CAUDEBEC
de hauteur) composent des paroles tirées des livres saints et des hymnes en l’honneur de la Vierge. Une autre galerie, moins importante, fait le tour des chapelles.
L'église de Caudebec se compose à l’intérieur d’une vaste nef et de deux nefs latérales qui font le tour du chœur ; elle n’a pas de transsept. L’édifice a 56 mèt. de longueur totale, 22 mèt. de largeur et 21 met. 70 cent, de [hauteur prise sous voûte; il reçoit le jour par 48 fenêtres et compte. 50 clefs de voûte. « Le vaisseau de l’église, dit encore M. l’abbé Cochet, composé de vingt arcades et d’autant de fenêtres à compartiments, présente, au premier coup d’œil, une pureté et une régularité parfaites. Dix-neuf colonnes rondes, à chapiteaux de feuilles de vigne, soutiennent de grandes ogives décorées de tores : au-dessus de ces colonnes jaillissent des colonnettes rondes qui s’élancent jusqu’aux voûtes pour en recevoir les nervures prismatiques. Ces colonnettes sont soutenues par autant de cariatides, ou personnages accroupis, fort curieuses à étudier. Peut-être y reconnaîtraiton les différentes corporations qui peuplaient la ville au xvc s. et qui contribuèrent à l’érection de l’église.
Quelques voûtes ont des écussons, d’autres des pendentifs. Les dix-neuf colonnes qui portent la nef et le chœur étaient autrefois chargées des statues colossales des Apôtres enterrées dans la nef de l’église par les marguilliers. De toutes les fenêtres coloriées de la nef et du chœur, deux seulement sont restées au chevet.
L’une présente, selon l’usage, le Crucifiement de Jésus-Christ (au bas, écussons des donateurs) ; l'autre montre quatre grands personnages (.vat'nf Pierre, saint Paul, sainte Hélène, saint Charlemagne ) et quatre groupes pressés d’adorateurs.
« Dans les sous-ailes, ce qui attire le plus les regards, ce sont les belles verrières qui surmontent les deux portes latérales du grand portail.
a La porte du N., garnie de niches et de dais de la Renaissance, est consacrée tout entière à Y Adoration des Mages. L’étable de Bethléem est supportée par des colonnes couvertes de sculptures. Les rois, richement parés, sont suivis de leurs dromadaires. Au Iras du vitrail, on les voit qui s’agenouillent et adorent.
« La porte du S. est plus curieuse encore. Il est impossible de ne pas être frappé de la beauté de ses couleurs et de la rareté des sujets qu’elle reproduit. La partie la plus élevée représente la Cène. Jésus-Christ tient d’une main un calice et de l’autre une hostie blanche. Dans la partie inférieure apparaît une procession. »I.e rond-point de la voûtedu chœur frappe par sa nouveauté et sa hardiesse. La tribune de l’orgue (Renaissance) est ornée d’élégantes sculptures. » L’église de Caudebec possède un grand nombre de chapelles dignes | pour la plupart de fixer l’attention du visiteur. Derrière le chœur est la chapelle de la Vierge dont la clef de voûte se termine par un cul-de-lampe élégamment sculpté et ayant environ 4 mèt. 30 c. de longueur. La fenêtre du N. est garnie de vieux vitraux reproduisant divers épisodes de la vie de la Vierge ; celle du midi offre des fragments de vitraux du xvi' s. ajustés les uns aux autres.
On remarque aussi , dans cette chapelle : la contre-table du xvn* s.; le tabernacle et ses statues (1636); quatre socles de statues du xvi' s.; une jolie piscine de la même époque et la pierre tombale de Guillaume Letellier, architecte de l’église de Caudebec. Outre la légende, qui se compose de 13 lignes, on voit, sur la pierre, plusieurs emblèmes relatifs à l’architecture. Letellier est représenté sous forme de squelette ; sa main gauche tient une équerre. Le plan de l’église est figuré sur un rouleau. A côté de la chapelle de la Vierge se trouve la chapelle du Saint-Sépulcre-, le dais, qui surmonte le tombeau, est d’un Ira-
D’YVETOT A CAUDEBEG.
vail admirable. La tête du Christ frappe par son expression, mais le reste du corps et les personnages divers qui composent le groupe de l’Ensevelissement sont médiocrement sculptés. Ce groupe provient, dit-on, de l’abbaye de Jumiéges. Dans' la 2* chapelle, à dr., après la chapelle de la Vierge, on remarque la jolie entrée en bois sculpté de la sacristie.
