ROUTE 50] CAEN. — ÉDIFICES RELIGIEUX
réprimer, fut impitoyablement égorgé en plein jour; mais l’ordre fut bientôt rétabli. Plus tard, Bczot, Gorsas, Pétion, Louvet, Barbaroux, Guadet, Riouffe, et plusieurs autres illustres Girondins proscrits après la séance du 31 mai 1793, furent accueillis avec enthousiasme par les habitants de Caen. « Les Girondins, dit M. Chéruel, les remercièrent de leur hospitalité par ce couplet de la Marseillaise normande ;
« Cité républicaine et ftère,
Caen, sois la Marseille du Nord;
Porte toujours sur ta bannière :
Le règne des lois ou la mort I Dans ton enceinte hospitalière,
Tu reçus nos représentants :
Ah! qu’aux Français reconnaissants Ta gloire à jamais sera chère! »
C’est à Caen même que Charlotte Corday, de la famille de Corneille, vit les Girondins et conçut le projet d'affranchir la France du règne de la Terreur en immolant Marat.
Parmi les hommes remarquables que Caen a vus naître, nous signalerons :
François Malherbe; J. Renaud de Segrais; J.-L. Malfilàtre; l’abbé de Boisrobert, favori du cardinal de Richelieu; les savants Samuel Bochart, Tannegui-Lefèvre, Pierre- Daniel Huet, évêque d’Avranches; les historiens de Bras, sieur de Bourgueville, et l’abbé De La Rue; Bailly, le fabuliste; le lieutenant-général De Caen ; et les compositeurs Choron et Auber.
Édifices religieux.
L’église Saint-Étienne ou de l’abbaye aux hommes (mon. hist.), commencée en 1066, par Guillaume le Conquérant qui la destinait à recevoir sa dépouille mortelle (elle a été fondée ainsi que l’abbaye do la Sainte-Trinité, en expiation du mariage de Guillaume avec Mathilde, sa parente, à un degré prohibé), achevée en 1077, sous l’archiépiscopat de Lanfranc, est l’un des plus majestueux édifices religieux de la Normandie. Elle offre, dans son ensemble, trois styles différents. La façade est bâtie avec cette belle pierre de Caen qui s’exporte maintenant jusqu’en Amérique. Le portail se distingue plutôt par la sévérité que par l'élégance de son style ; mais les fours, construites vers 1200 , sont
très-remarquables. Une grosse tour décapitée, qui avait jadis 124 mèt.
de hauteur, s’élève au point d’intersection de la nef et des transepts.
Quatre beaux clochetons en forme de pyramide accompagnent l’abside. L’église a la forme d’une croix latine et une longueur de 115 mèt. sur une largeur de 27 mèt.
L’aspect intérieur du vaisseau frappe tout d’abord par son caractère de simplicité grandiose. De chaque côté de la nef, s’élèvent des demicolonnes montant jusqu’à la voûte, alternativement triples et simples ; leurs chapiteaux, consistant en feuillage sans ornement, soutiennent les arcades en plein cintre qui séparent la nef desdeux ailes.
Le chœur date de la fin du xm" s.
ou du commencement du xiv*. Les collatéraux, qui s’étendent de chaque côté de la nef, se prolongent et se rejoignent derrière le chœur, autour duquel rayonnent 16 chapelles.
Les restes de Guillaume le Conquérant, plusieurs fois profanés, reposent au milieu du sanctuaire, sous une dalle de marbre noir sur laquelle on lit l'inscription suivante :
HIC SEPULTUS EST INVICTISSIMUS OUILLELMUS CONQUESTOR NORMANNORUM DUX ET ANGLIÆ REX HUJUS CB DOMUS CONDITOR QUI OBI1T ANNO M. LXXXVII.
