ROUTE 1] NANCY. — HISTOIRE
kl.
faubourg Saint-Pierre, qui aboutit à l'église Bon-Secours; à peu près à moitié du faubourg Saint-Pierre, on aperçoit à dr. l'église Saint-Pierre et le grand séminaire.
Histoire.
Les origines de Nancy sont assez obscures. Il semble que dès le x« s., et peut-être même dès le vu% il y eut soit quelques habitations, soit même un village, environnant un château ou forteresse, sur une partie du territoire de la ville actuelle. En tout cas, dès 1070, cette forteresse était assez considérable pour arrêter les efforts reunis des trois armées de l'archevêque de Trêves, de l'évéque de Metz et du comte de Bar. Voici comment un savant historien de la Lorraine, M. Henri Lepage, résume dans le Bulletin de la Société archéologique lorraine, les premiers temps de la ville de Nancy : « La maison de Nancy remonte à Odelric, frère de Gérard d'Alsace; celui-ci s'appelle Odelric de Nancy, dès l'année 1069, et il était propriétaire du château et d'une portion de la localité d'où ij tirait son nom. Cette localité existait donc certainement dans la seconde moitié du xi«s., peut-être même peut-on la faire remonter jusqu'à la Gn du ix* s., en admettant que c'est elle qui est désignée, en 896, dans un diplôme de Charles le Simple.
« Les premiers ducs héréditaires de Lorraine possédaient un château près de Nancy et une partie de cette bourgade, laquelle était entourée de murailles en 1147, et dont ils devinrent les seuls propriétaires à partir de 1153 ou 1155.
* Nancy fut dès lors la résidence ordinaire de nos ducs et la capitale de leurs États. Enfin, cette ville parait avoir été plus importante aux xii", xuie et xiv« s. que ne le croyent généralement nos historiens.
« Telle est, ce me semble, la vérité sur les premiers temps de Nan> y. Quant à son illustration, on ne peut guère la faire remonter au delà de la seconde moitié du xv» s., c'est-à-dire à l'époque (1476-1477) où la Lorraine, menacée dans son indépendance, soutint contre le duc de Bourgogne la lutte formidable dont 1 issue fut si glorieuse pour elle, et où Nancy vit tomber sous ses wurs le colosse qui devait l'anéantir. Pour sa splendeur comme ville, comme capitale d'un Etat souverain, elle date encore de moins haut : c'est à Charles III seulement qu'elle en est redevable. »
Toutefois nous ferons remarquer, avec l'auteur que nous venons de citer, que dès la seconde moitié du xv« s. (1477), ce que l'on nomme aujourd'hui la ville vieille, formant alors tout Nancy, comptait déjà plusieurs monuments importants, entre autres : l'ancien palais ducal; plusieurs belles églises, telles que la collégiale de Saint-Georges, où le duc de Bourgogne eut son tombeau et qui a été détruite au commencement du xvm* s., et Saint- Epvre, que l'état menaçant des constructions vient d'obliger à démolir pour la remplacer par une église nouvelle. La belle porte fortifiée de la Crade, récemment restaurée, existait également dès cette époque.
Quant à la ville neuve, qui s'étend au S. de la vieille ville, elle date entièrement de la fin du xvrr s. et du xvnr» s.
Nancy, dont les souverains furent souvent en lutte soit avec la ville et les é'véques de Metz, soit avec les ducs de Bar et les différents autres princes souverains leurs voisins, a été plusieurs fois assiégée. Nous avons déjà mentionné l'attaque dont elle fut l'objet en 1070; à la fin du xnr» s., elle eut de nouveau à se défendre contre une aggression de l'évéque de Metz, et c'est à cette occasion que le duc Jean Ier fit élever les tours de la C rafle. En 1409, les forces réunies du duc d'Orléans, du comte de Bar, de l'évéque de Verdun, des comtes de Nassau, de Salm, de Saarverdun et du Damoiseau de Commercy, se présentèrent devant Nancy et furent battues à Champigneulles par le duc Charles II, le même qui, suivant la Chronique de Lorraine, remit à Jeanne d'Arc, amenée de Vaucouleurs à Nancy par le capitaine Baudricourt, des armes, un cheval et un harnais. Le siège le plus menaçant pour Nancy et celui dont l'histoire garde surtout le souvenir eut lieu en 1476, quand le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, au retour de son expédition malheureuse contre les Suisses, vint essayer de s'emparer de la capitale de la Lorraine, qu'il avait déjà occupée Tannée précédente. On sait comment il succomba devant René II, duc de Lorraine, et comment ce pr,ince, qui rêvait de fonder un nouveau royaume entre l'Allemagne et la France, alla périr obscurémentdans un marais, aux portes mêmes de Nancy. René II récompensa Cvitte ville de sa courageuse résistance, en l'embellissant et en lui accordant divers privilèges. Toutefois, c'est principalement à partir du règne du duc Charles III, dans la seconde moitié du
