THIERRY
et sont traversées par la route de Paris à Metz et en Allemagne. En arrière de ces lignes d'arbres s'étend la ville au-dessus de laquelle s'élèvent la tour de l'église Saint-Crépi n et le beffroi, dominés eux-mêmes par les murailles épaisses et les plateformes de verdure de l'ancien château. Ce tableau pittoresque ne tient pas tout ce qu'il semble annoncer ; les rues de Château-Thierry sjnt, en effet, généralement étroites, irrégulières, souvent d'une pente assez rapide et bordées presque partout de maisons anciennes, tout à la fois sans caractère et sans élégance. La rue principale, qui s'ouvre entre les deux cours, décrit une longue courbe en traversant la ville et vient aboutir vers l'extrémité 0. du cours de Metz.
Château -Thierry, anciennement Castrutn ou Castellum Theodorici, doit son origine à un château fort dont les ruines majestueuses couronnent la colline sur le flanc de laquelle la ville est bâtie. On prétend que ce château fut construit par Charles Martel, en 720, et qu'il servit ae résidence au jeune roi Thierry que ce maire du palais avait fait couronner, afin de gouverner sous son nom. Cette origine est contestée; la première date certaine que l'on ait de l'existence de cette forteresse est celle de l'année 9*23, pendant laquelle Herbert II, comte de Vermandois, y Ut enfermer Charles le Simple. Un concile s'y réunit dix ans plus tard : Raoul, comte de France, croyant cette réunion hostile à ses intérêts, assiégea et prit le château, qui, pendant une période de quinze à seize années, eut â subir plusieurs sièges. Peu à peu cependant, les paysans des environs, pour échapper aux violences des hommes de guerre, étaient venus chercher un abri sous Us murs de la forteresse, et c'est ainsi que se forma la ville de Château-Thierry, qui reçut en 1301, de Philippe le Bel, une charte de commune. Réunie au domaine royal, elle fut plusieurs fois aliénée. Une assemblée des grands du royaume y fut convoquée en 1303 pour aviser aux moyens de terminer la guerre de Flandre. En 1422, Charles VII y délivra, en laveur de Jeanne d'Arc, les lettres patentes qui exemptaient de toutes tailles les villages de Domremy et de Greux. Le» Anglais l'as-
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siégèrent vainement en 13s>2 , mais ils parvinrent â s'en emparer en 1421. Charles- Quint y entra en 1544. Le duc de Mayenne la prit en 1591 et la livra au pillage des Espagnols. Pendant les guerres de la Fronde, en 1652, elle fut encore occupée et dévastée. Enfin, en 1814, elle fut prise et pillée trois fois ; à cette époque, elle a été, notamment, à la suite des affaires de Champ-Auoert et de Montmirail, le théâtre d'un vif combat, dans lequel les Prussiens, complètement battus par Napoléon, eurent 1200 hommes tués et 1800 faits prisonniers; quelques jours avant, Macdonald avait déjà fait subir un échec grave aux Alliés, au même endroit.
Château-Thierry eut autrefois, comme tant d'autres villes, des usages et des fêtes bizarres*, nous citerons surtout le jeu de laNeude, institué, vers 1280, par Blanche d'Artois, lorsqu'elle fonda dans la villr un petit collège, et les joyeuses démonstrations par lesquelles les clercs de la bazoche célébraient le jour des Rois et le mardi gras. On en trouvera le récit dans le Dictionnaire historique du département de V Aisne, par M. Melleville.
Château-Thierry compte au nombre de *es illustrations : saint Thierry, évéque d'Orléans (xr* s. ^ ; Gautier, évéque de Paris, chancelier de l'Université, mort en 1429; Jacom le Jugleor, célèbre jongleur du xme s.; Claude Witard, traducteur renommé du xvi* s.; Nicolas Harmand, marquis d'Abancourt, député aux états généraux de 1789-, Letellier, auteur dramatique, mort en 1732; Ravel, peintre de genre, au xvu* s.; et, au-dessus de tous, Jean de la Fontaine, notre inimitable fabuliste.
