est éclairé par de petites fenêtres au-dessus desquelles on lit successivement les mots qui composent YAve Maria, sculptés en lettres gothiques d'un excellent dessin. Le faite de la tour est surmonté d'une lourde toiture en charpente, dans laquelle ont été ménagées de larges lucarnes. De là, le regard embrasse, dans leur ensemble et sur une grande étendue, les environs de Luxeuil. Dans la direction de TE., on découvre très-distinctement, à une distance de 30 kil.., les Ballons «l'Alsace et de Servance, et, plus loin, sur la dr., les cimes du Jura.

L'ancien hôtel de ville, ainsi que la maison Jouffroy (V. ci-dessous), ont été construits, selon certains historiens, vers la fin du xivc s. ou le commencement du xvc par Pcrrin Jouffroy, et, selon d'autres, dans le milieu du xvc s., par le cardinal Jean Jouffroy, abbé de Luxeuil, qui, après avoir passé du service du duc de Bourgogne à celui de Louis XI, remplit sous ce dernier un rôle politique d'une certaine importance.

La maison Jouffroy (n° 312, Grande-Rue), en face de l'ancien hôtel de ville, est une construction d'une rare élégance. Sur toute la longueur de la façade règne un balcon en pierre d'une hardiesse et d'un goût très-remarquables. Les colonnes qui le soutiennent, en formant une sorte de péristyle, ont été ajoutées au XVIT1» s., la solidité du balcon paraissant alors compromise; originairement, il reposait tout entier sur les pierres en saillie que l'on voit encore au-dessous. A l'angle g. de la maison Jouffroy, dont les fenêtres, irrégulièrement disposées, sont encadrées d'une sculpture délicate, s'élève, du premier étage jusqu'à la toiture, une jolie tourelle, en encorbellement, toute festonnée et à moitié engagée dans la muraille. — A l'intérieur, les solides charpentes du xve s., deux salles immenses, avec des cheminées grandioses ornées de bas-reliefs, un beau porche dont la voûte est dessinée par des nervures, attestent la splendeur architecturale de cette ancienne demeure. — Augustin Thierry, durant le séjour qu'il fit à Luxeuil, habita cette maison, où il composa en partie ses Récits Mérovingiens. On montre encore, dans le jardin, lacharmille où il se promenait, pendant les belles journées d'automne.

La maison du Juif (Grande-Rue, n° 252, du môme côté et un peu plus bas que la maison Jouffroy), est un joli édifice qui paraît dater du xvi* s. Le premier étage est soutenu par des piliers formant arcades; les fenêtres,"

que des meneaux divisent en trois ouvertures, sont séparées par des pilastres ornementés et des colonnes.

L'ancienne abbaye (à g., dans la Grande-Rue),entièrement reconstruite au xviie s., est actuellement occupée par le petit séminaire. Les hauts bâtiments qui en entourent la cour du côté de la rue ont une physionomie assez sombre; mais la façade, plus dégagée à TE., où elle domine un beau jardin en terrasse, ne manque pas de grandeur dans la sévère sobriété de ses ornements. Une chapelle, bien distribuée, a été ajoutée dans ces dernières années à l'édifice.

— La maison abbatiale, construction du xviii* s. qui se trouve de l'autre côté du cloître, est en partie affectée à l'habitation du curé.

Parmi les autres édifices publics de Luxeuil, nous nous bornerons à mentionner : — Vhôtel de ville ; — le collège communal; — le théâtre; — le couvent des Capucins, converti en caserne de gendarmerie , etc.

En face du collège, s'élève une fontaine monumentale, décorée d'un Neptune en bronze.

Le musée archéologique, installé à l'établissement des bains, dans la galerie close qui sert de vestibule au bain Gradué et dans le salon qui la précède, renferme de nombreux objets d'antiquités gallo-romaines, trouvés à Luxeuil et dans les environs.

Nous signalerons particulièrement : — des bijoux en or, en argent, en cuivre ;

— des vases en bronze, en verre, en argile ; — des fragments de poterie-" grises et rouges, renfermés dans une élégante armoire vitrée ; — des fragments de c/mjpiteaux ; — des statuettes en pierre ; — un buste de Lucius Severus, d'un travail remarquable ; — un autel consacré à Apollon et à Sirona, en grès blanc, découvert en 1858. Il porte sur ses faces différents personnages parfaitement sulptés. « On y reconnaît, dit M. F. Bourquelot, dans son intéressante Notice sur les inscriptions antiques de Luxeuil (F. le xxvi* vol. des Mémoires de la société des

Antiquaires de France), un ouvrage des bons temps; » — un tombeau d'enfant; — un tombeau sur lequel est sculptée une belle figure de femme ; — d'autres tombeaux avec figures en relief et inscriptions ; — une statue équestre, en pierre du pays ; — un torse de Mercure, d'une belle exécution ; — un fragment d'aigle en pierre; — un fragment de personnage entièrement vêtu, que l'on croit être un Apollon ; — un certain nombre de curieuses figurines en bois, qui représentent pour la plupart des personnages à micorps, revêtus d'une sorte de sayon gaulois, avec capuchon recouvrant la tête.

On pense que ces figurines, qui ne portent pas le cachet de l'art romain, sont antérieures à la conquête, et, dès lors, vraisemblablement d'origine celtique.

Au milieu de ces débris de haute antiquité, si précieux pour l'histoire, on remarque la cliaise à porteurs, dorée et richement peinte, du dernier abbé de Luxeuil, M. de Clermont-Tonnerre. Cette chaise à porteurs , qui rappelle un mode de transport encore très-usité à Luxeuil pour les malades , a été déposée à l'établissement thermal quand M. de Clermont- Tonnerre dut abandonner l'abbaye au moment de la Révolution.

Parmi les nombreuses inscriptions conservées dans le musée archéologique, nous indiquerons celle qui est consacrée à une divinité des eaux thermales désignée sous le nom de Bricia. Cette inscription, trouvée en 1781, est placée aujourd'hui en regard de celle de Labiénus ; elle a été également très-discutée, et quant à son authenticité, que conteste M. F. Bourquelot, et quant à l'interprétation que l'on doit donner à la désignation de Bricia. Cette inscription se lit ainsi : Divx auœiliari Bricise, régnante Csesare Augusto, consulatu Tiberii et Pisonis, dedicatum templum : Temple consacré à la secourable déesse Bricia, sous le consulat de Tibère et de Pison, César Auguste régnant {V., pour la discussion qui s'est élevée au sujet de cette inscription et de celle de Labiénus, la notice de M. Bourquelot citée plus haut et un Mémoire pour servir à l'histoire de la ville de Luxeuil, par M. Déy. Vesoul, 1864).

Outre les débris de statues, de tombeaux, de monuments réunis au musée archéologique, M. Delacroix, inspecteur adjoint des eaux de Plombières, a reconnu en 18')8, dans une

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