DE SCHLESTADT A SAINTE-MARIE-AUX-MINES. [R
des monuments historiques d'Alsace, l'ancien passage intérieur depuis la plate-forme, à PO. , jusqu'à rentrée du château , à l'E. , a été dégagé et rendu praticable.
Du sommet de VAltenbery, qui se dresse un peu en arrière et à l'O. du Frankenbourg (200 à 300 mèt. de distance), le regard plonge sur les vallées de Ville (à g.) et de Sainte- Marie-aux-Mines (à dr.). On voit alors en face de soi, sur le premier plan, les ruines de l'Ortenberg , au delà desquelles se développe la plaine du Rhin.
Plusieurs chemins très -pittoresques , mais en» général solitaires et difficiles, conduisent aux ruines du Frankenbourg; nous en indiquerons seulement trois :
1° A. 1500 mèt. de l'entrée du Val de Villé, on prend, à g., un chemin qui se dirige au N. O. sur le flanc de la montagne jusqu'à (1 kil.) Neubois, v. de 709 hab. , situé dans une position agreste et dominant la route de Villé. Au S. 0. du village, commence un sentier de forêt qui conduit au (3 à 4 kil.) Frankenbourg, en contournant le sommet de la montagne.
2° Un autre chemin s'ouvre à 2 kil.
1/2 environ au delà de la station du Val de Villé, à l'entrée de la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, près d'un petit groupe d'habitations comprenant une usine et une tuilerie , à dr. de la route de Saint-Dié et du chemin de fer. Après avoir franchi la Lièpvrette, il remonte le versant S.E. de la montagne où il finit par rejoindre (2 kil. 1/2) le chemin partant de Neubois.
3° Un chemin commençant à Lièpvre (F. ci-dessous) se dirige vers le N. E., par le hameau de la Yanzelle, vers le sommet de PAltenberg.
Le premier de ces trois chemins (par Neubois) est le plus facile comme direction ; mais un guide est en tout cas nécessaire (s'adressera l'auberge duDeybach,h\2i station duVal deVillé).
Si, au lieu de prendre à g. le che-
Excursions aux châteaux de Frankenbourf et de Thanvillé et eu Val de ViUé.
A dr. du chemin de fer, se présente la route du Val de Villé qui, après avoir traversé des prairies, s'engage (2 kil. environ de la station), à l'en trée de la vallée, dans une sorte de défilé. Elle est dominée, à dr.,par les hauteurs sur lesquelles s'élèvent les ruines du Ramstein et de l'Ortenberg, et à g. par la montagne d'Al tenberg (880 mèt. d'altit.), couverte de forêts et que couronnent les ruines du Frankenbourg, que l'on aperçoit du chemin de fer (à dr.), durant un très-long parcours.
Le château de Frankenbourg (768 mèt. d'altit.), dont la tradition fait remonter l'origine jusqu'à Clovis, semble dater, en réalité, du xn* s.
Toutefois, des travaux de déblais exécutés récemment ont mis à jour, au bas du rocher que surmontent les ruines, un premier mur d'enceinte dont la disposition rappelle celle du mur Payen (F. p. 130 et 481), et donne une certaine autorité à l'opinion qui rattache l'origine de Frankenbourg à l'époque franque et même à Pépoque gallo-romaine. Ce serait dans ce lieu, déjà fortifié, qu'aurait été élevé le château du xir s. 11 appartint d'abord, en propriété directe, aux comtes de Werd , qui furent élevés à la dignité de landgrave vers 1196. Ces comtes le tinrent ensuite à titre de fief relevant de Pévêché de Strasbourg, auquel ils en avaient cédé la suzeraineté. Passé plus tard aux comtes de Linange, puis aux Lutzelstein , le Frankenbourg devint, en 1470, la propriété de la ville de Schlestadt,et fut dévasté, en 1582, par un incendie. 11 en subsiste encore une tour et un mur d'enceinte. Ces ruines, enveloppées de toutes parts par des bois d'un aspect sauvage, ont été longtemps presque inabordables; mais, à l'aide de quelques fonds accordés par la Société pour la conservation
[ROUTE 84] CHÂTEAU DE FRÀNKENBOURG. — LIÈPVRE. 495
min de Neubois, on continue à suivre la route du Val de Ville, en longeant à dr. le Giesen, affluent de la Lièpvrette, on ne tarde pas à atteindre (5 kil.
de la station, 12 kil. de Schlestadt) Ttonvillé, v. de 391 hab., au N. 0.
duquel on voit un château que son excellent état d'entretien ferait prendre à première vue pour une construction moderne. Ce château, de forme carrée, flanqué de quatre tourelles crénelées (un donjon et une tourelle défendent l'accès de la cour), est un édifice du xvi' s. Il appartient au vicomte de Castex.