L'église paroissiale de Château- Thierry paraît dater en grande partie du xv* s. Elle est située dans la Grande rue, au pied des collines qui s'étendent au N. de la ville, sur un tertre assez élevé, auquel on acc'de de la rue par un escalier de 17 marches, et que termine à l'O. une pente douce formant une petite place. La façade présente trois parties bien distinctes : au centre, se trouve l'entrée principale, fcimée d'une porte â voussure autrefois ornée de statues qui ont disparu. Au-dessus de cette porte, s'étend une galerie découverte, en arrière de laquelle se dresse un large
pignon indiquant la toiture de la nef.
Cette partie centrale s'appuie à dr. à une tour massive, quadrangulaire, soutenue par de grands contre-forts ornés de sculptures et à laquelle est accolée une légère et mince tourelle de même hauteur, percée d'ouvertures à chacun de ses nombreux étages.
La tour, qui offre sur chacun de ses . côtés des fenêtres faiblement ogivales, se termine par une balustrade d'un joli dessin. A la base, une petite porte cintrée donne entrée dans l'église. A g. s'élève, jusqu'à demi-hauteur de la toiture de la nef, la muraille, également à pignon, qui clôture à son extrémité le latéral de g., et dans laquelle s'ouvre une large fenêtre divisée en quatre compartiments par des meneaux élégants. L'église se partage en trois nefs présentant sept travées à longues arcades, encadrées, chacune, dans une ogive. Le collatéral de g. est décoré, du côté opposé à la nef, de colonnes sur lesquelles se découpe une charmante et délicate spirale. Malheureusement, un badigeonnage jaune et des mutilations qu'on a fait subir à quelquesunes de ces colonnes pour élever une chapelle d'un goût médiocre, enlèvent une partie de sa grâce à cette disposition architecturale. — Quelques vitraux du XVIe s. , la belle boiserie de la porte d'entrée, par l'aile méridionale, et les ciefs de voûte armoriées de la nef méritent d'attirer l'attention.
En continuant à se diriger par la Grande rue vers l'extrémité 0. de Château -Thierry, on rencontré, au delà de l'église, à dr., une grande place ornée d'une jolie fontaine, — un socle en pierre supportant un fût de colonne cannelée en bronze, avec des tètes de lions épanchant de l'eau.
Sur la colonne, se tient une gracieuse statue de naïade, également en bronze.
La Maison de la Fontaine forme le n° 13 de la rue du Collège ou de la Foutaine, qui s'ouvre dans la Grande rue (à dr. avant d'arriver à l'église).
Cette maison, dans laquelle est né la Fontaine, et que signale une inscription, est précédée d'une cour fermée sur la rue par une haute muraille avec porte cochère; maison peut pénétrer à l'intérieur. La demeure , rendue si célèbre par le souvenir du grand écrivain, se compose d'un bâtiment principal à deux étages, avec une aile en retour, moins élevée et terminée par une tourelle au sommet de laquelle se trouvait autrefois un belvédère où la Fontaine se retirait, dit-on, pour travailler. La façade de la maison, sans offrir, rien de bien remarquable, a cependant une certaine élégance qui rappelle le goût du xvi' s., époque à laquelle elle a été construite (vers 1559, s'il faut en croirè la date grossièrement inscrite sur la muraille). Elle présente une double ordonnance de pilastres engagés, ioniques au premier étage, corinthiens au second. Entre les deux étages, à l'aplomb de chaque pilastre , on remarque une espèce de chiffre composé de croissants entrelacés.
A l'intérieur, la disposition des appartements a été modifiée ; mais nous signalerons comme n'ayant pas été changé l'escalier qui monte sous une lourde voûte jusqu'aux étages supérieurs, où deux portes ont aussi conservé leurs anciens panneaux. De l'autre côté de la maison, s'étend un petit jardin qui existait déjà du temps de la Fontaine; mais les dispositions en ont été modifiées. Toutefois, on montre, à g., un couvert de tilleuls sous lequel on assure que le fabuliste aurait autrefois rêvé. Quoi qu'il en puisse être, au surplus, de l'authenticité de tel ou tel détail, il est certain que la maison de la Fontaine garde encore danssa physionomie générale, un caractère assez personnel pour mériter d'être le but d'un pèlerinage littéraire.
La tour dubeffroy, dont on aperçoit, de tous les abords de Château- Thierry, le sommet portant une tourelle à chacun de ses angles, est eu
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