ROUTE 56] REMIREMONT. — EXCURSIONS
champs cultivés, et\ inclinant vers la dr., gagne le versant des hauteurs que couvrent les bots du Corroy, et se développe en longeant ces bois jusqu'aux abords d'Hérival. Il passe ainsi entre de magnifiques ombrages, à g., et un vallon vert et profond, à dr. On atteint (1 h. de marche environ) un petit plateau très - élevé (674 met. d'altit.) qui sépare d'un côté la vallée de la Moselle, sur laquelle il plonge presque à pic, des sources de la Combeauté , affluent de la Saône par la Lanterne. À une cinquantaine de mètres environ de la ferme isolée de îa Croisette, qui se montre à quelques pas de là, on jouit d'une très-belle vue sur le confluent des vallées de la Moselle et de la Mo* selotte. Presque immédiatement en deçà de la ferme, s'ouvre un chemin forestier qui descend la vallée d'Hérival, en côtoyant son versant de dr.
Au delà de la ferme de la Croisette, commence, également à dr., un second chemin conduisant aux belles forêts qui dominent la vallée à g.
Prenant le premier de ces deux chemins, on traverse une petite prairie et quelques terres cultivées, avant de pénétrer, par sa partie supérieure, dans la magnifique vallée d'Hérival, qu'on longe à mi-côte, en côtoyant des bois à dr. On domine à g. le fond de la vallée, tapissé de prairies d'une admirable fraîcheur, qu'arrose la Combeauté, et qu'encadre, sur le versant opposé, une vaste et sombre forêt de sapins. Ce site pittoresque est certainement l'un des plus remarquables des environs de Remiremont.
Après 15 ou 20 min. de marche, on contourne à dr. une ferme suspendue, pour ainsi dire, sur la vallée. Elle présente, sur la façade N., un corps de logis percé d'une grande porte cintrée, à pilastres, et surmontée d'un fronton avec écusson au milieu. Ce bâtiment, qui date de la fin du xvn* s., renfermait ce que Ton appelait le quartier des hôtes. C'est tout ce qui reste de l'ancien prieuré d'Hérival, fondé en
1090 et placé à l'origine sous une règle tellement sévère, que l'on considéra comme une grande faveur l'autorisation accordée aux moines par le pape Honoré II (xni* s.) de porter des souliers depuis la Saint-Martin jusqu'au l" avril.
Le prieuré d'Hérival, supprimé en 1789, était primitivement établi, au milieu des bois, dans une situation plus solitaire encore, sur le versant g. de la vallée, au lieu dit les Vieilles- Abbayes, où. subsistent quelques vestiges de constructions.
La ferme d'Hérival appartient à un des membres de la famille Fleurot ou Fleuriot, très-renommée dans les Vosges pour son habileté traditionnelle dans la réduction des fractures et la guérison des contusions, des foulures et des luxations.
En redescendant la vallée, on rencontre de distance en distance plusieurs scieries dirigées ou affermées par l'État pour l'exploitation des bois. Nous empruntons à la Statistique des Vosges de MM. Henri Lepage et Charles Charton quelques renseignements sur cette industrie, l'une des plus importantes du département.
Le département des Vosges est un des plus boisés de la France. La superficie des forêts appartenant à l'État, aux communes et aux particuliers, y est de 212 000 hect., occupant les 35/too*» du territoire. Ces forêts, dont les essences principales sont le chêne, en petite quantité, le hêtre, le charme, l'épicéa et le sapin, sont situées surtout dans la région de montagnes que renferment les arrondissements de Remiremont, de Saint-Dié et d'Épinal. Les sapins, qui dominent partout, y sont d'une admirable venue et passent pour les plus beaux qui se voient en France. Beaucoup d'entre eux mesurent jusqu'à 1 met. de diamètre sur 60 met. de hauteur. Les forêts domaniales et communales donnent, par leurs coupes et produits accessoires, un revenu évalué à 5 500 000 fr., se partageant à peu près par moitié entre l'État et les communes; quant au produit des forêts particulières, il n'est pas exactement connu.