Nous signalerons encore : la chapelle Saint- Jean-Baptiste (bordure de fenêtre peinte en grisaille) ; — la chapelle Saint-Nicolas (style prismatique, armoiries de seigneurs sur les murs) ; — la chapelle du Saint-Esprit (style prismatique; piscine du xvi* s. ; sur la fenêtre : arbres, armoiries et figures mutilées) ; — la chapelle Saint-François (sur les murs, tores du xvi* s.; magnifique vitrail restauré en 1 842 , représentant la Samaritaine et la Femme adultère) ;
— la chapelle Saint-Guillaume (piscine et fenêtre de la fin du xvie s.; belle fenêtre dont le vitrail figure Moïse recevant les Tables de la loi ) ;
— la chapelle Sainl-Simon-et-Saint- Jude (voûte et piscine de la Renaissance; beau vitrail restauré en 1841, représentant l’ Histoire de saint Jean- Baptiste) ; — la chapelle Saint-Gilles, du xvxe s. (belle verrière restaurée en 1821, figurant l 'Arbre de Jessé; au bas, portraitsdes donateurs); — la chapelle Saint-André (xv*s.; joli vitrail);
— la chapelle Saint-Eloi (xve s. ; sur le vitrail, saint Fiacre avec son louchet, saint Antoine avec son cochon, sainte Barbe avec sa tour, saint Éloi avec son manteau d’orfévre ) ; — la chapelle Saint-Michel (xv° s.; vitrai] représentant sainte Catherine, saint Michel terrassant le diable), etc.
Des fouilles, assez récentes, ont fait découvrir à Caudebec des fragments de vases antiques et plusieurs ustensiles de fer, très-curieux. Un escalier de plus de 30 marches, pavé en dalles tumulaires (xni* s.), existe, en outre, dans une des maisons de la route d’Yvetot (n** 25 et 27). Ces pierres,
[Route 37]
chargées d’inscriptions et de sculptures, proviennent de Jumiéges.
L hospice de Caudebec a été reconstruit en 1 861 . — La rue de la Boucherie offre un aspect pittoresque; on y remarque un édifice du xii* s., dont la destination primitive est inconnue.
Certains auteurs pensent qu’il servait autrefois de résidence aux Templiers.
L’extérieur présente des fenêtres et des gargouilles très-curieuses; à l’intérieur la voûte est soutenue par cinq jolies colonnes.
Exoursion à Saint-Wandrllle (4 kil.).
Pour aller de Caudebec à Sa int-Wandrille il faut suivre, pendant 3 kil.
env., la route du Havre à Rouen ; à g., à Caudebecquel , se détache, au delà du ruisseau de Fontenelle — (la première route qu’on laisse à g. conduit par un vallon boisé à Touffreville-la-Corbeline) , — le chemin de (1 kil.) Saint- Wandrille, v. de 971 hab., situé dans un vallon qui s’ouvre au N. E., et dans lequel se voient encore de beaux débris d’une antique abbaye fondée au xnc s. par saint Wandrille.Ce monastère, connu aussi sousle nom de Fontenelle (c’est le nom de la petite rivière qui en baigne les murs), fut très-florissant au moyen âge. Riches dotations, moines célèbres, parmi les.quels on compte Ausbert, Ansegise, Eginhard, etc., souveraineté étendue (Caudebec et les rives de la Seine étaient sous sa dépendance), rien ne manqua à la gloire de l’abbaye de Saint -Wandrille, dont les ruines sont encore imposantes. Les débris actuels ne datent que du xivc s., époque de la reconstruction de l’abbaye détruite en 1250 par un incendie. Saint-Wandrille, respecté par la Révolution, a conservé des restes de sa magnifique abbatiale, un beau cloître du xiv* et du xv' s., et un réfectoire du xir s., avec des fenêtres du xv». La grande porte de l’abbaye (style Louis XV) se distingue par son tympan arrondi qu'une haute muraille relie à deux pavillons complétant la façade. Au delà île
oogle
Route 37] SAINT- WANDRILLE. — VILLEQÜIER.
