ROUTE 6] FÉCAMP. — HISTOIRE. — L’ABBAYE
à terre, selon la coutume ancienne suivie de nos jours par les matelots d’Yport et d'Ëtretat. »
Tant que dura la domination des ducs de Normandie, qui firent de cette ville leur séjour de prédilection (Guillaume le Conquérant , qui y fut élevé et proclamé duc, y fit équiper une partie de la flotte avec laquelle il envahit l’Angleterre), Fécamp se trouva dans une situation florissante ; mais, après la conquête de Philippe Auguste (1204), elle tomba dans un oubli profond d’où elle ne sortit qu’en 1383, époque à laquelle commencèrent pour elle des guerres incessantes et désastreuses qui durèrent près d’un siècle. Les Anglais la mirent plusieurs fois à feu et à sang. Reconquise par la France, en 1450, elle jouit enfin d’un peu de repos. Louis XI, François 1" et Henri II visitèrent Fécamp et rendirent en sa faveur diverses ordonnances tendant à relever son commerce; mais les guerres de religion furent pour elle une source de nouveaux malheurs. Prise par les calvinistes, en 1 580, la ville fut livrée au pillage ; les moines furent assez forts pour préserver leur abbaye de la fureur des huguenots.
Quelque temps après, Villars s’empara de Fécamp au nom de la Ligue, et fit construire le fort de Notre-Dame -du- Bourg-Baudouin. Ce fort résista d’abord aux troupes du roi de Navarre, mais il fut ensuite pris par Biron (1591), pour le compte du Béarnais, et repris par l’intrépide Bois-Rosé (K. p. 129), qui se soumit quelque temps après à Henri IV. Après un siège de 15 mois, soutenu contre les Ligueurs, Fécamp rentra pour toujours sous la domination royale (1594).
Charles II, roi d’Angleterre, venant demander un asile à la France, débarqua, en 1652, dans le port de cette ville; c’est le dernier événement notable dont Fécamp ait été le théâtre.
L’abbaye de Fécamp, dont MM. Fallue et Leroux de Lincy ont écrit l’histoire (K. la bibliographie), ne relevait que du pape; elle comprenait, dans ses possessions, les monastères de Montivilliers, de Bernay et do Sainte-Berthe-de-Blangy ; sa juridiction s’étendait jusque dans la ville de Rouen. De 1518 à 1674 cette abbaye compta parmi ses abbés trois cardinaux de la maison de Lorraine, le cardinal de Joyeuse et Jean-Casimir, roi de Pologne lui-même. Au moment de sa suppression (1791) ses revenus annuels s'élevaient à plus de 160 000 livres; la bibliothèque se composait de 6655 volumes et de 89 ma-
nuscrits, Les bâtiments et les jardins occupaient 13 acres de superficie.
Édifices religieux et civils.
De l’abbaye de Fécamp, il ne
subsiste plus qu’une petite partie du dortoir, et l’église, qui offre un curieux spécimen de tous les styles d’prchitecture, du xi* s. au xvm* s. L’extérieur de cet édifice ne se distingue que par l’aspect sévère et nu de ses murailles, que soutiennent des contreforts peu saillants. Le grand portail témoigne du mauvais goût du siècle dernier ; la tour carrée (xir s.), qui surmonte les transsepts, et qui a près de 65 met. d'élévation , offre deux rangs de fenêtres ornées de colonnettes formant voussure. On remarque encore à l’extérieur les jolis clochetons de la chapelle de la sainte Vierge ; sa balustrade flamboyante ; les gargouilles figurant des loups et des îenards; le porche du portail latéral (xu° s.) habilement restauré en 1842.
On descend, par un escalier de 12 marches , dans la nef principale de l’église, qui est fort belle, mais malheureusement peinte en blanc. Cette nef se compose de dix grandes arcades supportées par d’élégants piliers dont les chapiteaux offrent des cornes ou des boutons de fleurs à peine épanouis. Au-dessus de ce premier ordre règne un autre rang d’arcades surmonté d’une galerie sans balustrade.
Le jubé, qui séparait autrefois le chœur de la nef, a été détruit en 1 802 ; aussi l’église parait-elle trop étroite relativement à sa longueur. Le chœur est éclairé par une immense lanterne (xii' s.) assise sur 4 piliers qui supportent tout le poids du clocher. Les deux transsepts ont été transformés en chapelles.
