LISIEUX. — ÉGLISES
grosse tour en lanterne, et doublé d’une espèce de nef transversale. Les collatéraux font le tour de l’édifice.
L’étage supérieur de la nef, le chœur et les transsepts sont percés par dès lancettes sans divisions. Le jour arrive, en outre, par les chapelles qui s’ouvrent dans les collatéraux de la nef, et qui, greffées sur les flancs de l’édifice, aux xiv' etxv's., sont éclairées par de vastes fenêtres. L’église Saint-Pierre est une cathédrale de la seconde moitié du xu's., rendue plus austère encore par les derniers reflets du style roman. »
Le mobilier de cette église a été saccagé à la Révolution, cependant elle renferme encore : de curieuses stalles de la fin du xni' s. ; un autel moderne (dans une des chapelles latérales), dans le style fleuri du xne s., en argent repoussé au marteau, exécuté à Paris, sur les dessins de M. Danjoy qui avait été chargé de la restauration de l’église ; six grands tableaux (par Lemonnier, de Rouen), représentant des scènes de la vie de saint Pierre et de saint Paul, placés dans les transsepts; un saint Sébastien, dans l’une des chapelles de l’abside; de charmantes piscines ouvragées; un beau confessionnal (style Louis XIII) dans la chapelle du Sacré- Cœur, et un vitrail du xme s., formant un des panneaux d’une des fenêtres qui éclairent l’abside (sanctuaire).
Dans le mur septentrional du transsept sont placés, sous des arcades cintrées, deux magnifiques tombeaux du xme s. , décorés de statuettes et de bustes en haut relief, renfermés dans de riches médaillons.
La chapelle de la Vierge, bâtie derrière le sanctuaire, par l’évêque Cauchon, un des juges de Jeanne d’Arc, et complètement pavée de belles pierres tombales, est décorée de charmantes boiseries dans le style Louis XV et d’un magnifique autel en pierre, dans le style de la chapelle, orné de statues, de guirlandes, de fleurs et de toute sorte de sculptures
délicates. Cet autel a été sculpté par M. Delahaye, sur les dessins de M. Bouet, de Caen.
On vient de placer, à l’extrémité du croisillon méridional du transsept, un élégant tambour, dont le riche plafond à caissons, dans le style de la fin du xvie s., est formé de panneaux en chêne sculpté provenant de l’ancienne tribune de Sainte-Cécile.
L’église Saint-Pierre a 110 met. de longueur, sur 21 mèt. 67 c. de largeur dans œuvre, et 20 mèt. de hauteur sous voûte dans la grande nef :
la tour du S. , la plus élevée, a 70 mèt. 40 c.
On a découvert en 1865, près du lutrin de l'église Saint-Pierre, le squelette bien conservé d’un évêque, accompagné d'une belle crosse en cuivre artistement ouvragée et d'un anneau épiscopal, garni d’une émeraude. On a trouvé aussi, près de la porte de la sacristie, deux caveaux superposés et dont l’un contenait un fragment de plaque en cuivre (53 centimètres de, longueur et 21 centimètres de hauteur) offrant deux inscriptions at l’écusson de Jean Leveneur, évêque de Lisieux. Une crosse en bronze (xn* ou xin° s ) a été également découverte au milieu du chœur, dans un tombeau vide.
L'église Saint-Jacques, construite, d’un seul jet, à la fin du xve s. , est un édifice du style ogival tertiaire. Le portail principal , auquel on accède par un escalier d’une trentaine de marches, s’ouvre sur la place du Marché-aux-Bœufs, et l’abside prend jour sur le boulevard d’Orbec, près de son point de jonction avec celui de Pontl’Évêque. L’architecture extérieure est peu ornementée. La tour est restée inachevée. Le grand portail est surmonté d’un ignoble clocher en ardoises.