cette porte se voient des jardins et la jolie habitation que le marquis de Stackpool s’est fait construire avec les débris des anciens bâtiments. Le rezde-chaussée de cette belle demeure renferme une jolie salle décorée de charmantes boiseries. Une galerie la fait communiquer avec le cloître où l’on remarque de nombreux débris de sculptures. A l’extrémité N. O. de ce cloître se voit uu admirable lavabo de la Renaissance, placé à l’entrée du réfectoire auquel donne accès une porte élégante. Cette magnifique salle voûtée (33 mèt. de longueur) offre de nombreux vestiges d’architecture romane (arcs entrelacés en plein cintre); elle communique à l’O. avec la cuisine construite sous Louis XIV et établie dans un vaste bâtiment destiné à recevoir les hôtes et les infirmes.
Au delà du cloître se montrent les débris de l’église qui ne fut jamais achevée et dont il ne reste plus aujourd’hui que les piliers et les murailles de la partie N. de la croisée et quelques piliers des chapelles du chœur. Au milieu du transsept méridional, s’ouvre une porte conduisant à des bâtiments claustraux (xn' s.) qui renfermaient le dortoir des religieux, sorte dédoublé galerie de près de 40 mèt. de long. La porte principale de l’église, encore en bon état, offre des voussures et des colonnes qui frappent par leur élégance.
Le marquis de Stackpool, qui a acheté, en 1863, les ruines de l’abbaye de Saint- Wandrille, en a entrepris la restauration. 11 fait exécuter actuellement (1866) d’immenses travaux auxquels sont employés près de 50 ouvriers par jour.
L 'église paroissiale offre des parties romanes et des parties du xivL‘ s., notamment le chœur. La tour est romane. Le portail, sans ornements, présente une ouverture ogivale, à dr. et à g. de laquelle, en dedans, se voient de vieilles statues de saints. L’intérieur a été remanié à diverses reprises. Les chapiteaux de la nef sont
remarquables par leur ancienneté. Signalons : la chapelle de la Vierge (style ogival) très-ornée; un vieux baptistère, dont la cuve date du xm* s.; un vitrail du xvi* s. , dans le transsept du midi ; la contre-table de l’autel de la Vierge; une élégante croix en pierre (xvi* s.); trois reliquaires provenant du monastère; un grand nombre de vieilles statues, etc.
Sur une des collines boisées qui dominent à l’O. la vallée de Saint- Wandrille, s’élève une petite chapelle dédiée à saint Saturnin et dont la tradition fait remonter l’origine jusqu’aux's. Cette chapelle a la forme d’une croix latine : l'appareil en arêtes de poisson, les ouvertures étroites, le clocher carré (4 ouvertures romanes) dénotent une haute antiquité.
On remarque, à l’intérieur ; une série de frises ornées dans le style romanobyzantin; des statues du xivc et du xvii0 s.; des fragments de vieilles verrières, etc. Du pied de la chapelle on découvre une magnifique vue sur les vallées de Fontenelle, du Rançon, de Caudebec et les rives de la Seine.
Excursion à Ville quicr.
L’excursion de Caudebec à Villequier, très-recommandée, se fait à pied (1 h. env. , en suivant le bord de la Seine, 7 kil., par la route du Havre). Le chemin qui longe le fleuve offre des points de vue plus variés et plus pittoresques que la route.