Le transsept méridional , où est située la chapelle de la Dormitiun de la Vierge, renferme un groupe remarquable (personnages de grandeur naturelle) représentant la mort de la mère du Christ. Le sculpteur de ce
DE PARIS A FÉCAMP
groupe de pierre, le moine Robert Chardon, a affublé les personnages de costumes du xvi's. Ou remarque, à côté de ce groupe, un haut tabernacle recouvrant la pierre où s’est conservée, dit-on, l’empreinte du pied de l’ange qui vint assister à la dédicace de l’église. Ce même transsept contient aussi la chapelle des fonts baptismaux dans laquelle se voient deux statues de pierre, voilées. Ces statues sont destinées à rappeler les mutilations volontaires que se firent les religieuses de l’abbaye pour échapper aux outrages des soldats normands (elles se coupèrent volontairement le nez et les lèvres) après la prise de Fécamp, en 841.
Le chœur est entouré de belles stalles en chêne et pavé en marbre.
On y remarque, dans la partie S., des arcades que supportent des piliers admirés pourleur élégance et leur légèreté. Le sanctuaire est orné de deux autels en marbre dédiés, l’un, à la Sainte Trinité, et l’autre, à saint Sauveur. Le second , en marbre rouge et blanc, est surmonté d’un retable en marbre représentant cinq sujets et défiguré à la Révolution. Au-dessus de ces deux autels un baldaquin de mauvais goût s’appuie sur les six piliers du rond-point du chœur.
Un élégant tabernacle en marbre blanc, adossé à un des piliers du rond-point dont nous venons de parler, et exécuté au xvi" s. par un artiste italien, renferme la relique du précieux sang que contiennent deux tubes en plomb conservés dans une espèce de ciboire.
D'après la légende du précieux sang, Joseph d'Arimathie, disciple de Jésus, ayant recueilli dans un gant le^ang qui s’était figé autour des plaies du Sauveur, le garda toute sa vie-, mais, sur le point de mourir, il confia son trésor à son neveu Isaac-, ayant appris, par une révélation, que les Romains mettraient tout à feu et à sang, Isaac fit un trou dans un figuier, y plaça une boite de plomb qui contenait la relique, abattit l’arbre, puis en jeta la souche à la mer. La mer poussa la souche
jusque dans la vallée de Fécamp, où elle fut trouvée par les enfants d’un certain Bozo qui, après l’avoir plantée dans sou jardin, voulut la transporter dans sa maison pour la brûler; mais le char qui la portait se brisa à l’endroit où s’élève aujourd’hui l’abbaye. Un pèlerin, qui était venu la veille demander l'hospitalité à Bozo, et qui lui prêtait son aide pour la translation de la souche, s'écria à la vue du chariot brisé : « Cette souche contient le précieux sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est ici qu'il doit être conservé à la postérité-, » puis il disparut. Le duc Richard fit rebâtir l'abbaye de Fécamp en l’honneur de la précieuse relique, et le jour de la dédicace de l'église apparut tout à coup un ange de six pieds de hauteur, tenant dans ses mains le sang du Christ, qui était resté enseveli sous les ruines de la première abbaye dans laquelle il avait été déposé, et, l’ayant porté sur l'autel, il s'écria : « Voici le prix de la rédemption du monde qui vient de Jérusalem. » A ces mots il disparut laissant son pied imprimé sur une pierre (K. cidessus).
Le précieux sang attire un grand nombre de pèlerins à Fécamp. On l’expose à certaines époques et, chaque année, ont lieu, en son honneur, deux processions.
Les chapelles, qui régnent autour du chœur, sont closes de jolies balustrades eu pierre du style de la Renaissance, restaurées par M. Grégoire, architecte du département , et admirablement sculptées. — La première chapelle, après le transsept du S., sert de passage pour aller à la sacristie ; elle est éclairée par une belle fenêtre flamboyante du xvr s. — La deuxième, dédiée à saint Martin, date du xiv* s.
et offre un bas-relief représentant saint Martin à cheval. — La troisième, celle des Cœurs de Jésus et de Marie, est tapissée de colounettes et de bas-reliefs figurant des scènes de Ja vie de Jésus. — La quatrième, dédiée à saint André, est éclairée par de belles fenêtres et renferme les tombeaux de Guillaume et de Robert de Putot, abbés de Fécamp, morts, le premier eu 1297, le second en 1326. — La cinquième chapelle, dédiée à la Vierge, est ornée de