« Les funérailles du Conquérant, dit M. Chéruel, furent signalées par de tristes incidents. Déjà, à Rouen, ses gens l’avaient volé, après sa mort, et s’étaient enfuis laissant le cadavre à nu sur le plancher. La pitié d’un vieux serviteur l’avait recueilli et transporté à Caen. Là, au moment où le clergé se préparait à le déposer dans le caveau funéraire de Saint- Etienne, une voix s’éleva de la foule et poussa le cri de haro! « Ce terrain
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est à moi, s’écria Asselin, fils d’Arthur; c’était l'emplacement de la maison de mon père ; l’homme pour lequel vous priez me l’a pris de force pour y bâtir son église. Je n’ai point vendu ma terre ; je ne l’ai point engagée; je ne l’ai point forfaite; je ne l’ai point donnée ; elle est de mon droit, je la réclame. Au nom de Dieu, je défends que le corps du ravisseur y soit placé, et qu’on le couvre de ma glèbe. « La protestation de cet homme suspendit la cérémonie; une enquête, faite immédiatement, constata la vérité de ses paroles ; les évêques et les barons présents achetèrent 60 sous les quelques pieds de terre oh allait reposer le conquérant de l’Angleterre. Le corps du roi était dans un cercueil, revêtu de ses habits royaux. Lorsqu’on voulut le placer dans la fosse, qui avait été enduite de maçonnerie, elle se trouva trop étroite; il fallut forcer le cadavre et il creva. On brûla des parfums et de l’encens en abondance, mais ce fut inutile ; le peuple se dispersa avec dégoût, et les prêtres euxînêmes, précipitant la cérémonie, désertèrent bientôt l’église (1087). »
La sacristie, qui est fort belle, contient un portrait très-ancien de Guillaume le Conquérant.
Les orgues, longtemps attribuées à dom Bedos, sont angées parmi les plus belles et les plus puissantes de France; elles ont été récemment restaurées. La chaire est une des plus anciennes et des plus belles de la Normandie.
L’église de la Trinité ou l’ahbaye aux Dames, mon. historique, fondée en 1066, par la reine Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, a été depuis plusieurs années restaurée presque complètement sous l’habile direction de M. Ruprich Ro bert, architecte des monuments historiques. Construite en même temps que celle de Saint-Étienne, elle est plus petite, moins élevée et ornée d’un plus grand nombre de moulu-
res. Trois tours carrées la surmontent : l’une au centre, les deux autres de chaque côté du portail roman complètement restauré ; ces tours portaient jadis des pyramides octogonales que Charles V et Duguesclin firent, dit-on, abattre vers 1360 pour des raisons stratégiques. Les balustrades, qui en forment le couronnement actuel, ont été construites dans les premières années du xvm" s.
Le plan de l’église est en forme de croix latine. La nef se fait remarquer par la disposition et l’élégance des galeries qui terminent les travées. Le chœur est peu spacieux. Le sanctuaire, élevé sur plusieurs rangs de degrés, offre un péristyle à double étage, de forme demi-circulaire et surmonté d'une coupole peinte à fresque. Il existe sous le chœur une fort belle crypte dont la voûte est soutenue par 36 colonnes. Cette crypte servait au • Irefois à la sépulture des abbesses. Mathilde, la duchesse reine, fut inhumée dans l’abbaye de la Sainte-Trinité. Sa tombe, après avoir subi de nombreuses vicissitudes, a été restaurée .en 1819 et placée au milieu du chœur réservé aux religieuses de l’hôpital. Sur la table de marbre se lit une épitaphe en caractères du xi® s.
L église Saint-Pierre, mon. hist., située au centre de la ville et déjà dégagée d’un côté, est l’ouvrage de plusieurs siècles. La tour qui la surmonte, élevée en 1308, appartient au style gothique. Sa hauteur est de 70 mèt. « Cette tour est surmontée, dit M. de Caumont, d’un trottoir garni d’une balustrade en pierre, et de 8 clochetons à jour, délicatement travaillés. La pyramide terminale, construite en pierres de 6 à 7 pouces d’épaisseur, liées les unes aux autres au moyen de crampons de fer, est percée, sur les faces de l’octogone, par 48 ouvertures en forme de rosaces, et garnie de crochets sur les angles ; elle est d’une telle solidité, que les intempéries des saisons ne l’ont point altérée, »