« L’intérieur, dit M. de Caumont, est léger et élégant. Trois nefs de longueur égale, composent, avec des chapelles placées à dr. et à g. , cette église assez vaste qui n’a pas de
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transsept. Le vaisseau est soutenu par deux rangs de colonnes monocylindriques, et sans autres chapiteaux que la pénétration des nervures des voûtes. Au reste, même sobriété de sculptures à l'intérieur qu’à l’extérieur. Il n'y a nj clefs de voûte exubérantes, ni dais, ni pinacles travaillés à jour. » De jolies verrières contribuent à l’embellissement de cet édifice. Signalons : la chapelle de la Vierge ornée de jolies peintures à fresques, par M. Daverne de Vimoutiers; des vitraux modernes composés et exécutés par MM. Marette et Duhamel, peintres-verriers, à Évreux; trois magnifiques verrières de la Renaissance (xvi* s.) représentant le Crucifiement, une des scènes de l'Apocalypse, la grande Prostituée de Ilabylone, et une Légende de la rie de saint Jacques ; une statue de la Vierge, par M. Lemainier ; les stalles (Renaissance) qui présentent des panneaux très-délicatement sculptés, et les belles stalles inférieures (style Louis XIV), provenant de l’ancienne abbaye du Val-Richer; les remarquables boiseries de l'orgue , composées dans le style fleuri du xv* s. et exécutées par M. Léonard , sculpteur sur bois à Lisieux, sur les dessins de M. l’abbé Tournesac; un curieux tableau (chapelle Saint-Ursinl refait en 1681 sur l’original, représentant :
comment les reliques de Mr saint Ursin furent apportées par miracle en cette ville, en l’an 1055, etc. Ce tableau offre une multitude de petits personnages, à pied ou à cheval, revêtus de costumes du temps.
L’église Saint-Désir, construite sous Louis XV, offre, à l’extérieur, un joli portail, et, à l’intérieur, une belle statue d’Ange au-dessus du maîtreautel; un Christ sculpté parPaulet ; et un bel autel, en chêne sculpté, du même artiste.
Le palais épiscopal est un beau monument des xvn* et xviii* s., où sont installés aujourd’hui les tribunaux et la prison. L’ancienne salle
dorée a conservé : un plafond à caissons (fin du xvn* s.) décoré de peintures polycromes et en camaïeu , et d’un tableau représentant la Découverte du feu, par Jacques Stella; une belle cheminée en bois, récemment construite dans le style du plafond, et une splendide tapisserie en cuir de Russie qui a coûté 45 fr. le mètre. — L’ancienne chambre rouge, aujourd'hui salle du Conseil , renferme deux beaux tableaux : Jupiter allaité pa la chèvre Amalthée et le duc de Bourgogne, portrait en pied. On remarque aussi un escalier monumental conduisant à la salle du Synode , aujourd'hui salle d’audience du tribunal civil et orné d’une belle grille en fer forgé, aux chiffres des Matignon (xvn* s.).
Lisieux conserve encore quelques restes de fortifications, notamment des fragments de tours du xvr s., enclavés dans des jardins. « Une seule de ces tours est remarquable, dit M. de Caumont. Commencée en 1491, elle fut achevée en 1510, mais elle a été réparée en 1587. Elle est en partie cachée par une usine. L’administration municipale n’a pas assez veillé sur ces précieux débris dont plusieurs ont malheureusement été détruits. »
Lisieux possède aussi plusieurs maisons en bois des xv* et xvi* s. Celles qui, dans la rue aux Fèvres, portent les n"* 17 et 31 sont des spécimens très-complets de la transition du style ogival à celui de la Renaissance. Elles sont ornées extérieurement de charmantes sculptures. Les maisons qui portent les n°* II, 50, 61, 63 dans la Grande-Rue, 26, 45, 51, 64, 68, 84, dans la rue des Boucheries et sur la place de ce nom, méritent d’être signalées à l’attention des archéologues.
Le musée, dont l’entrée monumentale donne sur le jardin public, est installé dans un des bâtiments annexés à l’ancien évêché. Il est ouvert tous les dimanches, de 1 h. à 4 h., et les jeudis, de 1 h. à 3 h.