‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 78 sur 489 · ROUTE 1] BLAIN VILLE. — LUNÉ VILLE · texte numérisé non relu

ROUTE 1] BLAIN VILLE. — LUNÉ VILLE

restes d'une ancienne demeure seigneuriale. — Le chemin de fer franchit deux fois la Meurthe.

386 kil. Lunéville ( omnibus à tous les trains : 30 c. par voyageur ; 10 c par colis ; hôt. : des Vosges, du Faisan ; — libraires : Mme veuve Georges et fils, Mme Lemoine, M. Ro- Zin), ch.-l. d'arr. du départ, de la Meurthe, V. de 15 528 hab., est située à g. de la voie, dans une belle plaine, entre la Meurthe et la Vezouze, un peu au-dessus du confluent de ces deux rivières. C'est une jolie ville, régulièrement tracée en général et rappelant un peu la physionomie de Nancy, sans en avoir l'aspect grandiose. Une large rue, s'ouvrant à la sortie de la gare, conduit à la place Léopold, que l'on traverse pour arriver au château et à la partie la plus animée de la ville. La rue qui s'ouvre à g., à l'extrémité N. O. de la place, mène à l'église Saint- Jacques que ses deux tours signalent de loin, quand on arrive à Lunéville. En continuant à suivre le prolongement de la rue de la Gare, au delà de la place, on se rend directement à la promenade du Bosquet et au château de Lunéville.

Suivant une opinion généralement accréditée, Lunéville (LuneviUa , Lunaris Villa) doit son nom au culte qui, à l'époque gallo-romaine, s'y rendait à Diane ou à la Lune. Sur la hauteur du Léomont (350 mèt. d'alt.), à 4 kil. environ à l'O. de la ville, se trouvait une fontaine sacrée. Un certain nombre de médailles romaines y ont aussi été découvertes, en particulier deux médailles en plomb représentant, dit dom Calmet dans sa Notice de la Lorraine : « la déesse Diane fort bien faite, toute nue, ayant sur la tète le croissant, qui est sa marque distinctive et qui lui sert de couronne. »

Lunevilla fit partie de la province austrasienne du Chaumontois jusqu'au démembrement définitif du royaume de Lothaire, en 953. Cette ville devint alors le chef-lieu d'un comté considérable, possédé par des seigneurs de la maison d'Alsace- Lorraine, qui s'intiiulaient comtes catholiques des Francs, parce qu'ils étaient en même temps comtes palatins ou avoués

VOSGES

de l'évêque de Metz. A la suite de divers échanges, Lunéville fut incorporée au domaine de la couronne de Lorraine; et son château féodal, définitivement acquis, avec toutes ses dépendances, au duc Raoul, en 1344, devint une maison de plaisance et un rendez -vous de chasse des ducs de Lorraine. En 1265, les habitants de Lunéville avaient obtenu une charte communale et des franchises assez importantes. Une ceinture de murailles, flanquée de tours, élevée on ne sait à quelle époque et dont ii reste des vestiges, entourait la ville du moyen- âge. Les luthériens d'Allemagne, accourus au secours des calvinistes de France, ayant commis de grands dégâts sur leur passage, le duc Charles III fit élever (I59M595) une nouvelle enceinte en terre, à l'épreuve de l'artillerie.

Lunéville eut particulièrement à souffrir durant les guerres dont la Lorraine fut le théâtre depuis 1633 jusqu'à la paix de Ryswyck, en 1697. Les Français la saccagèrent en 1638. La peste, la famine et le passage continuel de troupes ennemies, en décimant la population et en ruinant la ville, accrurent encore les désastres inséparables de la guerre.

L'avénement du duc Léopold I«- fut pour Lunéville et pour toute la Lorraine le signal d'une ère nouvelle. Cet excellent prince, ayant adopté Lunéville pour son séjour habituel, en 1702, y fit élever (1703-1706), par Boffrand, l'un des architectes du roi de France, un magnifique palais, dont les jardins somptueux, créés en 1712, furent pourvus d'eaux jaillissantes et décorés de statues dues au ciseau de Nicolas Renard. Grâce au séjour de la cour de Lorraine, la ville se transforma complètement; elle fut rebâtie et repeuplée; l'enceinte du moyen âge fut démolie ; des places publiques et des rues nouvelles furent tracées; les faubourgs de Nancy, de Viller et d'Alsace furent créés ; des ponts en pierre remplacèrent les ponts en bois. Enfin, Léopold sut attirer autour de sa personne les hommes éminents du pays, en fondant une académie, qui acquit bientôt une réputation méritée.

