MUNSTER
y fat accueillie avec empressement, et l'abbé Burkard de Nagel abjura le catholicisme l'un des premiers, en 1536. Le curé de Munster et celui de Mulbach l'imitèrent en 1543; bientôt toute la vallée adopta les principes protestants. En 1569, un nouvel abbé, Henri d'Istaett, essaya d'arrêter le mouvement-, mais, après six années de troubles, la Réforme l'emporta, et contribua dès lors à développer l'indépendance locale.
L'abbaye de Munster, qui avait perdu beaucoup de son importance, fut supprimée à l'époque de la Révolution. Jusqu'à ses derniers jours, elle a compté plusieurs hommes distingués, parmi lesquels nous nommerons Dom Calmet qui, avant d'être abbé de Senones, fut sous-prieur de l'abbaye de Munster, dont il a écrit l'histoire.
Vindivision dans laquelle vivaient les dix communes de la vallée de Munster, après avoir subsisté jusqu'en 1847, comme un des derniers traits caractéristiques de cette petite communauté des Vosges, a été supprimée par un arrêt de la Cour de Colmar, qui prescrivit le partage des biens communaux indivis.
Les mœurs des habitants de la vallée de Munster, qui perdent, de jour en jour, un peu de leur simplicité originale au contact de l'industrie, ont conservé cependant un caractère primitif où les habitudes religieuses s'associent heureusement à la vie agreste, et qui mérite d'être signalé. Voici le tableau quen trace M. Kirschleger, professeur de botanique à l'académie de Strasbourg, dans son Guide du botaniste, où abondent les détails pittoresques et auquel nous avons plus d'une fois emprunté des renseignements intéressants.
« La vallée de Munstei a adopté la Réforme au xvie s., et avec elle des mœurs plus ou moins puritaines, bien différentes de celles des villages catholiques viticoles de la vallée inférieure où l'on mène, en général, une vie bien plus gaie et beaucoup moins pastorale.
« Depuis la Révolution et surtout depuis la Restauration , le nombre des catholiques a fort augmenté dans la vallée de Munster, et même dans les villages qui étaient entièrement luthériens avant 1789. Néanmoins, le sol et les richesses appartiennent aux protestants, parmi lesquels d'ailleurs la civilisation française commence aussi à pénétrer. On enseigne le français à l'école-, on introduit beaucoup de vin, on boit de la bière même dans les villages les plus retirés. Les vieilles
mœurs, la tempérance, la frugalité, le costume national, la cuisine, les habitudes casanières et pastorales reçoivent des chocs violents. Néanmoins, le voyageur trouvera à Metzeral et à Soultzeren encore plusieurs familles conservant assez intactes les vieilles mœurs, les anciens costumes, la cuisine presbytérienne, la propreté et la frugalité, le travail des champs, malgré l'appât offert par l'industrie cotonnière qui s'installe partout et entraine avec elle des mœurs plus ou moins douteuses.
« J'engage le botaniste-touriste à pénétrer dans les maisons où régnent encore des mœurs patriarcales et puritaines, à assister aux repas précédés et suivis d'une courte prière, aux travaux champêtres, à la vie domestique, à observer le costume des hommes : tricorne (nebelspalter), habit de laine sans collet, culotte courte, bas à jarretières, gilet blanc ou gris ou bleu. Le costume des femmes, surtout celui des jeunes filles endimanchées, est assez coquet : jupes courtes, bas de couleur, bonnet à lobes couvrant les oreilles, camisole en perse et fichu milanais. Ce costume est assez avantageux, et il y a de fort jolis et frais minois sous cette coiffure appelée die Hub (haube), et des tailles assez élégantes sous la camisole et le vaste fichu. Les jeunes filles, si vous les rencontrez eu route et si vous leur demandez sérieusement un renseignement, vous répondront franchement et sérieusement. Toutefois, ne vous permettez pas la moindre plaisanterie et prenez garde à ce que vos yeux ne trahissent pas une pensée malignd.
«... Aux 'funérailles, tout le village, hommes et femmes, fait partie du convoi funèbre. Lors des baptêmes, même, il y a un grand cortège, composé de toutes les sœurs, cousines et arrière-cousines du jeune chrétien récipiendaire. Les cérémonies nuptiales exigeraient un long chapitre , pour être racontées dignement, et convenablement. On fréquente assidûment les services divins, et le jour du dimanche est honoré et respecté par la cessation des travaux grossiers de la campagne, ce qui n'exclut pas la conclusion des affaires à l'auberge ou au cabaret.
« La table quotidienne est servie trèssimplement. La famille et les domestiques assistent ensemble, dans un ordre hiérarchique, au diner et au souper, toujours précédés et suivis par la prière en commun. Le bœuf et le veau apparaissent rarement sur ces tables rustiques; le mou- | ton y est presque inconnu. Chaque famille
DE COLMAR A MUNSTER
cuit son pain ; à Metzeral (grand village), il n'y a ni boucher ni boulanger. Chaque . famille un peu aisée nourrit et engraisse | deux porcs par an. On a V à 6 vaches dans l'étable; les pauvres ont au moins une chèvre. La vie agricole est très-dure dans la vallée , car on a affaire dans ces vallons et sur ces montagnes à un sol très-ingrat : moraines à galets ou côtes sableuses granitiques
a Les maisons d'habitation sont généralement bien tenues : la plupart sont couvertes en chaume et dépourvues de cheminées.
« Aujourd'hui les mœurs simples, républicaines s'affaiblissent, et néanmoins il n'y a rien d'obséquieux dans la conduite des hommes : n'ayant jamais eu de seigneur qui les exploitât ou les malmenât, leur ancienne constitution républicaine avait quelque chose de noble et de trèsdigne.
