‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 200 sur 499 · ROUTE 37] MAULEVRIER. — CAUDEBEC · texte numérisé non relu

ROUTE 37] MAULEVRIER. — CAUDEBEC

Côte de ta Justice d’où l’on découvre la vallée de la Seine. Des fouilles, pratiquées de 1832 à 1834, aux frais du département, par M. Lesage, y ont fait découvrir les débris d'une villa, d'une ferme ou d’une métairie romaine, dontM. l’abbé Cochet a publié le plan dans la Seine historique et archéologique.

Au delà de Maulevrier, on commence à apercevoir devant soi , à l’horizon, les coteaux de la rive g. de la Seine et l’on descend dans un joli vallon boisé, où, parvenu à une altit.

de 40 mèt., on laisse à dr. une route conduisant, par Sainte-Gertrude ( V. cidessous), à (6 kil.) Saint-Gilles-dc- Crétot, v. de 437 hab. On descend alors le long de la rive g. de l’Ambion qui, à travers de charmantes prairies, va se jeter dans la Seine à peu de distance. On découvre peu à peu les coteaux boisés qui dominent Caudebec, puis la ville elle-même, dont on a aperçu de loin le magnifique clocher.

11 kil. 500 mfet. Caudebec (bét. :

de l'Aigle-d'Or (le meilleur) ; — de la Marine), ch.-l. de c. de l’arrond.

d’Yvetot, V. de 2164 hab., est trèsagréablement située sur le bord de la Seine (rive dr.) qui y forme un petit port de relâche, commode mais peu fréquenté, au débouché d’un joli vallon resserré à l’E. et à l’O. par deux collines boisées et baigné, comme nous venons de le dire, par un ruisseau (la rivière de Caux), dont les eaux se divisent en deux courante appelés Ambion et Sainte- Gertrude. Un bac y traverse la Seine.

Du quai, et surtout de la côte de Saint- ■ Clair, à l’E. , on découvre une admirable vue sur la Seine et ses bords boisés qui décrivent une courbe gracieuse. Sur la rive g. du fleuve s’étend la forêt de Bretonne.

Caudebec ne fut d’abord, qu’un fief de .'abbaye de Saint-Wandrille, fondée au vu0 s., par des moines bénédictins. Guillaume le Conquérant y fit construire une église en !704, et Henri I« lui accorda

un marché en 1130. En 1282, d’après une charte conservée aux archives de Rouen, l’abbaye de Saint-Wandrille ût resserrer le lit de la Seine entre deux quais ; dè* lors, le commerce de Caudebec, déjà florissant, prit un nouvel accroissement; mais, la guerre ayant éclaté au xv" s., sa prospérité déclina. Assiégée par les Ahglais, en 1419, la ville de Caudebec opposa une résistance héroïque aux capitaines Warwick et Talbot. « Assiégeants et assiégés, dit M. A. Chéruel( Villes de France), suivant l’usage du temps, échangèrent pendant six mois des défis en vers, rapportés, par l’abbé Miette dans son histoire manuscrite de Caudebec :

u ... On mettra vos peaux en perche,

Si longuement si persistez Et promptement ne vous rendez, »

écrivaient les Anglais aux habitants et aux soldats enfermés dans la place.

« Votre grand orgueil abattrons, Soyez en surs comme de mort Et bien les peaux fourbirons, »

répliquaient les assiégés qui, réduits à la dernière extrémité, ne tardèrent pas à capituler. Maîtres de Caudebec, les Anglais en firent une de leurs principales places fortes en Normandie.

Apres avoir expulsé les Anglais de la Normandie, Cbarle VII fit une entrée solennelle à Caudebec, accompagné d’une brillante escorte de seigneurs. La ville put dès lors réparer en partie les désastres de la guerre. 11 s’y établit des fabriques de gants et de chapeaux qui devinrent renommées dans toute l’Europe. Les travaux de construction de l'église furent poursuivis avec activité, et le commerce de Caudehec atteignit son apogée.

Les calvinistes s’emparèrent de Caudebec en 1562, mais ils en furent chassés peu de temps après. Les Ligueurs réussirent à s’y maintenir jusqu’en 1591, époqne à laquelle Henri IV s’empara de la ville, après avoir forcé le prince de Parme à l’évacuer ; depuis lors l’histoire est .muette sur Caudebec qui était pourtant encore en 1789 la capitale du pays de Caux, mais qui est bien déchue aujourd’hui. La révocation de l’édit de Nantes avait porté à son industrie un coup mortel.