Lorsqu’on a (par la rive dr. de la Seine) atteint l’extrémité de la promenade de Caudebec, oii s’engage, un I eu au delà du couvent des Capucins, dans une jolie route, qui, serpentant au pied de coteaux boisés, domine le fleuve sur la rive g. duquel se montrent de vastes prairies bordées de peupliers, et, au loin, des coteaux bas, couverts par la forêt de Bretonne. On remarque à dr. des carrières creusées dans les rochers, et bientôt (15 min.) on passe devant un modeste édifice carré, situé au pied de la falaise. C’est la chapelle de
D’YVETOT A CAUDEBEC
Notre-Dame de Barre-Y-Va, nom sin- sière humaine. » Un des plus tristes gulier, donné, dit-on, à cette chapelle, naufrages qui aient eu lieu devant parce que, dans une marée extraor- Villequier est celui qui, en 1843, dinaire, l’influence de la barre, qui coûta la vie à Mme Vacquerie , cesse à Villequier, se fit sentir jusqu’à Mlle Léopoldine Hugo, fillede M. Vic- Caudebec. Les matelots y font de nom- tor Hugo. « Lamentable histoire, dit breux pèlerinages; les murs sont cou- M. Jules Janin, qui se racontera de verts d’ex-voto , tels que : petits siècle en siècle, comme se raconte tableaux, navires grossièrement sculp- encore l’accident terrible de la /Montés , etc. Au delà de la chapelle, la che-Nef! Une enfant d’un si limpide route monte (25 min. de Caudebec) à regard, d’un si honnête visage^ d’un la grille de la villa Bouleau, dont la sourire si heureux! Elle était l’orgueil position estadmirable. Un chemin, qui de son père; elle était l’amour des s’ouvre à dr. et qui est entretenu poètes qui l’avaient bercée dans son comme une allée de parc, conduit,— à berceau; elle était l’adoration de sa travers des bois charmants, sillonnés mère! Celui qui écrit ces lignes l’ad’allées aboutissant à des points de vait vue toute petite parmi les fleurs vue, — à un petit kiosque surmonté du jardin paternel, enfant jeune, end'une lanterne d’où l’on découvre une fant bien-aimée , un ange! et enfin il très-belle vue sur la vallée de la Seine, l’avait vue huit jours avant sa mort, Un peu au delà de ce kiosque, on peut consolation refusée même à son père, gagner le château de Villequier en Cette belle jeune femme que le Hasuivant le haut des falaises. — Si l’on vre avait adoptée avec orgueil , la redescend à la villa Roulleau, on con- dernière fois que nous l’avons saluée, tourne cette jolie propriété et l’on elle était sur le bord de l’Océan, par continue de longer la Seine jusqu’à un splendide soleil ! La fête était sur Villequier. les flots, sur la terre, dans le ciel!
Quand on vaà Villequierparla route Les barques légères luttaient de vidu Havre , on suit cette route jus- tesse sur l’Océan obéissant. A ce jeu qu’au milieu du village de Saint-Ar- de la jeunesse présidait, nouvelle arnoult (R. 43), d’où se détache à g. rivée dans la France, Mme la prinun chemin qui conduit aux belles cesse de Joinville, son grand œil noir avenues de Villequier et au château, saluant toutes choses : elle admirait!
Villequier, v. de 857 hab., est ad- Surtout elle avait salué d’un geste mirablement situé sur la rive dr, de charmant l’enfant du poète. Le beau la Seine, au pied de ravissants co- jour! Trois jours après cette fête dont teaux boisés, dans un [des plus char- elle avait été la reine, Mme Vacquemants paysages de toute la Norman- rie se réveilla de bon matin ; le flot de die. Les maisons du village, bâties l’Océan calme et doux touchait à peine le long du fleuve, sont habitées en le rivage. Partons, dit-elle. Elle part, général par des pêcheurs et des pi- si légère, si heureuse! On l’attendait lotes. Villequier, célèbre par sa posi- sur l’autre rive. La barque était contion , l’est aussi par les naufrages duile par son jeune époux, qui l’ainombreux dont il a été le théâtre, mait avec cette joie divine des sain- « La Seine ici, dit M. l’abbé Cochet, tes amours. Un vent favorable les c’est un gouffre qui a englouti des poussait; un vieux marin, éprouvé par générations dans ses abîmes. Cette toutes les tempêtes et «tans toutes les grève enchanteresse, parfumée tour à mers, tenait, en se jouant, le gouvertour par la mer et par le fleuve, s’est nail; un enfant couronné de la veille, mille lois couverte d’épaves et de ca- lauréat de dix ans, abaissait d’une davres. Ici , peut-être, pas un grain main câline les vagues bondissantes, de sable qui ne soit un grain de pous- Tous les bonheurs, cette barque les