xvi« s. (1545-1608), que commence la transformation moderne de Nancy. Ce prince fit reconstruire les fortifications, ouvrit de nouvelles rues, forma une vaste et belle place, aujourd'hui la place Carrière, sur l'emplacement d'un ancien marécage, et créa également la place de Grève. En même temps, il apportait d'utiles réformes dans la législation de ses États et secondait le développement des lettres. Vers la même époque, selon M. Beaupré, une imprimerie fut pour la première fois introduite à Nancy. La prospérité de Nancy subit un long temps d'arrêt sous le règne agité du uuc Charles IV, durant la guerre de la Lorraine contre la France, et sous Charles V, son successeur. Mais, a la paix de Riswick, en 1697, Léopold Ier, ayant repris possession du duché de Lorraine, que sa maison occupait depuis tant de siècles, ce prince s'appliqua, pendant un règne demeuré célèbre par sa sagesse, par son activité éclairée et par ses bienfaits, à réparer les malheurs du passé. On vit alors disparaître les ruines et s'élever des hôtels, s'ouvrir de belles rues, se fonder des fabriques, des manufactures, des académies, et toute une population, attirée par le gouvernement paternel de Léopold, venir combler les vides que la guerre, la peste, la lamine avaient faits dans la capitale de la Lorraine. Stanislas, beau-pere de Louis XV, ayant reçu, par le traité de paix de 1736 les duchés de Lorraine et de Bar, en compensation du royaume de Pologne, compléta, en l'agrandissant encore, l'œuvre de Léopold. 11 termina la place qui porte aujourd'hui sou nom et qui n'avait été, pour ainsi dire , qu'esquissée par Léopold , il ouvrit la place d'Alliance, éleva ks belles portes ornées, ou arcs de triomphe, de la rue Stanislas, du faubourg Sainte-Catherine, etc.; fit dessiner la promenade de la Pépinière, construire l'église Bon-Secours, bâtir l'hôtel du Gouvernement, etc. A partir de sa réunion a la France, qui eut lieu le '23 février 1766, Nancy cesse en quelque sorte d'avoir une histoire particulière.
Toutefois, il nous reste à mentionner quelques faits se rattachant à cette dernière période.
Ce fut à Nancy que, le 31 août 1790, le jeune officier Desille, voulant éviter l'ell'usion du sang, se jeta au-devant de la bouche des canons et fut tué en arrachant les mèches des mains des canonniers. On prétend aussi que l'idée première de la Sain te- Alliance fut connue à Nancy par les trois souverains coalises : les empereurs
de Russie et d'Autriche et le roi de Prusse, qui occupèrent deux fois la ville, en 1814 et en 1815.
Nancy a vu naitre : Mme de GrafGgny, l'auteur des Lettres d'une Péruvienne ; le prédicateur Pierre Mainbourg; Palissot, auteur comique, qui doit surtout sa réputation à la o roédie des Philosophes; Chompré, auteur du Dictionnaire de la fable; le chevalier de Boufflers; le critique Hoffmann, qui eut une grande renommée littéraire sous le premier Empire et sous la Restauration; Aiollevaut, traducteur de Salluste, de Tibulle, de Properce, etc.; Mme Elisa Voïai t, auteur de romans estimés: les sculpteurs Florent et Nicolas Drouin, Adam, Bagard etClodion; les peintres Bellangé, Herbel, Claude- Charles, Jacquard et Isabey, Mme Yaser, miniaturiste de talent-, les dessinateurs et graveurs Saint-Urbain, Israël Sylvestre, le célèbre Jacques Callot, et Grandville, dont la renommée, toute moderne, rivalise avec celle du précédent; Jean Lamour, serrurier-artiste, auteur des belles grilles de la place Stanislas; le danseur Gardel; Audinot, fondateur du théâtre de l'Ambigu; Mlle Raucourt, tragédienne; Solie, auteur et compositeur; et plusieurs généraux, parmi lesquels nous citerons spécialement l'illustre Drouot, fils d'un boulanger, et surnommé par Napoléon : le Sage de la Grande Armée.
La cathédrale (Ville neuve), située près des places d'Alliance et Stanislas, communique directement avec cette démit re par une belle rue. Celte église, qui date du xvnr s., a été construite sur le plan de Saint-André du Val, à Rome. Commencée en 1703, sous le règne de Léopold, elle a été terminée vers 1740, bénite et inaugurée en 1742. Le style admis, l'extérieur ne manque pas d'une certaine richesse majestueuse; l'intérieur, vaste et dont les voûtes s'appuyent à leurs retombées sur des piliers carrés, a un aspect de grandeur un peu froide qui rappelle celui de Saint-Sulpice ou de Saint-Roch, à £aris. La façade, large de 50 mèt. et présentant un avant-corps et deux arrières-corps, appartient a l'ordre corinthien dans le soubassement, et au-dessus à 1 ur-