LA BRESSE
réelle. Il prétait serment, lors de son élection, 'entre les mains du lieutenant du bailliage de Remiremont et s'assem blait chaque samedi, sur la place du Champ tel, à l'ombre d'un orme séculaire, planté près de l'église, au centre du village, et entouré de sièges en granit grossièrement taillés. Ces réunions portaient le nom de plaids. Les décisions de cette justice patriarcale, habituellement empreintes de bon sens et d'intégrité, étaient portées en appel devant la Cour souveraine de Nancy; celle-ci les accueillait toujours avec faveur et il était rare qu'elle les infirmât. Les parties pouvaient plaider en personne ou se faire représenter par un avocat: mais le tribunal de la Bresse voulait, en tous cas, qu'on allât droit au but. « H n'était loisible à personne plaidant devant ladite justice de former incident frivole ou superflu ; » et surtout le conseil ne souffrait pas que, sous prétexte de la simplicité de son appareil et de ses formes, on essayât de le traiter avec légèreté. On raconte que, quelques années avant la Révolution, un avocat de Remire mont, étant venu plaider à cette audience champêtre, crut devoir mêler à sa plaidoirie quelques textes latins du Digeste, pensant embarrasser les juges. Ceux-ci ne se méprirent point sur son intention, et le maire président ayant suspendn l'audience, le tribunal, après une courte délibération, rendit la sentence suivante : « M. l'avocat, la justice remet la cause à quinzaine, pendant lequel temps vous apprendrez à plaider selon la coutume de la Bresse; la justice vous condamne, en outre, à 5 francs d'amende pour vous être avisé de lui parler un idiome inconnu. » — Et le jugement reçut son exécution, malgré les excuses du trop savant orateur.
La pisciculture doit à deux pécheurs de la Bresse, nommés Remy et Gebin, d'anciennes et précieuses recherches qui ont été un des points de départ de cette science aujourd'hui si populaire.
Les environs immédiats de la Bresse n'offrent guère d'autre but d'excursion que le lac des Corbeaux, outre le Moutié des fées et les autres grandes roches granitiques, situées près du chemin forestier de Gérardmer (R. 65) .
Le lac des Corbeaux (4 kil. env.) est situé à mi-côte du versant S. du vallon latéral de la petite Vologne, qui s'ouvre vers le milieu et à dr. de
la rue principale de la Bresse. Après avoir remonte ce vallon pendant2kil.
environ, on trouve, à dr., au delà de la petite Vologne, un chemin récemment tracé qui s'élève sur le flanc de la montagne (1 kil. 1/2) en côtoyant le ruisseau formé par le trop plein des eaux du lac. On ne tarde pas à atteindre la région des forêts, et, bientôt après, le bassin profond, sorte d'entonnoir entouré de rochers et de sapins, qui renferme le lac des Corbeaux. Ce lac, de forme ovale, a environ 250 mèt. de largeur sur 500 mèt. de longueur, et présente, en reflétant dans ses eaux profondes, le curieux bassin évasé par le haut qui l'enveloppe, l'image d'une immense clepsydre. Ce site solitaire, coupé par un ravin rapide, aboutissant de toutes parts à cet abîme qui semble le cratère d'un volcan où l'eau aurait remplacé le feu, forme un tableau de l'effet le plus pittoresque.
Les deux vallées du Chajoux et de la Moselotte ou Vologne offrent le but de courses intéressantes et plus étendues. En suivant la vallée du Chajoux jusqu'à sa partie supérieure, on atteint (9 kil. environ) le lac de Lispach (F. R. 62) et les hauteurs qui dominent le lac de Longemer, vers lequel on peut redescendre en 40 min. A 500 mèt.
environ en deçà du lac de Lispach, dont le trop-plein forme un petit affluent de la Moselotte, on trouve, à dr., le bras principal de la Moselotte qui naît à 2 kil. 1/2 plus haut, vers le sommet d'un étroit vallon.
La vallée de la Vologne (c'est la vallée de la Moselotte qui prend ce nom en amont de la Bresse), remarquable par l'agrément et la fraîcheur de ses sites, mérite spécialement d'être visitée, au moins jusqu'au (10 à 12 kil.) lac de Blanchemer.
Après avoir laissé à dr. (4 kil. de la Bresse) le chemin du col de Bramont (R. 67), on aperçoit, à 3 kil.
plus loin (à dr. encore) , l'entrée d'une gorge agreste par laquelle, en
longeant constamment le petit cours d'eau qui l'arrose, on remonte au lac de Blanchemer, situé dans une position très-pittoresque, au pied des montagnes qui séparent la Bresse de la vallée de Munster. De là, on peut gagner, par les chaumes et des forêts de sapins, soit la cime du Honeck (4 ou 5 kil. au N. E. du lac de Blanchemer), en passant par la chaume de Schmargult et la fontaine de la Duohesse, soit le col de Bramont (4 kil. au S. O.), par le Rothenbach.
De la Bresse à Gérardmer, R. 65; — à Wesserling, R. 67.