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ÉVREUX

l’Eure, le château de Prmard (xvm* s.) entouré d'un beau parc. — Après être sorti du départ. d’Eure-et-Loir pour entrer dans celui de l’Eure, on aperçoit à g. la jolie vallée de l’Eure.

81 kil. Bueil, v. de 415 hab., situé sur la rive dr. de l’Eure qui y fait tourner de nombreux moulins et qui y alimente plusieurs usines. On ne voit, aux environs de la gare, que quel-

ues maisons neuves, bâties au pied

'un coteau nu. Le village est à 500 met. sur la dr.

[Corresp. pour: — (13 kil.) Croth par (2 kil.) Garennes, (5 kil.) Ivry-la-Bataille, (9 kil.) Ê/.y et (12 kil.) Anet (R. 61).

La voie ferrée, dominée à dr. par des coteaux que couvre en partie le bois de Géline, côtoie à g. la rive dr. de l’Eure, sur la rive g. de laquelle se trouve le chdieau de Neuilly, jolie construction en brique et pierre, de l’époque d'Henri IV, llan'iuèe de tourelles en encorbellement; au delà, on laisse à g. I.orey, ham. de 70 hab. (petit château trèsagréablement situé au pied d'un mamelon boisé). A 1 kil., sur la dr., les maisons de Breuilpont, v. de C86 hab., s’étagent en amphithéâtre sur le flanc d’une colline avec l'église et le château. On franchit l’Eure sur un pont de 6 arches de 10 met. 50 c.

d'ouverture près de Mércy, v. de 170 hab., dont le château en ruine est entouré d'un parc aux murs flanqués de tours. La voie ferrée s'engage alors dans une tranchée profonde mais courte. A g., au pied de coteaux boisés, se montre le h. de Neuville-des-Vaux (70 hab.) dépendant de la c. du Plessis- Hébert (258 hab.). Après avoir- traversé un certain nombre de petites tranchées, on entrevoit, sur la g. , le toit d’ardoises et les tourelles pointues du château de Boisset (xvi' s.) bâti au faîte d'un coteau.

92 kil. Boisset-les-Prévanches, v.

de 303 hab., est situé à dr., sur un coteau, à 2 kil. de la station.

[Corresp. pour : — (6 kil.) Pacy (R.

55) et (28 kil.) Nonancourt (R. 62) par (4 kil.) Presney, (10 kil.) Saint-André, et (16 kil.) Coudres (R. 62).

De Boisset à Vernon, R. 54 ; — à Nonan court, R. 62.

Des deux côtés de la voie se montrent des vallons presque ronds formant d'immenses amphithéâtres.

Plus loin, sur le haut d’un coteau dominant un de ces cirques naturels, s’élève à dr. l’église â'Orgeville 038 hab.) transformée en grange. Au delà d’une haute tranchée, la voie ferrée coupe le parc du château de Martainville (428 hab.). Avant de s’engager dans le tunnel de ce nom, long à peine de 300 mèt. , on aperçoit un instant à g. le Val-David (295 hab.).

Sur la dr., se trouve le Vieil-Evreux (V. ci-dessous) desservi par une route que croise le chemin de fer. En fin, on laisse à g. Cracourille , dont le château appartient à l’amiral Laroncière Le Noury. A dr. se montrent Saint- Aubin -du- Vieil-Evreux (F. ci-dessous), puis le hameau du Coudra y.

On pénètre ensuite dans une grande tranchée de sable rouge, au sortir de laquelle on découvre à dr. une belle vue sur la ville d’Évreux et la vallée de l’Iton.

108 kil. Évreux (omnibus, 40 c. le jour et 50 c. pendant la nuit; hôt.:

du Grand-Cerf ; du Dauphin. — Libraires : Huet, Leclerc, Guignard), V. de 12 265 hab., ch.-l. du départ, de l’Eure, siège d'un évêché suffragant de Rouen, agréablement située dans la jolie vallée de l’ J ton qui s’y partage en trois bras pour en baigner les différents quartiers. De la station, on domine la ville tout entière entourée de belles prairies, et dominée par des coteaux boisés. Au-dessus du groupe pittoresque de ses maisons se dressent la cathédrale, l’église de l’abbaye de Saint-Taurin, la tour du beffroi de l'ancien hôtel de ville; etc.

