LISIEUX
Commentaires. Elle s’appelait Noviomuqus. Détruite par les narbares au IV* ou au v s., l’ancienne cité fut remplacée par une ville nouvelle (Lexove, Ltxouve) qui s’éleva à côté, et devint, au vi* s., une des places importantes du royaume de Neustrie et le siège d’un évêché. Les Normands la pillèrent en 877. — Elle se trouva comprise dans le duché de Normandie, constitué au profit de Rollon par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. L'évêque fut investi de l'autorité temporelle comme comte de la ville. Vers 1055, l’évêque Herbert commença les travaux de la cathédrale, et cette année même, un premier concile, dans lequel fut déposé l’archevêque de Rouen, Mauger, se tint à Lisieux.
En 1135, sous le gouvernement de l’évêque Jean I*r, Geoffroy Plantagenet, qui avait épousé la querelle d’Étienne de Blois, fit le siège de Lisieux. « La garnison , dit M*** ( Villes de France), prit la résolution extrême d’y mettre le feu pour repousser l’ennemi. » La guerre dura jusqu’en 1141 et « telle fut l’horreur de la famine enfantée par cette longue lutte, ajoute l’auteur cité ci-dessus, qu’on vendit publiquement de la chair humaine dans le Lieuvin : on y pendit un homme qui se livrait à cet affreux trafic. » En 1141, l’évêque Jean traita avec Geoffroy Plantagenet auquel il rendit Lisieux.
C’est dans la cathédrale de Lisieux que fut célébré le mariage d’Henri II (1162) et d’Éléonore de Guyenne. La ville fut visitée sept ans plus tard par Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry. Depuis cette époque jusqu’au commencementdu xiil's , Lisieux ne fut le théâtre d’aucun événement politique. Prise par Philippe Auguste, en 1204, sans coup férir, elle jouit d’une longue paix jusqu'à la guerre de Cent Ans, pendant laquelle elle passa d’un parti à l’autre, suivant la fortune des armes. « Elle n’avait alors pour defense, a ditM. Jules Quicherat, que de chétives murailles, sans boulevards, presque sans fossés.. »
Lorsque la Normandie eût ete definitivement acquise à la France, la ville de Lisieux fut encore troublée parles guerres que suscita la Ligue du Bien public, et, plus tard, par les guerres de religion.
Les protestants s'emparèrent de la ville en 1562, pillèrent la cathédrale, maltraitèrent le clergé; mais ces représailles furent de courte durée, et Lisieux échappa au massacre de la Saint-Barthélemy , grâce, disent quelques auteurs, à la fermete de l’évéque Jean Le Hennuyer, qui ne consen-
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tit pas à laisser égorger les calvinistes. — Plus tard, Lisieux prit parti pour la Ligue. Quand les Ligueurs normands eurent été défaits près de Falaise, leurs troupes débandées vinrent se jeter dans Lisieux.
Henri IV se mit à leur poursuite, et la place se rendit après un siège de trois jours. « Et pourtant, dit le Béarnais, je n’avais fait tirer le canon que par moquerie. » Les Ligueurs reprirent Lisieux, bientôt obligée de se rendre de nouveau, après un jour de siège, au sire de Fervaques, qui commandait pour Henri IV, sous les ordres du duc de Montpensier. Enfin, au xvii* s., Lisieux prit un moment parti pour la Fronde, mais elle se soumit bientôt au duc d'Harcourt.
Lisieux, comme toutes les villes de France, accepta avec enthousiasme les principes de la Révolution française, mais elle ne sortit jamais des bornes de la modération ; elle sympathisa avec les Girondins, accueillit le général WimpITen et applaudit, en 1794, aux travaux de l’Assemblée qui avait mis fin au règne de la Terreur.
Après le démembrement de la France provinciale, Lisieux, absorbée dans le département du Calvados, fut d’abord chef-lieu d’un district, puis chef-lieu d’arrondissement.
Le Concordat de <801, qui donnait à la France une nouvelle organisation religieuse , supprima l’évèché de Lisieux et réunit la moitié du diocèse à celui de Bayeux, dont le titulaire s'appelle aujourd’hui évêque de Bayeux et de Lisieux.
Les évêques de Lisieux les plus célèbres ont été. depuis le v* s. jusqu’en 1793, Fréculfe, qui composa une histoire universelle; Herbert et Hugues, auxquels on doit l’érection de la cathédrale, détruite en 1130, par un incendie; Jean /", qui dota sa ville épiscopale de nombreux monuments; Arnould ou Arnulphe, par les soins duquel fut élevée la cathédrale actuelle; Thomas Jtasin; le Hennuyer; Guillaume du Voir et Cospéan.
Lisieux a vu naître : Marescot, médecin d’Henri IV; Marin, inventeur du fusil à vent; l’astronome Jean Lefebvre; Marin- Bourgeois; l’avocat Êlie de Beaumont, etc.
Lisieux est actuellement le siège d'une sous-préfecture, d’un tribunal de première instance, d’un tribunal de commerce, de deux justices de paix et d’un conseil de prud’hommes.
L’ancienne cathédrale (mon.hist.), aujourd’hui simple église paroissiale
dédiée à saint Pierre, commencée, comme nous l’avons dit plus haut, en 1022, détruite, en 1136, par un incendie, reconstruite de 1141 à 1182, restaurée en 1 226 et complètement terminée en 1233, a subi de nombreuses vicissitudes qui ont nécessité plus tard d’importantes restaurations et additions. Bâtie en forme de croix latine, elle se compose d’une longue nef avec bas-côtés et chapelles, d’un vaste transsept flanqué à chaque bras d’un collatéral, et d’un chœur avec déambulatoire, autour duquel rayonnent plusieurs chapelles.
la façade principale, précédée d’une vaste place et d’un parvis auquel on monte par un escalier de 14 marches, se distingue par sa sévérité. Les archéologues font remonter aux xn* et Xiil' s. la porte principale du grand portail et la charmante fenêtre à meneaux fleuris qui la domine, les deux petites portes et les deux belles tours qui les surmontent, excepté toutefois la partie supérieure de la tour du S.
rebâtie en 1579 et la pyramide, qui décore la partie inférieure du fronton, dont le couronnement porte un ange sonnant de la trompette.
L’entrée du transsept méridional (rue du Paradis) offre une simple et belle décoration composée d’arcatures à ogive obtuse ou de transition portées par d’élégantes colon nettes; le tout encadré par deux robustes contre-forts et terminé par des pyramides octogonales aux pans couverts d’écailles.
« La nef, dit M. de Caumont, composée de 8 travées et construite d’un seul jet, se fait remarquer par l'harmonie des proportions, la pureté des lignes et l’unité de style. Elle est soutenue par des colonnes monneylindriques à bases garnies d’agrafes ou empattements, et séparée du chœur (même style, à l’exception des deux dernières travées et du rondpoint qui datent du XIII' s.) par un transsept à dimensions majestueuses.
Ce transsept est couronné par une