De Thanvillé, en continuant de remonter la belle et intéressante vallée de Villé, on gagne la vallée de la Bruche, où l'on arrive au (25 kil.
«le la station du Val de Villé) village de Bruche (R. 7 0, B), en passant par : — (7 kil.) Saint-Maurice, v. de 456 hab.; — (9 kil. 1/2) Triembach, v. de 594 hab.; — (11 kil.) Villé (R. 83); — ( 1 2 kil .j ) Saint Martin ,v . de 47 6 hab . , situé sur la rive g. du Giesen. A 1 kil. de ce village, sur la rive dr. do la rivière, se trouvait autrefois une abbaye de Bénédictins, fondée au xi* s. et incorporée en 1 61 5 à l'abbaye «l'Andlau. — La route de la Bruche traverse ensuite (17 kil.) Steige, v. de 1400 hab., dont les maisons, disséminées de chaque côté de la route, forment une longue rue d'un kil. environ de longueur.
Le Val de Villé est une vallée populeuse, renfermant 14 villages et produisant du bois, des céréales, du vin et des cerises qui servent à faire un kirschwasser très-estimé dans le commerce. 2000 à 3000 métiers à tisser, employés par les fabricants de Sainte-Marie-aux- Mines, y sont agglomérés par ateliers de 20 à 100 métiers ou disséminés dans les maisons des villages et des hameaux.
En quittant la station du Val de Villé, on remonte la vallée de Sainte- Marie-aux-Mines, l'une des plus belles
et des plus remarquables des Vosges.
Efle s'étend, avec ses riantes prairies, ses nombreux villages, ses jisines, ses pittoresques vallons latéraux. bordés de coteaux parsemés d'usines, entre deux lignes de montagnes de 700 à 1000 mèt. d'altit., couvertes de forêts de sapins. La variété des sites, la pureté de l'air des montagnes et des forêts, les ressources d'un pays industriel et commercial, la facilité du voyage depuis l'établissement du chemin de fer, enfin la multiplicité des excursions et des promenades que l'on peut y faire, attireront de plus en plus les touristes dans cette admirable vallée.
Après avoir traversé le 'hameau du Bois V Abaisse (scierie mécanique), près duquel on passe du départ, du Bas-Rhin dans celui du Haut-Rhin, le chemin de fer atteint
15 kil. Lièpvre (auberge du Cerf), v. de 2612 hab., situé sur la rivière dont il porte le nom (à dr. du chemin de fer), à l'entrée d'un beau vallon tapissé de superbes forêts et remontant vers VAllemand-Bombach, v. de 1869 hab., dont le territoire renferme plusieurs des mines autrefois exploitées dans la vallée.
Lièpvre doit son origine à un monastère fondé en 770 par Fulrade, abbé de Saint- Denis, de famille alsacienne. Le monastère de Lièpvre, qui reçut le nom de prieuré de Saint- Alexandre, parce qu'il possédait des reliques de ce saint, rapportées de Rome par Fulrade, devint plus tard un prieuré de Tordre de Saint-Benoît et fut enfin réuni, en 1502, à la collégiale de Saint-Georges de Nancy.
L'église du couvent fut démolie en 1751, à l'exception du chœur qui, vendu pendant la Révolution, a été transformé en habitation particulière.
Sous le porche del" église paroissiale, se conserve le baptistère du couvent de Fulrade, large cuve creusée dans un bloc de grès de forme cubique.
Dans la tour est une cloche remarquable, qui date de 1542.
Les ducs de Lorraine avaient à Lièp-
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vre uri" château de chasse , situé dans le voisinage du beau pont en pierre de la Lièpvrette. Ce château a été détruit par un incendie.
