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ROUTE 50] CAEN. — ÉDIFICES RELIGIEUX

« Belle entre les plus belles flèches, s'écrie M. Julien Ti avers, elle a toute la pureté et la grandeur de l’inspiration catholique dont elle exprime l’idéal sévère, saisissant et sublime. »

Le grand portail, qui date du xiv* s., était orné de sculptures en reliefs, qui représentaient divers épisodes de la vie de saint Pierre. Le portail latéral, placé sous la tour, a été restauré en 1600. La façade O est en partie de la fin du xiv* s.

Le chœur, en partie du xiu* s., et la nef, en partie du même siècle que la tour, ont été complètement retouchés au xv* et au xvi* s. On remarque, sur le chapiteau du troisième pilier de la nef, à g., des sculptures assez curieuses représentant des sujets tirés des anciens fabliaux ou des romans de chevalerie. Les voûtes du chœur et les chapelles de l’abside, chef-d’œuvre d’Hector Sohier, architecte né à Caen, mais trop surchargées d’ornements, commencées en 1521, sont d’une élégance et d’une richesse remarquables.

Cette partie de l’église se distingue surtout parla variété et la multiplicité des décorations. 11 est à regretter que les autels forment un contraste si choquant avec l’architecture.

L'église Saint-Jean, monument historique, est un spécimen du style ogival de la dernière époque. La nef offre quelques parties du xiv°s., ainsi que les étages inférieurs de la tour du portail. Des travaux de consolidation, entrepris en 1842, ont altéré, d’une façon regrettable, le portail qu’entourent des constructions parasites. L’élégance de la tour centrale fait regretter que sa construction n’ait pû être terminée. On assure qu’elle s’affaissait à mesure qu’on l’élevait, en raison du peu de solidité que le terrain présente en cet endroit.

L'intérieur de l’église est écrasé et lourd. On y remarque : des fragments d’anciens vitrauxd’une grande richesse de composition; les vitraux du chœur et de quelques chapelles, placés en 1854; le pavage du chœur, en briques

émaillées avec mélange de marbre.

(1852), et les sculptures curieuses (pains, pâtés et instruments de profession) qui ornent l’ancienne chapelle de la confrérie des boulangers.

L’église Saint-Sauveur, ancienne église Notre-Dame, se compose de deux églises voûtées en bois, accolées dans le sens de leur longueur et réunies par une vaste arcade très-curieuse. La tour, qui paraît être du xiv° s., ressemble à celle de Saint- Pierre, mais elle est moins élevée et beaucoup moins élégante. L’abside Saint-Eustache, dans le style de la Renaissance, n’est probablement pas antérieure à 1520. L’autre abside, avec ses fenêtres festonnées et chargées de riches ciselures, ne peut remonter au delà de la seconde moitié du xv* siècle. On peut assigner la même date aux fenêtres et aux sculptures de la muraille latérale qui masque la tour.

La porte en bois du grand portail est intéressante. A l’intérieur on remarque, aux fenêtres de l’abside, quelques restes de vitraux peints dont la composition et l’éclat des couleurs attestent l’ancienne magnificence.

Mais des restaurations modernes ont défiguré la plus belle de ces antiques verrières. Du reste, comme toutes les églises de Caen, l’église Notre- Dame a eu beaucoup à souffrir du vandalisme des restaurateurs. Dans une des chapelles de g. de la nef, le grattage a mis à jour une fresque curieuse qui paratt du xvi* s. et qui représente un évêque avec le nimbe.

Le mur a été défoncé, les inscriptions effacées et transposées. Des peintures murales doivent être prochainement exécutées dans cette église, sous la direction de M. le comte de Galembert.

L’église de Vaucelles (Vaucelles formait autrefois une localité indépendante de Caen) possède un chœur et des chapelles du xv* s., une tour latérale romane du xi* ou du xii* s., ornée d’arcatures cintrées et terminée par un toit pyramidal à quatre

pans, une nef et des collatéraux du xvr s., une façade et une tour en coupole de 1780. On remarque, du côté du N., une jolie porte, délicatement sculptée , qui parait être du xvr s.

