ROUTE 70] GRANDFONTAINE. — LE DONON
col ou plate-forme du Donon (737 met. d'altit.). On a là en face de soi les sommets du grand et du petit Donon, dont le revers méridional surplombe la route à dr. depuis Framont.
Le chemin du Donon s'embranche tout auprès de la ferme-auberge du Donon, sur le côté dr. de la route.
Il incline constamment vers la dr., dans la direction du S. 0. au N. E., en montant à travers une région tantôt boisée, tantôt revêtue de grosses broussailles et de mousses, fréquemment coupée de rochers escarpés (45 à 50 min. de marche), au point le plus élevé de la montagne.
Le Donon (1010 met. d'altit.), qui s'élève à la limiie de la Lorraine et de l'Alsace, sur une des plus anciennes routes de communication entre ces deux provinces, appartient à la formation du grès vosgien. Il ne se recommande pas seulement par le spectacle splendide que la vue embrasse de son sommet; l'attention des archéologues y a été vivement excitée aussi par la découverte de débris antiques et par des traces de monuments d'une origine très- reculée.
« En approchant du sommet, dit la Statistique des Vosges, on aperçoit de distance en distance de gros rochers que l'on croirait avoir été taillés et qui ont l'apparence de tours carrées. S'il a existé, comme quelques personnes le pensent, une enceinte de murailles pour défendre les approches de la partie supérieure du Donon, elle a dû, sans doute, s'appuyer contre ces espèces de tours naturelles. Mais les fouilles exécutées en plusieurs endroits n'ont laissé apercevoir nulle part les vestiges de semblables constructions. »
M. Jollois, ingénieur et archéologue distingué, qui a spécialement étudié les antiquités du Donon, s'est cru assuré , à la suite de fouilles persévérantes, d'avoir mis au jour les vestiges d'un ancien édifice. Les opinions ont différé sur la nature de ces
restes ; certains savants y ont vu les traces d'un monument druidique; d'autres pensent que ce seraient plutôt les débris d'un temple romain dédié, soit à Jupiter, soit à Mercure.
On a recueilli, du reste, sur le Donon, des fragments assez importants de sculptures attribuées aux Romains et déposées aujourd'hui au musée d'Épinal. C'est d'abord un bas-relief de 80 cent, de largeur sur 45 cent, de hauteur, représentant un sanglier adossé à un rocher et attaqué par un lion qui s'avance sur lui. Cet ouvrage, d'une exécution singulière, porte en légende ces mots : bellicûs sûrbûr.
Aux mômes lieux ont été trouvées également cinq statues, plus ou moins mutilées et en général d'un travail médiocre. Trois d'entre elles paraissent être des figures de Mercure; les deux autres représentent grossièrement des guerriers gaulois. En outre, Dom Calmet mentionne plusieurs inscriptions et un autel votif qui auraient été vus sur le Donon ; malgré son indication, ces antiquités n'ont pu être retrouvées. Avant lui, Dom Ruinart avait cité textuellement une inscription latine, tracée sur le rocher et qui est également disparue. Enfin, des pierres taillées, qui semblent rappeler le culte des Druides, ont été remarquées sur la montagne ( F.
Mémoire sur les antiquités du Donon, par M. Jollois, in-8°, avec figures; Épinal, 1828).
Le sommet du Donon , qui a servi de point de triangulation pour la carte de Cassini et pour celle de l'état-major, n'a ni l'étendue des cimes du Honeck et des Ballons de Guebwiller et d'Alsace, ni les beaux pâturages qui leur donnent une physionomie si alpestre. C'est un petit plateau de 375 mèt. de longueur sur 80 à 100 mèt. de largeur en moyenne.
La roche y est en partie à nu, en partie revêtue de quelques broussailles. Du point culminant, situé à l'extrémité orientale du plateau, vers la vallée du Rhin, on découvre une
45 kil. (6 kil. de Schirmeck).
Wisches , v. de 1374 hab., sur le ruisseau du môme nom (filature de coton, commerce étendu de bois, de planches et de bétail; carrières de pierres à paver). On remarque au N. 0. , un peu au-dessus de Wisches, la tour de l'ancienne église Saint- Antoine, bâtie en 1058.
A la sortie môme de Wisches, on passe du départ, des Vosges dans celui du Bas-Rhin.
47 kil. (8 kil. de Schirmeck). lutzeJr hausen,\. de J 556 hab., sur la Bruche (filature de coton et de laine peignée, scierie et moulin).
50 kil. (Il kil. de Schirmeck).
Urmatt, c. de 700 hab., au débouché d'un petit vallon latéral dans la vallée de la Bruche. 11 existait à Urmatt un couvent de Dominicains, abandonné au commencement du xiv- s., et dont il ne reste plus qu'un pu its, situé près du cimetière du village. Ce puits , primitivement renfermé dans une chapelle, formait alors un but de pèlerinage très-fréquenté. Sur une hauteur qui domine Urmatt, se voient les vestiges d'un monument druidique.
[Urmatt est le point de départ en venant, soit de Mutzig, soit de Schirmeck, de l'excursion à Niederhaslach, à Oberhaslach et à la cascade du Nideck (R. 82).]
La route franchit, au delà d'Urmatt (2 kil.), le ruisseau du Nideck, contourne les hauteurs boisées de Wissemberg et passe au-dessous du v. de Ileiligenberg (432 hab.), où ont été découverts, en 1818, des débris d'antiquités romaines : fragments de vases, moules et médailles. Il existait au xnr s., sur la colline de Heiligenberg, une chapelle de pèlerinage qui paraît avoir donné naissance au village actuel.
On laisse à g. le vallon de la Stille, au delà duquel on longe (à g.) un coteau planté de vignes, qui se continue jusqu'à Mutzig. A dr. s'éten-
vue magnifique sur les montagnes environnantes et sur les plaines de l'Alsace et de la Lorraine. « Dans un horizon incommensurable, apparaissent successivement les Vosges et leurs ramifications, les Alpes, la Forêt-Noire, les plaines de Lunéville, les étangs de Lindre, la vallée de Celles avec ses gracieux méandres, et, comme un point de mire fantastique, la flèche aérienne de la cathédrale de Strasbourg.... » Dans un cercle plus rapproché se montrent les ruines du Girbaden,les vallées de Framontetde Schirmeck, lesgrands bois d'où sortent les Saar Rouge et Blanche ; enfin, sur la g., immédiatement au-dessous du grand Donon, le petit Donon, dont la cime atteint encore plus de 800 mèt. A ceux qui voudraient connaître le Donon et ses environs avec plus de détails, nous recommanderons la lecture de l'excellent roman de MM.
Erckmann-Chatrian : le Fou Yégof, qui renferme des descriptions, admirables d'exactitude et de couleur, du Donon et de la région qui l'entoure, notamment des vallées de Framont et de Schirmeck.
On monte également au Donon, en venant de la vallée de Celles (R. 72), par son versant occidental , et , en partant d'Abreschwiller, par son versant septentrional. L'accès du Donon, autrefois fort pénible de ce côté, y est devenu très-facile depuis 1864 par suite de la création d'une route carrossable, qui atteint à sa base le sommet supérieur du Donon.
De Schirmeck à Raon -l'Étape, R. 72.
Au delà de Schirmeck, la vallée s'élargit et l'on découvre sur la dr. une belle zone de prairies bordant la Bruche, que la route domine en certains endroits en s'élevant quelque peu sur le revers du coteau.
42 kil. de Saint-Dié (3 kil. de Schirmeck). Uersbach, ham. industriel de 600 hab., dépendant de Wisches.