. Évreux a tiré son nom du mot celtique Ebure, forêt dont avait aussi été formé le surnom de la peuplade des Aulerques-

Éburovices qui habitaient son territoire, et dont la capitale, Mediolanttm-Auhrcorum, occupait l’emplacement de ta cité actuelle. Les savants ont placé, pendant iort longtemps, le Mediolanum-Aultrrorum au Vieil-Évreux ; mais aujourd'hui, les importantes découvertes de M. Bonnin prouvent suffisamment que la ville actuelle est bâtie sur l’emplacement de la cité gallo-romaine. Les Aulerques s'insurgèrent avec les autres tribus contre l’invasion des lieutenants de César ; mais la défaite de Vercingétorix, à qui ils avaient fourni un contingent de 3ooo soldats, les contraignit de se soumettre à la domination romaine. Les vainqueurs firent d'Évreux une des plus belles et plus florissantes cités de, la Gaule. — On suppose que cette ville fut détruite parles Barbares, trente ans après l’arrivée des Francs.

Vers la fin du iv' s., le christianisme fut prêché à Évreux par saint Taurin, qui devint son premier évêque.

Après avoir appartenu tour à tour aux rois de Paris, de Soissons et de Bourgogne, après avoir été ruinée, en 892, par les pirates du nord, comprise dans le territoire cédé à Rollon en 91 1, à la suite du traité de Saint-Clair-sur-Epte, et incorporée à la Normandie, Évreux eut, vers 990, des comtes particuliers, dont le premier fut Robert, archevêque de Rouen et second fils du duc Richard Ier. Robert devint la souche des ducs normands. L’un d’eux, le comte Guillaume, étant mort sans enfants (1118), Amaury, son neveu, de l'illustre maison de Montfort, dut disputer Évreux au roi d'Angleterre qui, à la suite d'une lutte sanglante , se vit contraint de lui en abandonner la possession.

Sous le règne d’Amaury lit, Évreux fut le théâtre d’un horrible drame. Philippe Auguste s'en étant emparé, pendant la captivité de Richard Cœur de Lion, l’avait cédée à Jean sans Terre, en en gardant le château. Mais, lorsque Richard eut recouvré sa liberté, Jean sans Terre voulut regagner les bonnes grâces de son frère et racheter sa trahison en trahissant à son tour le roi de France. 11 se rend à Évreux, invite à un festin les officiers qui gardaient la place, les fait tous égorger, au nombre de 300, pendant le repas ; puis, avec le secours des bourgeois, s’empare de la garnison, qu'il passe au fil de l’épée , fait suspendre aux murailles les têtes des officiers et court offrir la place à son frère. Philippe Auguste, qui assiégeait Verneuil, marcha précipitamment sur Évreux qu'il surprit et réduisit en cendres

après en avoir fait égorger presque tous les habitants: il espérait y brûler Jean sans Terre, mais le traître s’était enfui après son crime.

Richard Coeur de Lion rebâtit la ville, et , par une convention avec Philippe Auguste, la fit rentrer en la possession d’Amaury; mais ce dernier ne la garda pas longtemps. En effet, la trêve ayant été rompue, le roi de France se jeta de nouveau sur Évreux qu’il livra une seconde fois aux flammes (1198). Après la mort de Richard Cœur de Lion (1199), Philippe Auguste obtint d’Amaury et de Jean sans Terre la cession de sa conquête pour son fils aîné Louis, marié à Blanche de Castille. Enfin, à la mort de Blanche (1252), le comté d'Évreux, passant aux mains de saint Louis, entra dans le domaine royal dont il ne sortit qu'en 1305, sous Philippe le Bel qui le donna à son frère Louis. Celui-ci laissa le comté, érige en pairie (1317) par Philippe le Long, à son fils Philippe, qui continua de l'habiter après que Jeanne, sa femme, fille de Louis le Hutin, lui eut apporté la couronne de Navarre en héritage (1328).

