EU
Omnibus pour le Tréport, 30 c. — Hôtels : — du Cygne , sur la place; — du Commerce. — Poste aux lettres, rue des Boucheries. — Télégraphe électrique : place Notre-Dame, dans les dépendances de l'hôtel de ville.
Eu, V. de 4410 hab., chef-lieu de canion de l'arr. de Dieppe, est située à 10 mèt. env. d’altit. dans la riante vallée de laBresle, qui formait anciennement la limite de la haute Normandie et de la Picardie.
La ville d’Eu parait avoir été, pendant la période gallo romaine , le principal centre de population d’un pagus particulier. Après le traité de Saint- Clairsur-Epte (912), Rollon fortifia le bourg d’Eu et construisit dans son enceinte une forteresse assez considérable pour recevoir une nombreuse garnison. Possédé, de 996 à 1350, par les princes normands et les maisons de Lusignan et de Brienne, ce fief important fut confisqué, après le supplice du comte Raoul II de Brienne, connétable de France, et donné par le roi Jean, en 1352, à Jean d’Artois. Charles VII l’érigea en pairie (1570) en faveur de Charles d’Artois. Cette pairie, qui portait le titre de première pairie de France, était, par exception, transmissible à tous les hoirs, par ordre de primogéniture, sans distinction de sexe. Après avoir passé successivement dans les maisons de Bourgogne-Nevers et de Clèves, le comté d’Eu fut porté par Catherine de Clèves dans la maison de Lorraine. Acheté par Mlle de Montpensier, il fut abandonné par elle au duc du Maine, comme prix de la liberté du duc de Lauzun. Le prince de Dombes et le comte d’Eu, fils du duc du Maine, étant morts sans enfants, leur cousin germain, le duc de Penthièvrc, hérita du comté et habita le phàteau d'Eu jusqu'en 1789. Pendant la Révolution, ce domaine fut séquestré, mais il n’en fut guère aliéné que le bois du Parc, appelé vulgairement la Garenne dubois du Parc, et qui n’est aujourd’hui séparé du parc que par la route d’Eu au Tréport. Louis XVill rendit, en 1814, la propriété d’Eu à la duchesse douairière d'Orléans, qui en
transmit la possession à son fils, pins tard le roi Louis-Philippe. Celui-ci racheta le bois du Parc, qui depuis a été aliéné de nouveau. Un décret du prince Louis-Napoléon, en date du 22 janvier 1852, a reuni au domaine de l'État toute ta partie du domaine privé de Louis- Philippe possédé par lui avant le mois d'août 1850, et par conséquent l’ancien apanage des comtes d’Eu, dont le titre est aujourd'hui porte par le fils aîné du duc de Nemours.
La ville d’Eu reçut en 1150, du comte Jean, une charte de commune, analogue à celle de Saint-Quentin. Brûlée entièrement, sauf les églises, en 1475, par ordre de Louis XI, qui voulait empêcher Édouard IV d’Angleterre de s'en emparer; assiégée en vain par les protestants de Dieppe, en 1562, cette ville fut prise par Henri IV, le 6 septembre 1589, et reprise huit jours après par le duc de Mayenne. Elle est la Datrie des frères Anguier, célèbres sculpteurs du xvu* s.
Le château d’Eu (monument historique) occupe l’emplacement d'une forteresse très-ancienne, élevée ou du moins relevée, soit par Charlemagne, soit par ses successeurs, pour arrêter les incursions des Normands. Ceuxci paraissent en avoir été maîtres en 881. Rollon y perdit la vie, en 925, en essayant de le défendre contre le roi Raoul. Charles le Simple y reçut, en 927, l'hommage du duc de Normandie, Guillaume Longue-Épée.
Guillaume le Bâtard s’en empara, en 1049, et y eut plus tard une entrevue avec Harold. D’après une tradition locale, Jeanne d’Arc, allant du Crotoy à Rouen, aurait été renfermée dans la prison de ce château, dite Fosse aux Lions. Les constructions primitives furent entièrement détruites en 1475, par un incendie qui dévora une grande partie de la ville. Le comte Jean de Bourgogne y fit alors élever, sur l’emplacement actuel de la chapelle, une maison très-ordinaire, sans fortifications. Depuis le milieu du xi* s., les comtes habitaient fréquemment d’ailleurs un manoir situé sur le coteau occidental du bois du Parc, et dont Catherine de Clèves
employa les débris à la construction de la chapelle du collège.
Le château actuel fut commencé en 1581, par Henri de Guise, le Balafré, d’après les plans de Claude Leroi, de Beauvais. Lorsque Mlle de Montpensier en prit possession, en 1661, il n’y avait encore de construit que l’aile droite et la moitié du corps de logis du fond, donnant sur la Bresle.
Mlle de Montpensier fit à Eu de longs et fréquents séjours ; elle y reçut plusieurs fois le duc de Lauzun, et ce fut là qu’elle « le marqua de ses ongles, » suivant Mme de Fiesque, en lui reprochant l’inconstance de ses affections ; ce fut là qu’il s’humilia devant elle jusqu’à traverser toute une galerie sur les genoux en implorant son pardon. On doit à cette princesse la création du parc dont les terrasses furent dessinées par le Nôtre, la construction du kiosque situé à l’extrémité de ce parc et d’où l’on découvre une très-belle vue de la mer, enfin la réunion des tableaux qui ornaient autrefois les appartements et qui ont inspiré à Louis- Philippe l’idée du musée historique de Versailles.
Après avoir servi d’hôpital en 1795, le château d’Eu devint la résidence du titulaire de la sénatorerie de Rouen. Ce fut alors que, par raison d'économie, furent abattus le corps de logis en retour contenant l’escalier, la salle des gardes, etc., et le petit château construit par Mlle de Montpensier près de la maison actuelle du jardinier. En 1811, le château d’Eu fut désigne pour être une des résidences impériales ; mais ce projet n’eut pas de suite. C’est à partir de la prise de possession de ce domaine par Louis-Philippe, alors duc d’Orléans (1821), que furent commencés, sous la direction de M. Fontaine, les importants travaux qui ont mis cette belle résidence dans l’état où elle se trouve aujourd’hui. Le château proprement dit ne fut pas agrandi, mais il fut remanié de fond
DE PARIS AD TRÉPORT