Caudebec est la patrie de Thomas Basin, évêque de Lisieux (xiv* s.), qui a écrit des ouvrages d’histoire et de théologie.

L’église de Caudebec (mon., hist.), une des plus belles et des plus riches

D’YVETOT A CAUDEBEC

du diocèse de Rouen, bâtie du xv* au xviir s. , sur l’emplacement d’une église qu’Eudes-Rigaud avait dédiée à sainte Marie, en 1267, fut commencée dans le style gothique et terminée dans celui de la Renaissance. De 1833 à 1838, elle a été, sous la direction de M. Grégoire, architecte départemental, l’objet de restaurations intelligentes, exécutées à l’aide de sommes assez importantes votées par le Conseil général de la Seine-Inférieure ou accordées par le gouvernement.

Le grand portail, sauf quelques additions du xvn' s., appartient tout entier au xvi» s. Il se compose de trois parties « dont deux , dit M. l’abbé Cochet, les collatérales, fuient comme celles de Saint-Maclou de Rouen. La porte du milieu offre une belle voussure ornée de trois rangs de statues parmi lesquelles on remarque des figures de saints et de saintes, des douze apôtres et d'anges tenant des légendes ou des instruments de musique tels que : violon, guitare, timbales, lyre, tambour, etc.

Avant la Révolution, le tympan était décoré d’un bas-relief représentant le Ciel. La grande porte se partage en deux anses de panier, entre lesquelles est une niche du xvi* s. , refaite au xvn*, dont le couronnement représente une église. Les archives de 1594 nous apprennent qu’il y avait dans cette niche une image de Notre- Dame. L’ogive du portail, malheureusement brisée, devait porter bien haut une seconde image de Notre- Dame de Caudebec. » La balustrade et le haut du portail ont été reconstruits au xvn' s. Les deux tourelles à jour qui terminent la balustrade ne furent achevées qu’en 1848, par M. Grégoire. Le pignon offre une rose ornée de deux rangs de statuettes finement sculptées et tenant toutes un bâton royal. Dans l’opinion de M. l’abbé Cochet, elles pourraient figurer les rois de Juda.

Les portails latéraux (xv' s.) ont échappé à l'influence du style grec.

Chacun d’eux est formé d’une ogive ornée de quatre rangs de saints et de saintes. Les tourelles qui les accompagnent étaient ornées de statues dont on ne voit plus que les niches.

Le petit portail de la place du marché est du xv* s. ainsi que celui de la Grande-Rue. Le premier, en retrait, est précédé d’un porche ajouté après coup. Le portail de la Grande-Rue est orné de nombreuses sculptures finement travaillées.

La merveille extérieure de l’église de Caudebec est son clocher (101 mèt.

d’élévation) qui se dresse sur le côté méridional et que surmonte une magnifique flèche octogone. « D’en bas, dit M. l’abbé Cochet, cette flèche paraît ronde, tant les parties aiguës disparaissent et s’effacent, tant elles se dégagent en s'élevant; ce ne sont, à vrai dire, que huit fenêtres partagées en six étages et que viennent compliquer des contre-forts avec leurs arcs-boutants. Puis, au-dessus, grandit, en fuyant dans les airs, en s'allongeant en dents de scie, en nébules, la flèche trois fois couronnée de guirlandes à fleurs de lis. Ces cercles fleuronnés ajoutent beaucoup de grâce à cette belle aiguille, qui, sans cela, paraîtrait monotone; c’est là enfin cette fameuse tiare dont parlent les voyageurs, poètes ou historiens, et que tous les artistes ont dessinée dans leur album.

«L’escalier, qui conduit au clocher, est une tourelle ronde, placée à l’angle de la tour carrée. Le haut, qui est très-omé, se termine par une couronne royale, qui produit un effet inattendu. Rien n’est plus majestueux que cette couronne garnie de pierreries, que l’architecte semble avoir cachée comme le bijou de son œuvre. »

Le beffroi de Caudebec possédait autrefois onze cloches dont la plus grosse pesait 18 000 livres.

La grande balustrade (xvi* s.), appelée jadis galerie aux lettres d’or, a été récemment restaurée. Elle entoure la nef et le chœur. Les lettres (55 cent.

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