SAINTE-ODILE
nom, dont l'Alsace, qui en a fait sa patronne, conserve le souvenir avec une vénération rappelant celle que Paris porte à sainte Geneviève. D'après la légende, ^sainte Odile vint au monde aveugle, et son père Étichon ou Attic, duc d'Alsace, qui désirait vivement la naissance d'un fils, fut tellement irrité de ce mécompte qu'il voulut faire périr sa fille. La nourrice de sainte Odile, afin de la soustraire à la mort, s'enfuit avec elle dans un couvent de la Bourgogne, où la jeune enfant recouvra, dit-on, la vue au moment même où elle reçut le baptême. Longtemps repoussée par son père, elle réussit cependant à regagner sa tendresse par l'ascendant de ses vertus. Mais, plus tard, il voulut la marier, et la jeune fille, se sentant appelée au service de Dieu, s'y refusa et dut fuir de nouveau pour échapper aux instances menaçantes de son père. Celui-ci se mit à sa poursuite ; et il était, dit encore la légende, sur le point de l'atteindre, lorsque le rocher où elle s'était arrêtée pour prier s'entr'ouvrit et la déroba miraculeusement aux mains du duc. Vaincu par une telle manifestation de la volonté divine, Attic céda aux désirs de sa fille et lui fit donation du château de Hohenbourg avec le domaine qui en dépendait, pour y établir un monastère, dont elle prit la direction. Sainte Odile fit de cette maison une sorte d'asile pour les filles pieuses de la noblesse australienne et bourguignonne.
Le monastère de Sainte-Odile subsista longtemps avec beaucoup d'éclat et compta un grand nombre d'abbesses illustres ap • par tenant aux plus grandes maisons d'Alsace, entre autres, sainte Eugénie, nièce de la fondatrice (720), Relinde, parente de l'empereur d'Allemagne Frédéric I«r, qui attribua, en sa faveur, le titre de princesse aux abbesses du couvent, Herrade de Landsperg (U67 à tt 95), l'auteur du H or lu s deliciarum, précieux manuscrit maintenant déposé à la bibliothèque de Strasbourg ( V. p. 109), etc. Mais, après diverses vicissitudes et à la suite d'un incendie qui détruisit, en 1546, tous les bâtiments conventuels, les religieuses durent quitter l'OJilienberg , qui demeura abandonné durant près d'un demi-siècle.
Des religieux Prémontrés vinrent s'y établir dans les premières années du xvii' s. et reconstruisirent le couvent et l'église qui, dévastés et ruinés de nouveau en 1622, furent relevés en 1630. Les Prémontrés y résidèrent jusqu'à l'époque de la Révolution. Le couvent fut alors sup-
primé et les bâtiments passèrent successivement dans les mains de plusieurs acquéreurs. Enfin, en 1853, ils ont été rachetés par l'évèque de Strasbourg, qui y a installé des soeurs du tiers Ordre de Saint-François et quelques religieux de la même règle, qui sont chargés des travaux de culture. L'église et les chapelles ont été restaurées avec beaucoup de soin et de goût, sous la direction de M. l'abbé Schir, vicaire-général, et actuellement, comme dans le passé, le couvent fondé par la pieuse fille du duc d'Alsace attire chaque année, non -seulement à l'époque des grandes fêtes religieuses, mais presque chaque jour, de nombreux pèlerins. — La légende de sainte Odile et l'histoire de son monastère ont donné lieu à de nombreux ouvrages tant en allemand qu'en français (K. le Dictionnaire du Haut et du Bas- Rhin , revu par M. Ristelbuber); nous mentionnerons seulement le Guide du pèlerin au mont Sainte-Odile, par M. l'abbé Schir.
Le couvent se compose d'un vaste bâtiment central à un seul étage audessus du rez-de-chaussée, et de deux ailes en retour ; au centre s étend une cour ou préau sur trois côtés de laquelle se développe un cloître. Reconstruit vers le commencement du xvii* s., dans le style général des maisons religieuses de cette époque, ce couvent n'a rien de remarquable. Nous nous bornerons à signaler deux pierres grossièrement sculptées, encastrées dans le mur à l'angle de jonction du cloître et de l'aile du S. Elles représentent, Tune le duc Attic faisant donation à sainte Odile du domaine où est situé le couvent, l'autre, les abbesses Relinde et Herrade aux pieds de la Vierge.