Évreux fut quelques années tranquille sous ce prince; mais son successeur, Charles le Mauvais, ayant vu ses domaines confisqués à cause de ses crimes, entreprit de les défendre contre le roi Jean , son suzerain. Le roi, l’ayant fait arrêter à Rouen, marcha sur Évreux, y entra à la lueur de l'incendie qu'y avait allumé le gouverneur avant de se retirer, et maintint quelque temps le comté sous sa dépendance, grâce à l'énergie d’Oudart de Montigny, qui. s’etant emparé de la citadelle, la défendit contre le duc de Lancastre et ses Anglais appelés par Philippe d'Évreux. Mais Charles le Mauvais, qui continuait sous Charles V la guerre entreprise contre le roi Jean, son père, ne tarda pas à reprendre Évreux. 11 la garda même après la bataille de Cochere), où Du Guesclin battit ses troupes et le força d’implorer la paix. En 1378 seulement, une odieuse perfidie lui fit perdre la ville et la citadelle. Le comté fut confisqué au profit de la couronne . et Charles le Noble , fils de Charles le Mauvais, dut renoncer à ses droits.

A dater de cette réunion à la couronne, Évreux partage la fortune royale. Prise par les Anglais (1418), reconquise par Us troupes de Charles VII, à qui les Anglais la reprennent de nouveau (1424), elle revient définitivcment(l44l)sous le pouvoir du roi et jouit pendant plus d’un siècle

[ROUTE 50] ÉVREÜX. — LA

d’une tranquillité à peine troublée , en 1465, par les Bretons ennemis de Louis XI, qui s'en emparent pour quelques jours. La ville, dès lors, s’adonnait au commerce et aux arts; mais, mal défendue contre la Réforme par le tribunal d’inquisition qu’y avait établi François I*r, elle subit en 1562 un premier assaut des calvinistes, qui furent repoussés. Septansplus tard, Évreux, sortant de nouveau du domaine royal, était érigée en comté-pairie, en faveur de François, duc d’Alençon, frère du roi Charles IX ; mais une révolté du duc eut pour résultat l’abolition de l'apanage.

Bientôt la ville, à l'instigation de l'evèque Claude de Saintes, se déclara et combattit pour la Ligue; vaincue, elle tomba (1590) aux mains du maréchal de Biron, qui, l’année suivante, gagna définitivement à Henri IV sa couronne, en remportant, sous les ordres du roi, la célèbre victoire d’Ivry. Pendant les troubles de la Fronde, Évreux essaya de se révolter (1649); toutefois elle se soumit l'année suivante en apprenant l’arrestation des princes. En 1661, elle fut encore détachée de la couronne et érigée en comté-pairie pour Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, en échange de la principauté de Sédan.

A la Révolution, Évreux lutta vainement avec son représentant, le Girondin Buzot, contre les Montagnards, qui, ayant triomphé un instant, y organisèrent un comité de salut public. La réaction de Thermidor put seule la délivrer. Le 27 avril 1794, un. décret de la Convention annula l’échange de 1661 et réunit au domaine de l’État les biens dépendant du comté d'Êvreux ; toutefois ce décret ne fut point exécuté. A la mort du duc de Bouillon (1802), ses héritiers continuèrent à jouir d'une partie de ses biens, mais Napoléon, par décret du 3 janvier 1809, les réunit définitivement au domaine. Un autre décret du i5 février 1810 les mit en adjudication, et le domaine extraordinaire de la couronne s’en rendit adjudicataire le 8 mars. Des lettres patentes du 9 août 1810 érigèrent le château et les biens dépendant de l’ancien comté d’Êvreux en majorât, sous le titre de duché de Navarre, pour l'impératrice Joséphine, qui l’habita pendant quelques années.

Un de ses heritiers, le duc de Leuchleuberg, fut autorisé à vendre ce majorât par ordonnance du 6 février 1834. L’adjudicataire, M. le marquis Dauvet, fit presque aussitôt démolir le château de Navarre, détruire les jardins et le parc, et vendit les terrains par parcelles.

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