ROUTE 10] ST-DENIS D’HÉRICOURT
de la jolie et large vallée de la Durdent, qui offre, dans tout son cours, jusqu’à Veulettes, des paysages gracieux et variés.
191 kil. Ohereille, v. de 548 hab.
L'église (xi* et xiv' s.; piscine curieuse du xvn' s.) s’élève sur une plate-forme d’où Ton découvre une très-jolie vue sur la vallée, de plus en plus fraîche, riante et pittoresque.
Au hameau d ’Auffay, situé sur le plateau qui domine la vallée à dr. et ombragé par des hêtres d’une prodigieuse hauteur, s’élève, sur l'emplacement d’un ancien manoir féodal, un élégant château (Renaissance) à tourelles, l’un des plus pittoresques de la Normandie. Dans les environs d’Oherville jaillit une source d’eau ferrugineuse renommée.
193 kil. Le Hanouard, v. de 519 hab.
De nombreuses antiquités romaines ont été découvertes sur son territoire.
L’église est voisine d’une fontaine où, selon la légende, saint Denis vint étancher sa soif et administra le baptême à de nombreuses néophytes.
On laisse à g. une route conduisant à (Tl kil.), Valmont (R. 8), par (4 kil.) Ourville (R. 8).
195 kil. Grainville- la -Teinturière, b. de 1533 hab., situé sur une antique voie romaine, a vu naître Jélian de iBéthencourt , qui acheva la découverte des îles Canaries dont il devint roi. Les restes de ce célèbre navigateur ont été inhumés en 1425 dans le chœur de l’église, comme l’indique une plaque de marbre, placée par les soins de M. l’abbé Cochet. C’est à peine si Ton distingue encore, sous les broussailles, quelques débris de l’ancien manoir des sires de Béthencourt. L'hôpital, fondé en 1692, par Pierre de Bec-de-Lièvre, marquis île Cany, peut recevoir environ 100 lits. L’église moderne (portail sculpté) n’offre aucun intérêt. Les teintureries qui ont donné son surnom à ce village n’existent plus depuis longtemps.
La route laisse à dr. le bois de la Garenne, puis franchit, à Mauthe-
i'R. NORMANDIE.
— PALLUEL 14£>
ville, la Durdent sur un joli pont de bois et rejoint la route de Fauville à Cany, un peu au-dessous du château de M. de Montmorency (T. page 135),
200 kil. Cany (R. 8, p. 135).
En sortant de Cany, on aperçoit la chapelle de Cany-Caniel, « où, le 1er septembre de chaque année, dit M. Ferdinand Canu, les mères viennent offrir à Dieu leurs enfants, pour les préserver de la peur. >• Près de la chapelle, se voient quelques débris de l’ancien château féodal de Cany- Caniel. A partir de ce point, la route, qui suit le cours capricieux de la Durdent, bordée de grands arbres, offre constamment de charmants paysages.
La vallée s’élargit.
204 kil. Vittefieur, v. de 1272 hab., était, au xui* s., une place forte entourée de fossés et de murailles dont il ne reste plus de trace ; mais on voit, près de l'église, les restes de l’ancien manoir seigneurial. Le clocher de l’église a été récemment rebâti. Sur le pignon de la nef se lit la date de 1741 , époque de sa reconstruction.
L’intérieur n’a qu’une nef voûtée, avec nervures. Le chœur, qui datait du xm' s., a été rebâti en partie en 1851. Dans le cimetière est une croix de pierre (1647) découpée en forme de soleil. Vittefieur possède des minoteries et des fabriques d’huile; ses légumes sont estimés.
La vallée s’élargit encore, mais les coteaux deviennent plus nus; on aperçoit à dr. des carrières de pierre.
206 kil. Palluel, v. de 755 hab., bâti sur un sol d’alluvion considérablement desséché depuis 1858, possède une église et un château sans intérêt architectural , mais ses truites saumonées jouissent d’une réputation méritée; elles acquièrent une grosseur prodigieuse. A dr., sur la hauteur, s’élève le clocher élancé de la chapelle de Notre-Dame de Janville, pour laquelle les marins ont une grande dévotion (curieuses boiseries et peintures du chœur, xvi's.). On raconte qu’une statue de la Vierge,
DE PARIS A VEULETTES.
trouvée sur la côte, ayant été placée dans I’cglisc de Palluel, retourna d’elle-mêm8 au lieu d’où elle avait été retirée; aussi bâtit-on une chapelle pour y placer l’image miraculeuse. prés de la chapelle est le beau château de Janv\lle, construit dans le style de la Renaissance, mais maladroitement agrandi.
A Palluel se détache à droite une route qui, montant sur le plateau, passe près de la chapelle et du château de Janville, laisse à g. deux autres châteaux, et va rejoindre, à (3 kil. 600 met.) Saint-Sylvain, la route de Cany à Saint-Valery-en-Caux (R. 8, B). Saint-Sylvain ou Anglcsqucrillc les-Mcrs, v. de 35t hab., possède une église du xine s'., remaniée au xvie et surmontée d'une atlreuse tour en grès du xvir s.. On remarque, à l’intérieur de l’église, une élégante piscine du xvi* s., un baptistère de la même époque, et, dans le cimetière, une belle croix en pierre. Une jolie avenue précède le beau château qui a conservé le nom d’Anglesqueville.
