‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 258 sur 499 · ROUTE 50] CAEN. — ASPECT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ROUTE 50] CAEN. — ASPECT GÉNÉRAL

versit&ire; comprenant dans sa juridiction les départ, du Calvados, de l’Eure, de la Manche, de l’Orne, de la Sarthe et de la Seine-Inférieure ; ch.-l. de la 3* subdivision de la 2* division militaire; ch.-l. de la 4* légion de gendarmerie, etc., est située à 12 kil.

de la mer, au confluent de l’Orne et de l’Odon qui y arrosent de magnifiques prairies.

« Cette ville, a dit Charles de Bourgueville, le vieil historien de Caen, au jugement de chacun qui la voit et contemple, est l’une des plus belles, spacieuses, plaisantes et délectables que l’on puisse regarder, accompagnée et embrassée de deux amples et plaisantes prairies, encloses d’assez grosses et hautes collines, au pied desquelles flue et reflue la rivière d’Orne , qui la ceint et orne selon le flot et reflot de la mer, qui l'enfle deux fois le jour, et qui faict l’un de ses trois cours depuis la chaussée Ferrée au-dessous des moulins de Montagu, tout au tour de l’un des costez de la ville vers le midy, circuit le Cercle qui est une plaisante isle et lieu de récréation, appartenante aux frères Jacobins : puis flue par dessoubs le pont Saint-Jacques, le long de deux moyennes prairies, qui séparent la ville de ce costé là, fort plaisantes, encloses d’un côté de la grosse rivière d'Orne et de l’autre de la rivière de l’Odon , auxquelles les habitants se promènent, prennent plaisir à la saison du printemps et de l’esté, mesmes les escoliers de l’Université, les uns à sauter, lutter, courir, jouer aux barres, nager en la rivière qui les enclost, tirer de l’arc et prendre toutes honnestes récréations, comme aussi font les damoiselles, dames et bourgeoises, à y étendre et sécher leur beau linge, duquel les dites prairies sont aucunes fois si couvertes qu’elles semblent plutôt blanches que vertes. »

La description suivante de Caen est empruntée à Mme de Sévigné. « Ce pays est très-beau, et Caen la plus

jolie ville, la plus avenante, la plus gaie, la mieux située, les plus belles rues, les plus beaux bâtiments, les plus belles églises; des prairies, des promenades, et enfin, la source de tous nos plus beaux esprits. »

« La plus grande longueur de la ville de Caen, dit M. G.-S. Trébutien {Caen, précis de son histoire , ses monuments), soit qu’on la prenne de la Demi-Lune jusqu’à l’extrémité de la rue de Bayeux, soit qu’on la mesure de ce dernier point à l’extrémité de Calix, dans le faubourg Saint-Gilles, est d’environ 3500 mèt., en droite ligne.

« On jouit à Caen d’une température assez douce, mais généralement humide. Les vents du N. O. et du S. O. sont ceux qui y soufflent le plus habituellement.

« Ses monuments, ses quais et ses promenades, notamment celles qui sont situées sur les bords de l’Orne, en rendent le séjour agréable, et lui assignent un rang distingué parmi les villes de France.

« L’aspect de Caen , pris des hauteurs qui dominent la plaine, est de l’effet le plus pittoresque. On remarque surtout l’admirable clocher de Saint- Pierre avec ses dentelures et ses trèfles à jour; ceux de Saint-Sauveur et de Saint-Nicolas ; les deux flèches de Saint-Étienne; la tour Saint-Jean et la masse du vieux château, privé de son donjon et de ses créneaux. La vallée de l’Orne où les voiles des navires apparaissent au milieu de la verdure des arbres ; la forêt de Cinglais , dans le lointain , et les horizons bleus du Bocage forment la perspective de ce magnifique tableau. »

Les points d’où l’on jouit le mieux du panorama de la ville sont le pied du Calvaire, situé sur la route de la Délivrande, et le haut du coteau qui domine la prairie, à l’extrémité de la rue Branville.

Depuis l’ouverture du chemin de fer de Paris à Cherbourg et du canal de Caen à la mer, Caen a fait de grands efforts pour s’embellir à l’instar de

FR. NORMANDIE

Paris et de Rouen ; des quartiers nouveaux y sont élevés; les quartiers anciens ont été assainis. La ville de Caen doit au maire actuel, M. F. -G. Bertrand, député au Corps législatif, la plupart de ses embellissements modernes, qui l’ont peut-être rendue plus salubre, mais qui lui ont fait perdre en partie son aspect pittoresque si cher aux artistes.