« L'instruction primaire n'avait pas été négligée sous l'ancien régime démocratique; chaque commune avait son instituteur. 11 n'y avait pas de citoyen ni de citoyenne qui ne sût lire en allemand , chanter les cantiques et les psaumes, écrire lisiblement, calculer un peu, et qui ne connût par cœur le vieux catéchisme du Dr Martin Luther et une vingtaine de cantiques consolateurs. Chaque famille avait sa petite bibliothèque, placée généralement au-dessus de la porte de la Stubi>, sur un rayon. Nous nous sommes souvent permis d'examiner cette bibliothèque domestique, presque entièrement composée de livres de piété luthériens. Nommons d'abord la bible (version de Luther).
Nous avons souvent rencontré des éditions in-folio avec gravures sur bois, datant du xvi* ou du xvii* s.; la famille tient énormément à ces éditions in-folio de ces livres sacrés. Puis, il y a là les œuvres de Schmolke d'Arndt (Paradi$s-Gartlein),où se trouvent des prières pour toutes les circonstances graves de la vie.
« Nous n'avons jamais rencontré de romans parmi ces livres, mais fréquemment des poésies, notamment celles de Gellert et de Pfeffel. Chez quelques rares individus, il y a de vieux livres sur la magie, sur la baguette divinatoire, sur l'influence du Malin sur les hommes, sur les moyens à employer contre ce personnage mystérieux et ses suppôts, tes sorcières. Il y a à peine cent ans que la dernière sorcière a été brûlée à Munster, où il y avait un Hextnthurm (prison des sorcières). La civilisation n'est pas encore parvenue à
extirper la croyance aux esprits malfaisants, au mauvais œil, à la méchanceté satanique de voisins envieux et jaloux. «
Bien que la langue française commence à pénétrer dans la vallée de Munster, l'allemand reste encore la langue usuelle, exclusivement parlée par les populations rurales. Aussi éprouve-t-on parfois quelque difÛculté à obtenir des renseignements, même lorsque l'on connaît l'allemand pur, le dialecte de la vallée de Munster se composant d'un patois qui, par son accent et ses transformations de lettres, défigure complètement les mots.
La ville de Munster est très-renommée pour le développement industriel dont elle est le centre. Presque tous les villages environnants renferment quelque usine :
filatures, tissages, papeteries, scieries mécaniques. En outre, Munster même possède plusieurs moulins à blé, un moulin à tan, deux scieries mécaniques, deux brasseries , une tannerie, deux fabriques de savon et de chandelles et une taillanderie. Son commerce comprend les produits de ses manufactures et les denrées agricoles, au premier rang desquelles il faut placer les fromages qui s'expédient chaque année par plusieurs centaines de mille kilogrammes. Les fromages façon gruyère vosgien entrent pour plus de 100 000 kilogr. dans ce total. Cette industrie si importante et qui remonte loin dans le passé a sa légende. On prétend que lorsque les Marcaires (corruption probable de Metker) quittent avec leurs vaches les censés ou fromageries des hauts pâturages vers la fin de septembre, pour venir habiter, le village pendant l'hiver, les gnomes des montagnes abandonnent alors leurs résidences souterraines pour venir dans les censés des individus qui ont su mériter leur attachement. Ces êtres mystérieux entretiennent d'excellentes vaches laitières et fabriquent dans d'immenses chaudières les meilleurs fromages.
La nuit, quand leurs troupeaux paissent dans des pâturages cachés à tous les regards, les gnomes descendent dans le village et placent les produits de leur travail dans les caves et les celliers et même sur la table des habitants les plus honnêtes et les plus laborieux de la commune.
A une époque reculée, il existait, dit-on, dans les montagnes des environs de Munster, des mines de métaux ; l'une des plus belles forêts de la vallée s'appelle encore le Sjlbericald
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(forêt de l'argent); mai9 toute exploitation a cessé depuis longtemps et il n'en reste plus de traces.
Parmi les établissements industriels les plus considérables de la vallée, nous citerons spécialement, pour son étendue, pour l'ensemble de ses dispositions et pour son excellente organisation, la filature de MM. Hartmann ét fils, qui rivalise avec les plus remarquables manufactures de l'Alsace (la visite de cet établissement offre le sujet d'une étude pleine d'intérêt).
Les vastes bâtiments de l'usine, situés à 700 ou 800 mèt. au N. E. de Munster, entre la route départementale et la Fecht, presque en face du Schwartzenbourg, réunissent toutes les annexes que comportent le développement progressif de l'industrie cotonnière, et tout ce qui peut contribuer au bien-être, à l'amélioration morale et physique des ouvriers.
L'origine des établissements industriels de Munster remonte à 1780. C'est M. André Hartmann, l'aïeul des propriétaires actuels, qui vint le premier s'établir dans cette vallée et y fonder une fabrique de toiles peintes. Ses premiers efforts furent couronnés de succès et la célébrité s'attacha très-vite et d'une manière toujours croissante aux produits de sort industrie. Des transformations radicales et successives ont été apportées dans cette usine, qui ne comprend aujourd'hui que des filatures, des tissages et des blanchiment* de tissus de coton. Son importance en fait un des établissements cotonniers les plus considérables du Haut-Rhin. On y compte 1600 métiers mécaniques, plus de 60 000 broches de filature et un blanchiment récemment établi, mais qui prend tous les jours de l'extension. De puissants moteurs hydrauliques et plusieurs pompes à vapeur, non moins puissantes, font marcher toutes ces usines, où il se dépense une force de 700 àsoo chevaux. Les ouvriers sont au nombre de 3000 environ. On peut évaluer à 90 ooo pièces, de 60 mèt. de longueur chacune, la production des tissages, production qui représente une valeur de 5 à 6 millions de fr.
L'établissement possède des écoles où les enfants des deux sexes des ouvriers