A MUNSTER. [ROUTE
ment de filature et de tissage appartenant à M. Jean Kiencr fils). Enfin, après être passé entre la colline qu'occupent les ruines peu considérables du château de Schwartzen bourg (à g.) et le magnifique établissement industriel ( V. ci-dessous) de MM . Hartmann et fils (à dr.), on arrive à
20 kil. Munster (hôt. de la Cigogne), ch.-l. de c, V. de 4762 hab., en y comprenant plusieurs hameaux qui font partie de la commune, située à 360 met. d'altit., dans une position très-piitoresque, au confluent de la Fecht, qui arrose la vallée principale, et du Kleinthal qui, prenant sa source dans la forêt de Stosswihr, descend vers Munster par le vallon secondaire que traverse la route de Gérardmer à Colmar (R . 63) .
Toute cette haute contrée, outre la grande industrie qui l'anime et les belles et nombreuses ruines de châteaux qui ornent ses montagnes, offre au touriste les sites les plus pittoresques, soit dans la vallée princix pale, soit dans les vallons latéraux qui y aboutissent.
« La nature, dit Baquol dans son Dictionnaire du Haut et du Bas-Rhin, semble avoir départi lous les bienfaits à cette petite Suisse française :
des vallées sillonnées de torrents tumultueux et où fleurissent toutes les espèces de grains, à côté du chanvre, du lin, des pommes de terre, des navets; des coteaux couverts de vignobles fertiles, des prairies où paissent de nombreux troupeaux; des montagnes couronnées de forêts, de métairies, de chalets où l'on fabrique annuellement près de 900000 kilog.
de fromages; des rochers escarpés, d'affreux précipices tapissés de plantes alpestres ; les immenses et magnifiques palais de l'industrie s'élevant au milieu de cette nature agreste, tantôt riante et paisible, tantôt grandiose et sauvage. Enfin, dominant ces scènes enchanteresses, le Hothenbach et le Honeck lancent dans les airs leurs cimes majestueuses. »
Munster et les villages les plus anciens de la vallée doivent leur origine à une abbaye de Bénédictins fondée vers 634 par une colonie de religieux, sous la direction d'Oswald, disciple du pape saint Grégoire. Ces moines choisirent pour leur retraite remplacement même de la ville actuelle. En raison de sa position, la nouvelle communauté porta primitivement le nom de monasterium conflueiitis, et la vallée, par un hommage rendu au pape dont les. solitaires voulaient conserver le souvenir, s'appela d'abord vallée de Saint- Grégoire, puis vallée du monastère de Sain t-Grego ire, et enfin vallée du Monastère, Munster, mot qui, en allemand, signifie tout à la fois couvent et cathédrale.
Protégée par Childéric II, roi d'Austrasie. l'abbaye de Saint-Grégoire s'agrandit, obtint des domaines étendus et conquit une grande renommée, comme on le voit par le choix qui fut fait à diverses reprises de moines de cette communauté pour occuper le siège épiscopal de Strasbourg.
Peu à peu, une ville se forma autour du monastère , dont elle prit simplement le nom, Munster; des villages s'élevèrent dans la vallée, et, par une constitution vraiment patriarcale, qui trouve sans doute son explication dans le lien qu'un patronage commun avait établi entre ces diverses localités, les biens des dix premières communes, réunies moralement sous le titre générahde cité de Munster, restèrent indivis entre les habitants, qui jouissaient tous du droit de bourgeoisie à Munster et géraient leurs a flaires avec une certaine liberté, sous la juridiction de l'abbé. Plus tard, l'abbaye ayant cédé une partie de ses privilèges aux empereurs d'Allemagne, la cité de Munster fut élevée au rang de ville impériale, et l'empereur Charles IV lui accorda, en 1354, tous les privilèges dont jouissaient Colmar et Schlestadt, entre autres celui de ne jamais admettre de Juifs dans ses murs. A partir de cette époque, la vallée de Munster, à peu près affranchie de la juridiction abbatiale, éloignée de l'action de l'autorité impériale, se gouverna avec une indépendance presque complète, formant, au milieu des Vosges, une sorte de petite communauté républicaine.
Munster eut à soutenir contre ses voisins, surtout contre les Colmariens (1293), et ensuite contre plusieurs seigneurs, parmi lesquels on cite les Hattstatt, les Hus, les Stoër, des luttes qui furent généralement malheureuses pour les habitants de la vallée. Au xvi* s , la Réforme