‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 215 sur 499 · DUCLAIR. — JUMIÉGES · texte numérisé non relu

DUCLAIR. — JUMIÉGES

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nastère dont les ruines imposantes attirent de loin l'attention des touristes qui descendent ou remontent le fleuve. Ce monastère fut fondé au vu* s., presque en même temps que Saint-Wandrille. Saint Philibert en fut le premier abbé. Sous son second abbé, Jumiéges comptait déjà plus de 800 moines. Sa juridiction s'étendait sur les deux rives de la Seine. Quillebeuf et Duclair étaient ses principaux ports. Les rois de France possédaient à Jumiéges une maison de plaisance où mourut, en 1450,1a belle Agnès Sorel.

L’abbaye de Jumiéges a reçu la visite de plusieurs rois de France et d’un grand nombre de personnages illustres. Ses abbés avaient le droit de porter la mitre, l’anneau et les autres ornements pontificaux, et de bénir le peuple. Un de ses moines écrivit l’histoire des premiers ducs de Normandie : De ducibus Normanni,r. Ses biens et ses revenus étaient considérables; mais, en 1557, commence pour elle une époque de dévastations, a C’est d’abord, dit M. Robert d’Estaintot, un abbé, un évêque d’Évreux, Gabriel le Veneur, qui, sous prétexte de consolidation, obtient la destruction de la magnifique flèche en plomb qui décorait la tour centrale. Trois ans après, en 1560, ce sont les calvinistes qui envahissent le monastère, le profanent et le pillent. Deux siècles plus tard, la Révolution voue à la solitude le cloître abandonné par ses pieux cénobites; les richesses de l’abbaye sont dispersées et vendues, et l’on n’en sauvera quelques épaves qu’en les consacrant, au commencement de ce siècle, à l’usage des églises. »

Les ruines de l’abbaye sont conservées par M. le Pel-Cointel, antiquaire distingué, qui en est le propriétaire.

On peut les visiter de 1 h. à 4 h.

seulement ; la promenade du parc est interdite.

Deux arcades ogivales, de dimension inégale, donnent accès sous un couloir voûté, sorte de musée lapidaire, où sont rangés avec soin et avec

goût: des chapiteaux ; des sculptures; des dalles tumulaires; des clefs de voûte ; des colonnes ; la pierre tombale d’un des juges de Jeanne d’Arc et la table de marbre noir du tombeau d’Agnès Sorel, sur laquelle on lit encore très-bien l’inscription suivante : a Cy gist noble damoyselle Agnes Seurelle, en son vivant dame de Beaulté de Roquessen, d’issoudun et de Vemon sur Seine, piteuse entre toutes gens, qui largement donnait de ses biens aux Eglyses et aux pouvres, laquelle trespassa le 9* jr de febvrier l’an de grâce M. CCCC. XLIX.... » Les deux statues des Énervés font aussi partie de cette collection. Les Énervés étaient deux fils de Clovis II qui, en l’absence de leur père, s’étant révoltés contre la reine Bathilde, leur mère, furent condamnés par le roi à avoir tous les nerfs tranchés; on les relégua ensuite dans le monastère de Jumiéges où ils moururent.

Le portail de l’antique basilique dédiée à Notre-Dame, est encore debout. La nef de ce splendide édifice, qui reçut tant d’illustres visiteurs ou de célèbres reclus, est effondrée et détruite en partie, ainsi que le bas côté dr., mais le bas côté g. a conservé ses voûtes. On admire encore, dans la nef: le grand arc qui soutient un pan entier de l’ancienne tour centrale ; les arcades romanes qui se prolongent jusqu’à la tribune de l’orgue; les débris du chœur où croissent des arbres dont la verdure donne à ces belles ruines un aspect pittoresque, etc. Les bas côtés présentent encore quelques fresques du xvie s. Dans le chœur, à dr., se voit une chapelle bien conservée, décorée de fresques du xvii* s.