Le bois produit par ces forêts se ré-
partit, eu moyenne, quant à leur emploi, dans la proportion suivante : usines, l$/lOO«»; chauffage, 55/1 Ou" ; industrie, iî/lOO" ; charpente 10/100*»; menuiserie et instruments aratoires, 5/100".
269 scieries, dont 81 appartiennent à l'État, 19 aux communes et 169 aux particuliers, sont disséminée» dans les diverses vallées des Vosges et débitent annuellement 4 millions de planches et pièces de charpente expédiées sur Nancy, Metz, la Haute-Saône, la Haute-Marne et Paris. Le sabotage et la boissellerie sont particulièrement développés dans l'arrondissement de Saint-Dié, et notamment dans les cantons de Gérardmer ot de Saulxures. L'excédant des bois de chauffage qui n'entre pas dans la consommation industrielle ou domestique du département se vend aux usines des départements voisins.
Parvenu au bas de la vallée d Hérival, on trouve à g., en face d'une métairie isolée, pommée le Breuil, un chemin qui mène à la vallée du Gehard, en franchissant la Combeauté sur un pont rustique. De ce pont, la vallée d'Hérival, que Ton embrasse depuis ses sommels garnis de sapins jusqu'à un petit étang encadré dans la verdure aux pieds du spectateur, offre un délicieux tableau, — Au delà de la Combeauté, entre un chàlet élégant, qui sert de rendez-vous de chasse, et une scierie, ou tourne à dr. pour prendre la belle route ouverte dans la forêt depuis quelques années dans la vallée du Gehard. On passe ainsi dans une sombre futaie de sapins entre la Combeauté, à dr., et de magnifiques blocs de rochers entremêlés d'une riche végétation, à g. A 10 ou 15 min. de marche, la route s'élargit, les arbres s'écartent, et, après avoir de nouveau franchi la Combeauté, on ne tarde pas à rejoindre la route de Hemiremont à Luxeuil, un peu en deçà du hameau de Faymont.
En tournant à dr. on regagne Remiremont (10 kil. environ); en tournant à g. on se rendrait, par la charmante vallée des Roches, dans le Val d'Ajol (R. 59), d'où Ton peut remonter vers Plombières par le chemin des
Feuilléei (R. 47), ou se rendre à Luxeuil par Fougerolles (22 kil. depuis la sortie de la vallée du Gehard; V. R.59).
Cascade du Gehard, pierre du Tonnerre, la Broche. — En remontant un chemin forestier qui souvre à g., à 5 min. au delà du chalet ou pavillon de chasse situé à l'entrée de la vallée du Gehard, on atteint en moins de 30 min. la cascade du Gehard, remarquable surtout par les masses de rochers et la belle végétation qui l'environnent, — A 200 mèt. à peu près au delà du Gehard, se trouve la pierre du Tonnerre, grand rocher évasé à son sommet et figurant grossièrement l'arche à demi rompue d'un pont. Lorsque le tonnerre gronde, cette roche se rapprocherait, dit-on, d'une autre roche que surplombe sa partie supérieure, et le mouvement d'inclinaison serait assez prononcé pour écraser une pierre placée dans l'intervalle; le fait, en le supposant exact, pourrait s'expliquer du reste, soit par une action électrique, soit par la perturbation que produit l'orage dans les couches atmosphériques. — En continuant à remonter vers le plateau, on arrive (45 min. de marche) au hameau de la Broche, berceau de la famille Fleurot. On rapporte que le duc de Lorraine François III offrit des lettres de noblesse à l'un des çhefs de cette famille, comme témoignage de reconnaissance pour le généreux emploi qu'il faisait de ses talents chirurgicaux ; mais celui-ci refusa, craignant, dit-il, que cette distinction ne fit naître chez ses descendants des sentiments de fierté qui les détourneraient d'exercer un art utile à leurs semblables.
Saut de la Cuve ou cascade de Saint-Amé (6 kil.). — C'est une des excursions les plus agréables des environs de Remiremont. On peut profiter, soit à l'aller, soit au retour, des services de voitures publiques de Remiremont à Vagney et à Gérardmer (V. R. 62).