ROUTE 13] BOUTEILLES. — ARQUES
couvert de lierre , situé près de la Croix et portant le nom de la Moinerie, pourrait bien être, suivant M. l’abbé Cochet, un débris de l’ancien prieuré de Bemesault que les moines de Beaubec possédaient près de Bouteilles.
La route traverse ensuite le hameau de Machonville , habité en grande partie par des jardiniers ou des herbagers. A g. de ce hameau s’étendent de vastes et fraîches prairies appelées les Salés. On aperçoit en face le bourg d’Arques dominé par le clocher élancé de son église.
6 kil. Arques (hôtels : du château d’Arques, de la Descente, de la Famille), b. de 957 hab., est situé dans une charmante vallée, sur la rivière d’Arques, près du confluentde l’Eaulne et de la Béthune. C’étaitjadis une ville considérable dont la décadence devint de plus en plus profonde à mesure que la prospérité de Dieppe augmenta.
Parmi ses maisons, pittoresquement groupées sur un terrain en pente, on en remarque quelques-unes à pignons avec fenêtres à meneaux de pierre.
L’église, monument historique, n’offre aucune partie antérieure au xv* ou au xvr s. A l’angle N. O. du grand portail, laid et lourd, construit vers 1780, s’élève le clocher, jolie tour carrée en pierre, bâtie dans le style ogival au commencement du xvii* s. (1605-1633). Aux angles N. E.
et N. O. se voient deux dauphins portant couronne et collier de l’ordre de Saint-Michel. Le portail latéral, récemment restauré, est une accolade garnie de contre-forts, ornes de niches et surmontés de pinacles à crochets.
L’intérieur comprend une nef et deux bas côtés. La nef. brûlée par Charles le Téméraire, a dû être rebâtie vers la fin du xvi* s. Elle est séparée du chœur par un beau jubé de pierre, très-mutilé, présentant trois arcades cintrées que soutiennent six colonnes corinthiennes. Une balustrade flanquée de colonnes ioniques couronne la corniche. L’escalier (1540) par
lequel on monte à ce jubé est une gracieuse tourelle en spirale, décorée de trois rangs de pilastres ioniques, corinthiens et composites. Le chœur, la plus belle partie de l’édifice , fut commencé en 1 51 5 et terminé en 1574.
ün remarque à l’intérieur de l'église :
quelques débris de beaux vitraux dans le chœur et la chapelle Saint-Nicolas ; la jolie contre-table sculptée du sanctuaire; deux charmantes niches de la Renaissance, de chaque côté de l’autel; une jolie piscine et une belle porte de la Renaissance (1544) dans la chapelle de la Vierge, à g. du chœur ; une charmante boiserie (1613); une gracieuse porte de la Renaissance et le buste d’Henri IV, au bas duquel on lit une inscription commémorative, dans la chapelle Saint-Nicolas, àdr. du chœur. Dans la chapelle de la Vierge , dont le badigeon a été gratté et remplacé par une peinture couleur bois de chêne, nous signalerons aussi : les élégantes sculptures qui décorent l’autel ; un bas-relief moderne surmonté d’une statue en marbre; des boiseries peintes, etc.
Le bourg d’Arques possédait jadis un couvent de Bernardines, qui fut fondé sous Louis XII I et qui a été transformé en une charmante habitation.
Nous y signalerons aussi à l’attention des touristes deux maisons curieuses, dont l’une, en pierre, date du xvn* s. etdontl’autre,en briques (xvin*s.), a vu naître, en 1777, le célèbre naturaliste Ducrotay de Blainvil'e. Un marbre commémoratif a été encastré, par les soins de M. l’abbé Cochet, dans la façade de cette dernière maison.
On monte aux ruines par un chemin pavé qui traverse la place de la mairie en diagonale. Sur la g., on trouve un sentier étroit et escarpé à l’extrémité duquel apparaissent les débris de l’antique forteresse.
Arques et les abords de la forteresse sont infestés de mendiants aussi insupportables que repoussants.
Le château d' Arques fut bâti vers le milieu du xi* s., sous Guillaume le
Conquérant, par Guillaume d’Arques, oncle paternel de ce prince. A peine cette forteresse était-elle terminée que Guillaume le Conquérant, pour se venger de Guillaume d’Arques qui tramait des complots contre lui, s’en empara et y plaça une garnison, mais cette garnison s’étant laissé séduire, Guillaume d’Arques rentra dans sa forteresse, et, aidé par les soldats d’Henri I", roi de France, s’y maintint jusqu’en 1053, époque à laquelle la famine l’obligea de se rendre à discrétion. Guillaume le Conquérant laissa la vie à Guillaume d’Arques, mais il le chassa de la Normandie et garda pour lui le château d’Arques où il entretint une forte garnison. Son fils Robert , n’appréciant pas , dit M. Deville, l'importance de cette forteresse, l’abandonna à Hélie de Saint- Saêns qui se la vit bientôt arracher par Henri I", le dernier des fils de Guillaume le Conquérant. Henri I*r y ajouta de nouvelles fortifications.