Un peu plus loin, s’ouvrent deux portes dont l’une donne accès dans l 'église Saint-Pierre , construite sous Dagobert, ruinée par les Normands en 840, et rebâtie en 930 par Guillaume Longue Epée. L’extrémité du mur N.

de cette église offre une arcature romane très-intéressante, au-dessous de laquelle se voit une série de médail-

DE ROUEN AU HAVRE

Ions dont quelques-uns renfermaient des peintures du xin* s. Le chœur, refait au xiv* s. , contenait autrefois le tombeau des Énervés. La clef de voûte de la chapelle Saint-Martin représente saint Philibert, abbé de Jumiéges, ayant à côté de lui un loup auquel les légendes font jouer un grand rôle. Cette chapelle et le chœur sont envahis par des plantes grimpantes. L’église Saint-Pierre contient des débris des premiers âges du monastère, rangés avec beaucoup d’ordre et de soin.

Le cloître, aujourd’hui détruit, communiquait à l’O. avec la bibliothèque dont il subsiste encore trois ouvertures romanes dignes d'intérêt.

L’habitation moderne de M. le Pel- Cointel, élevée au milieu des ruines, est une heureuse imitation du style du xvi' s. Elle renferme d'élégantes salles gothiques dans lesquelles sont réunies de nombreuses richesses archéologiques. Les caves (xvn's.), construites par l’abbé de Martimbos (13 caveaux voûtés), la salle des gardes de Charles VII (style ogival), et une crypte (xvn* s.) dont la voûte est soutenue par des piliers octogones, sont dignes de fixer l’attention des touristes. Signalons aussi les jardins compris dans l’enceinte des ruines et renfermant de précieux débris d’architecture.

L’église paroissiale de Jumiéges (500 mèt. de l’abbaye) se composait récemment encore de deux églises annexées, séparées par un intervalle, l’une romane, l’autre ogivale. L’église romane a été démolie tout récemment et remplacée par une église ogivale.

A 4 kil. environ de Jumiéges, au S., est le Mesnil-sous-Jumiéges, v. de 401 hab., où s'élevait autrefois le manoir d’Agnes Sorel, construit par les soins de son royal amant.

La route du Havre, contournant au S. la forêt du Trait, laisse à dr. le v. de ce nom (R. 42), et, s’éloignant de la Seine, suit une sorte de terrasse élevée, à travers les flancs d’une suc-

cession de coteaux. Pendant toute cette partie du trajet on découvre, sur la g., de magnifiques paysages. Après avoir laissé, du même côté, une route bordée de peupliers et conduisant (3 kil.) au bac do Guerbaville-la-Mailleraye (R. 45), on côtoie de nouveau le fleuve à la base de charmants coteaux boisés, et à 3 kil. en deçà de Caudebec, on laisse à dr. la route de (1 kil.) Saint- Wandrille (R. 37).

Le paysage devient do plus en plus beau jusqu’à (36 kil.) Caudebec (R. 37).

La route, s’éloignant alors de la Seine, pour ne la rejoindre qu’à Harfleur, gravit une côte longue et rapide, du haut de laquelle on jouit d’une vue magnifique sur la Seine.

41 kil. Saint-Arnould (R. 37).

Apres avoir laissé à g. la route de Villequier, on traverse, dans la direction de l’O., une riche plaine du pays de Caux, couverte de fermes et de villages dont les plus rapprochés delà route sont, à dr. , Anquetierville (205 hah.), Auberville (324 hab.), et à g. la Fresnage (809 hab.), avant de descendre dans la jolie vallée de Lilletionne.

52 kil. Lillebonne. (R. 39).

Franchissant le Bolbec , la route gravit une côte agréablement boisée et reprend sa direction à l’0., sur un plateau qui se prolonge jusqu’à Harfleur. A environ 6 kil. de Lillebonne on croise la route de Bolbec à Tancacville (R. 40), puis on laisse à dr. Mélamare (831 hab.).

63 kil. La Remuée, v. de 648 hab., ù 2 kil. 500 mèt. duquel on croise la route de Saint-Romain-de-Colbosc à Tancarville (R. 2); enfin, on rejoint la route de Bolbec au Havre, un peu audelà de Saint-Aubin (390 hab.). Après avoir laissé ensuite à g. Routot et Gainneville et à dr. le château de Bainvilliers (R. 2), on descend dans la jolie vallée de la Lézarde où se montre à dr. le château de Colmoulins (R. 2).

69 kil. Harfleur (R. 2).

On traverse à 2 kil. 500 mèt. d’Har-

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