En 1719, un incendie consuma l'aile du château habitée par Léopold. 11 la reconstruisit plus magnifiquement; et Stanislas, à qui Lunéville doit de nombreux embellissements, fit achever et compléter l'œuvre commencée. Stanislas mourut à Lunéville, le 23 février 1766, à la suite d'un déplorable accident, et en laissant après lui de nombreuses fondations, que

la Révolution eut le tort de ne pas respecter.

Après la réunion de la Lorraine à la France, le château de Léopold et de Stanislas fut transformé en hôtel pour la gendarmerie de France (vulgairement les gendarmes rouget); puis, quand ce corps privilégié eut été supprimé, en caserne pour les carabiniers. Il est resté caserne de cavalerie, à l'exception des appartements réservés aux généraux commandant la division active dite École de cavalerie de Lunéville, et, depuis, il a conservé cette affectation. Mais ses grandes façades, sa vaste tour, ses larges dégagements attestent toujours l'ampleur monumentale du château de Lunéville.

Devenue française, la ville ne figure plus dans l'histoire qu'à l'occasion du traité de Lunéville, signé, le 9 février 1801, dans un hôtel de la rue d'Allemagne. Sous la Restauration, les camps de cavalerie de Lunéville furent célèbres.

Lunéville a vu naitre : Charles Cheron, graveur de médailles de Louis XIV; le fils de Léopold, François 111, dernier duc de la maison de Lorraine, mort en 1765 empereur d'Allemagne, après avoir épousé Marie-Thérèse ; le peintre Jean Girardet; le maréchal duc de Reauvau; Sonnini, collaborateur de Buiïon; le chevalier de Boufflers, membre de l'Académie française, et le général du génie Haxo.

L'église Saint-Jacques, située au centre de la ville et reliée aux bâtiments de l'abbaye Saint-Remi, dont elle dépendait autrefois, fut commen- • cée en 1730, sous le duc François III, d'après les dessins de Boffrand. Les travaux arrêtés, faute de fonds, à la naissance des tours, furent repris sous Stanislas par l'architecte Héré, qui les termina en 1745. « C'est à cet artiste éminent, dit M. Alexandre Joly dans une note qu'il veut bien nous communiquer, que sont dues les deux tours d'une architecture si monumentale et si majestueuse, dessinées sur les données du plan primitif qu'il s'appropria et dont il sut faire une création qui est bien l'œuvre de son génie. » Le portail principal, encadré dans une ordonnance de colonnes ioniques, est surmonté d'un fronton avec attique, au-dessus duquel se trouve l'horloge supportée par une

figure colossale (le Temps ou Samson) .

Cette façade est flanquée de deux tours à deux étages, ornées aux angles de colonnes corinthiennes et percées sur leurs quatre faces de grandes baies cintrées. Le deuxième étage de chaque tour, décoré de galeries, de consoles, de vases à feu, etc. , s'amortit en dôme. Sur les piédouches de ces dômes se dressent les statues colossales de l'archange saint Michel (tour du S.) et de saint Jean Népomucène (tour du N.). Cette décoration, d'un goût peut-être contestable, produit cependant un grand effet. A l'intérieur du monument, l'harmonie des lignes, qui décèle la main d'un maître habile, n'est pas troublée par la profusion d'ornements que nous avons signalée à l'extérieur. Les voûtes des bas côtés ont la même hauteur que celles de la nef. * Les boiseries du chœur, dit encore M. Joly, la chaire en chêne sculpté, les deux jolies chapelles patronales en marbre factice, la tribune des orgues, dont la disposition théâtrale produit un certain effet, sont l'œuvre de l'habile architecte Héré et ont été exécutées aux frais du roi Stanislas , dans le style de l'église et en harmonie complète avec le reste de l'édifice.

« Oh remarque aussi, dans Saint- Jacques : — l'urne où étaient renfermées les entrailles du roi Stanislas; — sous la tribune de l'orgue, la pierre tombale, en marbre noir, de la marquise du Châtelet (l'inscription qui existait sur un pilier voisin a été effacée lors de la réouverture des églises, en 1802) ; — au fond du collatéral de dr., une fresque remarquable de Girardet (sainte Catherine au milieu des philosophes d'Alexandrie) ; — sur l'un des piliers du chœur, à dr. aussi, une autre peinture du même maître et de dimensions colossales (saint Joseph portant V Enfant Jésus); — enfin, en face du tableau précédent, Ylnstitution du Rosaire, œuvre de Van Schuppen, élève de Largillière , exécutée dans la manière deYan Dyck.»

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