De Palluel aux Petites -Dalles, par Saint-Martin-aux-Runaux. (R. 8, A).
Au delà de Palluel commence une vaste prairie qui ne se termine qu’à la mer. La végétation s’abaisse et se rabougrit sous l’influence des vents d’O. Parvenue à l’Océan, la route tourne brusquement à g., longe la crête du rivage, franchit la Durdent sur un pont en bois récemment construit, appelé le pont B,ouge , et suit pendant quelque temps une chaussée pratiquée sur les galets.
209 kil.Veulettes (hôt.: de la Plage ; des Bains), v. de 396 hab., situé sur la Manche, au pied d’une falaise calcaire, à l’extrcmité d’un petit vallon parallèle à la vallée de la Durdent et resserré entre deux collines complètement stériles et nues. Ce petit village maritime, longtemps inconnu, possède aujourd’hui un établissement de bains assez fréquenté pendant l’été.
L’église (mon. hist.) est gracieusement bâtie sur un tertre nivelé à dessein dans le flanc d'une colline. A l’entour s’élèvent quelques oi mes que la falaise met à l’abri des \euls.
[Route lûj
joli petit édifice, en partie du xnc s., « est construit, dit M. l’abbé Cochet, avec des fragments de rocher apportés, sans doute, un à un par les habitants de ce rivage. » On remarque à l’extérieur : la fenêtre géminée du portail; les têtes fantastiques d’hommes et d’animaux; qui ornent la corniche ; le clocher, malheureusement défiguré au xvic s. par des restaurations, et, dans la partie postérieure de la sacristie, une pierre sur laquelle est gravé un écusson qui intrigue vivement les hommes versés dans la science héraldique. A l’intérieur, la nef paraît plus ancienne que le reste de l’édifice. Elle est sans voûtes; cependant, on peut voir, entre les travées, des colonnettes qui semblent avoir été destinées à soutenir des arceaux. Les chapiteaux des piliers sont ornés de tètes d’hommes, de cônes ou de feuillages, dans le goût byzantin. La nef est séparée du clocher par une belle arcade ogivale enrichie de zigzags et de dents de scie.
Le chœur est très-gracieux. Les deux chapelles qui l’accompagnent sont très-élégantes; c’est la partie la plus intéressante de l’édifice.
A côté de l’église, se voient des cavernes d’où l’on prétend que furçnt tirés les blocs de rocher avec lesquels a été bâtie l’église. Un peu au-dessous, est la source de la petite rivière de Veulettes, dont lç bassin est séparé de celui de la Durdent par une colline où croissent des joncs marins et des arbustes. Le peu d’inclinaison du terrain a nécessité le creusement d'un petit tunnel pour l’écoulement des eaux de la Veulettes dans la mer.
Le petit château moderne de Veulettes, appartenant à M. Patrice, de Cany, offre de beaux points de vue.
L'établissement des bains de mer s’est dernièrement enrichi d’un casino entouré d’un petit jardin d’où l’on découvre une vue étendue sur la mer.
Quelques chalets et des maisons en briques ont été bâtis à peu de distance. La plage, très-ouverte, est rc-
[Route il] veulettes. ■
vêtue, çà et là, d’une couche de sable doux et fin et offre de tous côtés une pittoresque perspective. A TO. se montre une saillie de falaise surplombant sur les flots qui creusent Incessamment sa base; à l’E. se dresse une autre falaise perpendiculairement taillée, couverte de varechs et d’autres plantes marines.
En suivant à l’O. la crête de la falaise, on atteint en quelques minutes la butte du Catelier, sur laquelle s’élevait autrefois un oppidum d’une grande importance, au dire des savants. On remarque encore les fossés ou retranchements, d’une élévation considérable. Les habitants l’appellent le tombeau de Gargantua. On découvre de ce point un assez beau paysage, que M. Alphonse Monnier, auteur d’une brochure intitulée Veuletles et ses environs, a bien voulu ne pas comparer aux panoramas de Corinthe et de Constantinople, « les plus beaux du monde, si l’on doit en croire les voyageurs et les peintres, bien que, dit-il, il n’ait rien, moins les hautes cimes neigeuses, à envier aux sites poétiques et accidentés de la Suisse. » Lisez : « Bien qu’il ait tout à envier, etc. »
Si l’on continue son excursion vers l’O., on trouve successivement deux hameaux, le Mesnil et la Ilaume; ce dernier est situé près d’un petit vallon étroit et profond (le Val) qui débouche dans la mer (7. page 134). Les promeneurs ou les marins suivent ce vallon pour descendre sur la plage. D’énormes blocs de rochers forment, à l'extrémité, une espèce de porte à l’aspect pittoresque, finie remontant, on peut gagner Sairft-Martin-aux-Bunaux (5 kil. env. de Veulettes, par la falaise; R. 8, A.)
Une bonne route relie Saint-Marlin-aux-Bunaux aux Petites et aux Grandes Dalles (R. 8). Pour revenir de Saint-Martin à Veulettes, on peut aller rejoindre, à Palluel, la route de Oany, en passant par Auherville et par Mallcville-les-Grès (R. 8).
- YERV1LLE.