Lièpvre est un village agricole, qui renferme cependant un moulin, deux scieries, et deux tissages mécaniques, dont Tun, très-important, dépend de l'industrie de Sainte-Marie-aux-Mines.
On franchit à Lièpvre la rivière du môme nom, dont on suit la rive g., et l'on croise la route de Saint-Dié.
19 kil. Sainte -Croix -aux -Mines (brasserie Schmutz), c. de 3810 hab., sur la Lièpvre, comprend un grand nombre d'annexés ou hameaux (filature de 10 000 broches, tissages mécaniques, impression sur étoffes, teinturerie, qui dépendent de l'industrie de Sainte-Marie-aux-Mines, moulins et scieries). Sainte-Croix renferme une église moderne, construite en 1829, et un joli hôtel de ville, également moderne. On y voit aussi des restes d'anciennes galeries creusées pour l'exploitation des mines.
[A 2 kil. 1/2 au N. O. de Sainte- Croix, au fond du vallon agreste du Petit-Rombach , s'élèvent les ruines très-délabrées du château d'Êchery, qui fut habité, au xnr et au xiv* s. , par les seigneurs du môme nom.
Cette famille s'étant éteinte en 1381, la seigneurie d'Êchery fut partagée entre le duc de Lorraine et le seigneur de Ribeaupierre. Plus tard, le château passa successivement à diverses familles alsaciennes, parmi les quelles nous nommerons les Hattstatt et les Zorn.]
Au delà de la station de Sainte- Croix, on traverse le hameau de Saint- Biaise (deux tissages mécaniques, teinturerie), dépendance de Sainte- Marie-aux-Mines.
22 kil. Sainte-Marie-aux-Mines (hôt. : du Commerce, du Grand-Cerf , de V Arbre-Vert) , ch.-l. de c, V. de 12 425 hab. , est située à 390 met.
d'altit. , au milieu d'un admirable paysage , sur les rives de la Lièp-
relte, au fond de la vallée à laquelle elle a donné son nom.
Sainte-Marie-aux-Mines (en allemand Mariakirch ou Markirch), mentionnée dans une charte de la fin du xi« s. (1078), appartenait pour une partie (rive g. de la Lièpvrette)aux ducs de Lorraine, déjà possesseurs de la vallée tout entière, et, pour l'autre partie (rive dr.), à la seigneurie de Ribeaupierre, dont elle formait un bailliage. L'origine différente de ces deux souverainetés exerça une influence trèscaractéristique sur les habitants. Bien que les deux sections de la ville fussent & peine séparées, et qu'elles se touchassent même tellement, en certains points, que quelques maisons appartenaient par moitié aux deux territoires, ce qui faisait dire qu'on pétrissait le pain en Alsace et qu'on le cuisait en Lorraine, les mœurs, le»
habitudes, le costume même, différaient profondément d'une rive à l'autre du petit cours d'eau qui traversait la ville. Les habitants de la rive g. étaient catholiques et parlaient français, tandis que ceux de la rive dr. étaient protestants et parlaient allemand. Cette distinction subsista longtemps encore après que Sainte-Marie-aux- Mines eut été réunie en une seule et même ville sous la domination française. C'est seulement depuis la fin du xvur* s. que la fusion s'est accomplie, que l'unité s'est faite au point de vue national et administratif et sous le rapport des mœurs et des habitudes-, quant à la différence des croyances religieuses et de la langue, elle s'est maintenue, et la population de Sainte-Marie-aux-Mines se partage, à peu près par moitié, en catholiques et en protestants.
Sainte-Marie-aux-Mines a dû son importance et son développement auX mines d'argent, de plomb, de cuivre et d'autres métaux qui y ont été exploitées dès le ix« s., mais surtout au xvi* par les seigneurs de Ribeaupierre, en partage de bénéfices avec les archiducs d'Autriche.
Cette exploitation, très -étendue et trèsproductive, qui attira de nombreux ouvriers dans la vallée, subit un temps d'arrêt complet au commencement du xvn« s., par suite d'une peste qui fit d'affreux ravages dans la contrée, et plus tard , par suite des désastres et des misères que la guerre de Trente ans attira sur l'Alsace. Après la réunion de cette province à la France, une société-se forma à Strasbourg et racheta, à l'un des descendants de la maison de Ribeaupierre,