Après la mort de ce prince, le château d’Arques fut pris par le roi Etienne, mais bientôt après il se rendit à Geoffroy Plantagenet , gendre et successeur d’Henri I". Pendant la captivité de Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste s’était fait livrer le château d’Arques. Devenu libre, Richard essaya vainement de le reprendre, mais il en obtint la cession, en 1196, en vertu d’un traité de paix. Jean sans Peur ne sut pas le défendre; toutefois, Philippe-Auguste ne put pas le reprendre (1202), car il dut aller au secours de Jean-Arthur de Bretagne.
Quand la Normandie secoua définitivement le joug anglais, le château d’Arques, rentra sous la domination française. « Les historiens normands, dit M. Deville, ont noté avec orgueil que le château d’Arques ouvrit le dernier ses portes . ux Français (1204). »
Cependant le château d’Arques tomba encore une fois, en 1419, au pouvoir des Anglais qui n’en furent chassés qu’en 1449. A dater de cette époque, l’histoire reste muette pendant
un siècle et demi sur le château d’Arques. En 1589, il devint le théâtre, ou plutôt le témoin, d’événements importants. En effet, le gouverneur de Dieppe, Aymar de Chattes , qui tenait pour le roi, l’avait repris par ruse au parti de la Ligue, et le Béarnais, sentant l'importance de cette forteresse , l’avait armée de plusieurs pièces d’artillerie qui décidèrent du gain de la bataille d’Arques (F. ci-dessous). Louis XIV visita le château d’Arques en 1648; mais, en 1755, cette célèbre forteresse n’était plus qu’une vaste carrière de pierre où tous les habitants du voisinage venaient s’approvisionner. Mises à l’encan, en 1793, les ruines furent vendues pour 8300 livres ; elles allaient être livrées en 1836 à la Bande- Noire, lorsqu’elles furent heureusement acquises par Mme Reiset, dont le fils se fait un devoir de les conserver avec un soin religieux.
a Sur le versant S. O. de la vallée d’Arques, à quelques kil. de la mer, se détache, dit M. Viollet-le-Duc (Dictionnaire raisonné d'architecture, t. 111, p. 69), une langue de terre crayeuse qui forme comme une sorte de promontoire défendu par la nature de trois côtés. C’est à l’extrémité de ce promontoire que Guillaume, oncle de Guillaume le Bâtard, éleva une vaste enceinte fortifiée, protégée par des fossés profonds. C’est ici, ajoutet-il, qu’apparalt tout d’abord le génie normand. Au lieu de profiter de tout l’espace donné par l'extrémité du promontoire crayeux et de considérer les escarpements et les vallées environnantes comme un fossé naturel, ainsi que l’eût fait un seigneur français, Guillaume d’Arques fit creuser au sommet de la colline un large fossé, et c’est sur l’escarpe de ce fossé qu’il éleva l’enceinte de son château, laissant entre les vallées et ses défenses une sorte de chemin couvert de 2 mèt. de largeur, derrière lequel l’assaillant trouvait, après avoir gravi les escarpements naturels, un obstacle
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entre lui et les murs du château. Les crêtes étaient d’ailleurs munies de palissades, qui protégeaient le chemin couvert et permettaient de le garnir de défenseurs. Un peu audessus du niveau du fond des fossés, les Normands avaient le soin de percer des galeries longitudinales, permettant soit de faire de brusques sorties, soit de reconnaître et d’arrêter le travail du mineur qui se serait attaché à la base de l'escarpe. Ce fossé, fait de main d’homme et creusé dans la crête, n’a pas moins de 25 à 30 met. de largeur de la crête de la contre-escarpe à la base des murailles. »
L’enceinte intérieure du château d’ Arques, agrandie au moyen âge, est actuellement divisée en deux cours séparées. En avant-corps sont les bâtiments construits par François I".
Cette partie du château est flanquée, à ses quatre angles, d’énormes tours en brique et en pierre, dont deux défendaient jadis la porte d’entrée.
La première enceinte communique avec la seconde (celle du xi* s.) par une porte qui se compose d’un massif percé de trois arcades successives jadis garnies de herses. L’arcade qui fait face, au donjon est surmontée d’un bas-relief inauguré le 21 septembre 1845 par le propriétaire actuel, et représentant Henri IV à cheval. Au bas on lit ces mots :