Ces curieux bas-reliefs paraissent dater du xii* s. — En arrière du couvent, du côté de la plaine du Rhin, s'étend un jardin potager renfermant la chapelle des Larmes.
■Véglise conventuelle, d'une physionomie massive et sans caractère à l'extérieur, offre intérieurement un aspect très-élégant. Elle se compose d'une nef, de deux bas côtés séparés de la nef par un double rang de
colonnes doriques, d'un chœur et d'un sanctuaire.
On y remarque : un beau maître autel en marbre, des boiseries richement ornementées dans le goût de la Renaissance et six confessionnaux charmants ; les tableaux sont médiocres. L'église est éclairée par des fenêtres ogivales, ce qui laisse supposer que les murs latéraux de l'ancienne église ont été conservés lors de la reconstruction de l'édifice dans le style du xvir5 s. Dans le collatéral de g. , une porte donne entrée dans une petite chapelle renfermant, sous un sarcophage vitré, une figure en bois revêtue de vêtements de soie, de forme ancienne. Elle représente, dit-on, le duc Êtichon, et quelques ossements encastrés dans les bras et dans les jambes de cette figure seraient des restes du père de sainte Odile.
En face de cette châsse, on en aperçoit une autre contenant également une figure habillée d'une tunique de soie et qui est regardée comme celle de sainte Odile , sans autre autorité qu'une affirmation traditionnelle.
De cette sorte de vestibule intermédiaire, on passe dans la chapelle de la Croix, l'une des plus curieuses et des plus anciennes du couvent. Celte chapelle, dont la construction remonte au xn* s. , appartient à l'époque romane secondaire; la voûte, partagée en quatre berceaux , s'appuie, par de grands arcs cintrés, à huit pilastres engagés et à une courte colonne centrale dont le chapiteau, à corbeille cubique, est orné d'un riche feuillage relevé, aux quatre côtés, de têtes à figure grimaçante. L'ensemble de cette chapelle présente, dans ses formes plutôt massives que lourdes, un puissant caractère. On y voit, outre un autel fort simple en pierre, un tombeau, actuellement vide, qui est, dit-on, celui du duc Etichon et de Bereswinde sa femme , et qui compterait parmi les plus anciens monuments funéraires de l'Alsace. La statue de sainte
Odile agenouillée, œuvre médiocre du xvne s., est placée sur ce tombeau. — Un escalier étroit conduit à une autre chapelle construite dans les mêmes proportions et dans le même style, mais avec plus de simplicité que la chapelle de la Croix, au-dessus de laquelle elle est située. Cette chapelle s'appelle le Calvaire, parce que une suite de tableaux, trop endommagés pour qu'il ait été possible de les restaurer, y représentait les différentes scènes de la Passion. Elle est éclairée par deux enêtres romanes géminées, inscrites dans des arcs en plein cintre , et d'où l'on a une vue étendue sur la plaine du Rhin.
Enfin, on pénètre, par une porte basse et étroite, ouverte sur le côte g. de la chapelle de la Croix (en regardant l'autel), dans \a.chapelle de Sainte-Odile. Cette chapelle, dont la nef est d'une date aussi reculée que celle de la construction de la chapelle de la Croix, et qui lui est peut-être même antérieure, a été l'objet d'une ornementation très-élégante. Elle est revêtue , jusqu'à la naissance de la voûte, d'un beau lambris en bois de chêne, dont les panneaux reproduisent les principaux épisodes de la Vie de sainte Odile, dans des peintures d'une exécution agréable, mais d'un style et d'une expression peu en harmonie avec le sujet. Au fond de la chapelle, un sanctuaire en abside, fermé par une grille en fer, renferme, sur un autel en bois de chêne, surmonté d'un vitrail de couleur, une châsse contenant les restes vénérés de la sainte. Le tombeau, en pierre, où ils ont longtemps reposé et qui fut violé à l'époque de la Révolution, est placé sur le côté g. de la nef. Ce sarcophage, dont la base, décorée d'arceaux, rappelle l'architecture du xiii* s., supporte une sorte de console dans le goût de la Renaissance. Au-dessus du tombeau, deux bas*reliefs en pierre représentent le Baptême de sainte Odile, et