VAINQUEUR AU COMBAT D’ARQUES, LE 21 SEPTEMBRE
Au pied de la poterne on remarque la trace de l’entrée d’une galerie creusée sous l’enceinte du xi* s.
Quand on a franchi cette seconde entrée, on aperçoit, à l’extrémité d’une pelouse en pente entourée de ruines, le vieux donjon qui remonte en grande partie au xi' s. Bien que dépouillé de ses pierres de revêtement, il offre encore une masse imposante.
Les deux salles inférieures servaient de magasins d’armes ; celles des étages
FR. NORMANDIE
ARCHELLES. 177
supérieurs étaient destinées aux hommes d’armes, au capitaine du château et au souverain lui-même. On voit encore le puits, creusé à une énorme profondeur , qui fournissait de l’eau aux défenseurs du château.
Le donjon est couronné par une plateforme du haut de laquelle on jouit d’une vue magnifique sur la vallée et sur la mer.
Un peu en deçà du donjon, s’élève à g. une vieille tour renfermant un petit appartement (la seule partie habitable des ruines) orné d’un portrait de François l*r et d’un buste en plâtre d’Henri IV. Du haut de cette tour on découvre la mer et une grande partie de la vallée d’ Arques.
Il faut faire extérieurement le tour de la forteresse en suivant la crête des fossés , pour avoir une idée à peu près complète de ce qu’elle était autrefois. On découvre pendant cette promenade de jolis points de vue sur la riante vallée d’Arques, la forêt, Dieppe et la mer.
Pour gagner, à la sortie du bourg, la forêt d’Arques ou Martin-l’Église, on franchit la Varenne et la Bé.thune et l’on traverse la vallée en suivant une chaussée qui conduit à (10 min.) Archelles, petit hameau de 76 hab., dépendant du bourg d’Arques. Archelles conserve, dans un jardin, au milieu d’un bouquet d’arbres, un élégant manoir (xvie s.) en briques et en pierres blanches entremêlées. Des débris lapidaires, une foule de fragments de tuiles et de poteries, des monnaies de bronze du Haut et du Bas-Empire ont été découverts à Archelles. . M. l’abbé Cochet a constaté, en outre, en 1863, dans un enclos, la présence d’un édifice antique qui paraît avoir été trèsimportant.
Archelles est dominé à l’E. par une colline boisée qui sépare la vallée de la Béthune de celle de l'Eaulne et qui fut le théâtre de la célèbre bataille d’Arques livrée le 21 septembre 1589, comme i .ndique une inscription com-
DE PARIS A DIEPPE
mémorative gravée sur un petit obélisque inauguré en 1829 par la duchesse de Berry.
« Henri IV, dit M. Michelet, était acculé à la mer, au plus bas, et jamais, en réalité, son courage ne parut plus haut, et on lui donnait le sot conseil de s’en aller en Gascogne ou encore de se réfugier en Allemagne, d’attendre les événements.... Il attendit, mais à Arques, l’épée à la main, et, sans s’étonner de la grande meute que la Ligue lançait après lui, il justifia la devise qu’il prit enfant :
« Vaincre ou mourir. » 11 semblait qu’il n’y eût plus en France que les quelques toises du camp retranché qu’il se fit près de Dieppe, sous le château d’Arques. Roi sans terres, il n’avait plus qu’une armée, plutôt une bande..., il n’avait rien et il avait tout. Dans sa faiblesse et son petit nombre, il avait, en réalité, les biens immenses d’un peuple dont, seul, il défendait les droits...
« 11 avait sept mille hommes en tout, et il allait avoir sur les bras trente mille hommes... Tout le monde le croyait perdu... il n’était point ému.
« Le vieux maréchal de Biron, homme de grande expérience , qui dirigeait tout, était sûr de la résistance par le seul choix de ce camp. Il ne voulut pas que le roi s'enfermât dans une place et encore moins dans une mauvaise petite place comme Dieppe.
U choisit cet emplacement couvert à droite par le canon d’Arques, à gauche, et derrière, par une petite rivière marécageuse, devant, par un bois épais et difficile à passer; le bois passé, on rencontrait une tranchée que fit Biron, en laissant seulement ouverture pour lancer de front cinquante chevaux...
« Mayenne arrive au faubourg de Dieppe, et le trouve peu attaquable.
Il se tourne vers le camp, veut passer la petite rivière; il y rencontre le roi qui l’arrête à coups de canon. Enfin, le 21 septembre, par un grand hrouil-
lard, il tente le passage du bois. De vives charges de cavalerie se font par l’étroite trouée. Cependant les lansquenets de Mayenne avaient traversé le bois, touchaient le fossé; là, se voyant tout à coup à trois pas des arquebuses, ils se déclarèrent royalistes; si bien qu’on les aida pour leur faire passer le fossé. Biron, le roi, tour à tour, vinrent et leur touchèrent la main. Il y eut cependant un moment où la cavalerie de Mayenne pénétra jusque dans le camp. Les lansquenets, trop habiles politiques, se refirent ligueurs à cette vue, tournèrent contre les royalistes. Il y eut un grand désordre. Biron fut jeté à bas de cheval. Un de ces perfides Allemands présenta l’épieu à la poitrine du roi en lui disant de se rendre.
Telle était sa force d’âme et sa douceur naturelle, même dans cette extrême crise, que, sa cavalerie survenant pour sabrer le drôle, il dit :
« Laissez cet homme-là. »
« Le roi jusque-là n’avait pas fait usage des huguenots ; il les tenait en réserve. Il dit au pasteur Damours :
« Monsieur, entonnez le psaume! »
« Le chant des victoires protestantes, qui, dans ce temps, sauva Genève de l’assaut du Savoyard, qui, plus tard, fit les camisards si fermes contre les dragons, commence par ces paroles :
Que Dieu se lève seulement,
Et bientôt on va voir comment, etc.
« Le fils de Coligny, Châtillon,avec cinq cents vieux arquebusiers huguenots, prit de côté les ligueurs ; les lansquenets furent écrasés , et la cavalerie refoulée. Le brouillard, à ce moment, se leva. Le château d’Arques, qui jusque-là n'osait tirer, commença à parler d’en haut; quelques volves de boulets saluèrent l’armée de la Ligue ; le soleil avait reparu et la fortune de France.
« Au moment où Mayenne se décourageait et se retirait, se couvrant d’un régiment suisse et d’une forte