CHEMIN DE PIÉTON8, PAR OTTROTT ET SAINT-GORGON
Arrivé à Ottrott, au lieu de prendre au N. 0. d'Ottrot-le-Bas la route de Klingenthal, on traverse Ottrottle-Haut, et l'on gagne la route de Sainl-Sabor, v. de 334 hab., situé, dans une jolie position , au pied de la montagne de Sainte-Odile. A michemin à peu près (600 à 800 mèt.
d'Ottrott), on trouve à dr. un chemin qui, s'engageant immédiatement dans la forêt, remonte à Sainte- Odile. C'est une ancienne voie romaine, se développant d'abord dans une gorge profonde, sous une voûte de sapins qui lui donne une physionomie à la fois sombre et grandiose.
On croise à mi-côte le vallon de Saint -Gorgon où s'élevait autrerois un prieuré, fondé vers 1179 par Herrade de Landsperg, abbesse de Sainte- Odile. 11 ne reste plus de traces de ce prieuré : l'emplacement en est indiqjé par une modeste métairie. A mc-
sure que l'on avance, les larges dalles qui formaient la chaussée romaine deviennent de plus en plus visibles. On atteint ainsi la partie supérieure de la vallée, où le sapin est remplacé par des arbres d'essences diverses, hêtres, chênes, etc. — On tourne une première fois à g., et, quelques pas plus loin, à une sorte de carrefour où se trouve un poteau indicateur, on prend encore à g. un sentier assez large qui traverse le bois. En 5 ou 6 min. de marche, on arrive sur un terrain découvert et cultivé dépendant du couvent, que I on aperçoit sur la g. Un petit chemin d'exploitation, long de 200 ou 300 mèt., rejoint (à dr.) la belle route de Klingenthal. 10 min. suffisent alors pour atteindre l'entrée du couvent de Sainte-Odile.
N. B. — Il y a près du couvent, dans la cour extérieure, une auberge assez médiocre, où l'on trouve à se rafraîchir et même à coucher. Mais, si l'on se propose de passer un ou deux jours à Sainte-Odile, ce que nous ne saurions trop recommander à ceux qui veulent voir une des plus curieuses parties des Vosges, on devra s'adresser à la sœur principale pour loger au couvent même, s'il y a de la place. On y reçoit, à des conditions très- modérées (S à 6 fr. par jour), une hospitalité simple, mais suffisamment confortable et surtout du caractère le plus cordial. Si l'on peut avoir une des chambres donnant sur le vallon de Niedermunster, on jouira de sa fenêtre et sans se déranger, le matin, au lever du soleil, du plus admirable spectacle. Vers les dernières heures de la journée, quand le crépuscule arrive, le profond abime de verdure au-dessus duquel on est pour ainsi dire suspendu est également d'un effet saisissant, surtout si la lune mêle sa lumière vaporeuse aux sombres nuances du tableau.
Le couvent de Sainte-Odile s'élève sur un promontoire, qui s'abaisse par une pente très-abrupte et de 400 à !>00 mèt. de hauteur sur la plaine de l'Alsace. Le bloc de rocher sur lequel reposent les bâtiments forme luimême, au sommet de ce promontoire, un escarpement énorme coupé litté-
ralement à pic, et accessible seulement d'un côté. Entre la limite de cette plate-forme naturelle et le pied des bâtiments du couvent, règne à l'E. une terrasse à laquelle on accède par un chemin passant entre le mur du couvent et l'escarpement qui domine la voie romaine. De cette terrasse, au milieu de laquelle a été placé un banc rustique , qu'ombrage un arbre magnifique, on découvre une vue splendide sur la vallée du Rhin.
Goethe, qui visita Sainte-Odile au xviii* s., esquisse ainsi les traits essentiels de ce grand tableau : « De cette hauteur, la vue s'étend sur cette magnifique Alsace toujours la même et cependant toujours nouvelle pour nous. Dans un amphithéâtre, quelque part que l'on se place, la vue embrasse tout l'auditoire, mais on ne distingue bien que ses voisins.
Il en était de même pour nous des buissons, des rochers, des collines, des forêts, des champs, des prairies et des villages que nous apercevions à proximité ou dans l'éloignement.
On nous signalait Bâle à l'horizon.
Je n'assurerais pas que nous l'ayons vue; mais nous éprouvâmes un plaisir très-vif à distinguer au loin l'azur des montagnes de la Suisse. »
Quand on a dépassé l'entrée principale du couvent de Sainte-Odile, on se trouve dans une première enceinte plantée d'arbres et précédant la maison conventuelle. A dr., on remarque d'abord l'hôtellerie, qui a pris la place d'une rotonde d'origine romaine, que le duc Attic ou Etichon , père de sainte Odile, avait fait consacrer en l'honneur des saints d'Alsace. Un peu plus loin, du même côté, se présente la porte de l'église, décorée d'une ordonnance de pilastres qui supportent un fronton triangulaire.
A g. se dessine le chemin menant à la plate- forme ; en face de soi, on a l'entrée du couvent.
Le monastère de Sainte-Odile fut fondé vers la fin du vn« s. par la sainte de ce