Histoire.

L’origine de Caen est fort obscure. Un document du commencement du xi* s.

constate que Caen n'était à cette époque qu'un bourg ou plutôt un lieu de péage. C’est de la seconde moitié du xi* s. que date la construction du château de Caen, ibâti par Guillaume le Conquérant qui Gt entourer la ville de remparts, y fixa l’Échiquier, y éleva deux palais et y fonda deux abbayes et des hôpitaux. Lanfranc. dont on peut lire la vie dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie (t. VIII), mis par lui à la tète de l’abbaye de Saint- Étienne, attira un grand nombre de savants et deux nouveaux quartiers se formèrent autour des abbayes. Un concile provincial, tenu à Caen en 1061, imposa la Trêve de Dieu à tous les seigneurs normands. Le même concile promulgua la loi du Courre- feu, destinée à réprimer un grand nombre de désordres et de crimes. En (083, la reine Mathilde fut inhumée dans l'abbaye de la Sainte-Trinité, où l'on peut voir encore le marbre qui recouvrait sa tombe, avec l’inscription qui y fut alors gravée; cinq ans après, l’abbaye de Saint- Étienne reçut la dépouille mortelle de Guillaume le Conquérant, dont elle ne conserve plus qu'un des ossements. Robert Courte-Hcuse et Henri I*r, son frère, fils et successeurs du Conquérant, étendirent l’enceinte de la ville, exhaussèrent les murs du château et firent construire le donjon; mais ces fortifications ne purent résister à l’attaque d'Édouard III, roi d’Angleterre, qui ordonna, dans un premier accès de colère, d’incendier la ville, arrêt qu’il révoqua sur les représentations du comte d'Harcourt. Pendant trois jours, la ville fut livrée à toutes les horreurs du pillage. Après le départ du vainqueur, les habitants s’occupèrent de relever leurs murailles; mais la peste noire, en 1348, une nouvelle guerre, suscitée en 1358, par les intrigues de Charles le Mauvais, la né-

cessité de fournir, en 1360, des otages pour la paix de Brétigny et de l’argent pour la rançon du roi Jean, furent pour eux de dures épreuves.

Caen jouit d'une tranquillité parfaite pendant les dernières années du XIV* s. et le commencemeni du xv*, jusqu'à l’arrivée d’Henri V qui débarqua, en (417, à l'embouchure de la Touques, â la tète d’une armée formidable. Malgré l’héroïque résistance des Caennais, qui disputaient le terrain pas à pas aux soldats anglais, la ville tomba au pouvoir de l’étranger. Les Anglais, qui la gardèrent pendant 33 ans, la fortifièrent le mieux qu’ils purent. Charles VII, en 1450, la reprit par capitulation et, depuis lors, Caen n’a plus cessé d’appartenir à la France.

Les guerres de religion causèrent à Caen d’assez graves désordres, car les Calvinistes, excités par les prédications du ministre Cousin, se soulevèrent, le 8 mai 1567, et livrèrent, pendant deux jours, la ville au pillage.

Caen ne prit aucune part au massacre de la Saint-Barthélemy, ni aux excès de la Ligue; mais la tranquillité y fut un moment troublée parla révolte des princes, en 1 630. « La révocation de l’édit de Nantes (1685), dit M. Chéruel (Villes de France), eut pour Caen les conséquences les plus funestes. Treize ans plus tard, l’intendant decette ville, Foucault, rédigeant pour le duc de Bourgogne une statistique de la généralité de Caen, attribuait à cette cause la ruine du commerce dans la basse Normandie. Cette mesure inique fut exécutée avec des circonstances odieuses.

Démolition du temple en présence des milices bourgeoises, logement de 1600 soldats chez les huguenots de Caen, emprisonnement d’un grand nombre d’entre eux dans des abbayes et de leurs filles dans des couvents de femmes; privation de sépulture quand les protestants refusaient d'abjurer au lit de mort : tout se réunit pour donner à cette persécution un caractère atroce (1685-1687). Le fanatisme populaire vint encore l’aggraver. Comme le bruit s’était répandu, en 1688, qu’une flotte hollandaise allait attaquer la Normandie, la populace de Caen se souleva et maltraita les protestants qu’elle accusait d intelligence avec les ennemis de la France. Peu s’en fallut que les huguenots ne fussent massacrés. »

Lorsque la Révolution éclata, la population, ameutée par la disette, se porta à quelques excès. M. de Belzunce, major du régiment de Bourbon, ayant voulu les

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