La première pierre de l’église de la Gloriette ou des Jésuites, bâtie en 1684, dans le Pré des L'sbats, parce que, dit M. Trébutien, la jeunesse s’y livrait à divers amusements, et notamment à celui du Papegay, fut posée par le poète Segrais. Cette église renferme un bel autel formé de 6 colonnes de marbre, provenant de l’abbaye-aux-Dames.

Signalons encore : — l 'église Saint- Nicolas, monument historique, occupée par l’administration militaire et présentant le type de l’architecture romane secondaire (1083), sauf la tour qui appartient aux derniers temps de la période ogivale (l’abside est couronnée par un toit conique en pierre); — l'église Saint-Ouen, dont les parties les plus anciennes datent de la fin duxv» s. ; — le Vieux- Saint-Étienne, curieux spécimen de l’architecture anglo- normande du xv* s., que la société des Antiquaires de Normandie a sauvée, en 1850, d’une destruction imminente ; — l'ancienne église Saint-Sauveur (aujourd’hui l’établissement des halles) qui a conservé de beaux piliers du xu” s.

et quelques jolis débris de sculptures; — la petite église Saint-Julien, située à l’extrémité de la promenade (portail du xv* s.), semblable à une église de village ; — l 'église des Bénédictines (ancienne église des Cordeliers), en grande partie de la fin du xvi* s. ; — V église collégiale du Sépulcre, convertie en magasin par l’administration de la guerre et en grande partie moderne, à l’exception d’une porte romane et de quelques restes de murs ; et Véglise Sainte-Paix, dont il ne subsiste que quelques vestiges et dont les débris dépendent de l’usine à gaz pour l’éclairage de la ville. Quelques-uns des bas-reliefs qui ornaient autrefois cet édifice, se voient

encore au musée de la Société des Antiquaires.

Édifices civils.

Le’château, fondé par Guillaume le Conquérant, a compté Duguesclin parmi ses gouverneurs. Les fortifications en furent continuées par Henri I*r, roi d’Angleterre, reconstruites par Louis XII, par François I*r, et à une époque plus récente encore. En 1793, les représentants du peuple, Romme et Prieur y furent emprisonnés, et l’on prétend que c’est dans ce donjon que Romme composa son calendrier républicain. Quelque temps après, le donjon fut abattu par ordre de la Convention. Ce donjon, bâti par Henri Ier, fils du Conquérant, était comme un château dans le château même. Il avait ses fossés à part et son enceinte de hautes murailles, flanquées de quatre grandes tours rondes, que l’on appelait le Cheval-Blanc, le Cheval- Noir, le Cheval-Rouge et le Cheval- Gris. Au milieu du donjon s’élevait une grosse tour carrée qui dominait toute la place. Il ne reste plus de trace du palais des ducs de Normandie mais on peut voir, dans l’enceinte du château, la petite église de Saint- Georges, reconstruite presque entièrement à la fin du xv* siècle et, en face, un autre édifice du style roman du xi* s., qui a longtemps passé pour une ancienne église et qui avait été une cour de justice, une sorte de Westminster-Hall en miniature. Cet édifice sert aujourd’hui de magasin pour l’artillerie de la place. La partie la plus intéressante des murs d’enceinte actuels est la porte de Secours, précédée autrefois d’un pont-levis et défendue par des tours qui ont été abaissées.

L’hôtel de ville, établi dans l’an-

I. Les ducs de Normandie avaient, au château de Caen, une magnifique demeure mentionnée dans plusieurs chartes. C’est là que logèrent François !•*, en 1531, Charles IX, en 1563, et Henri IV, en 1603, lorsqu'ils vinrent à Caen.

[Route 50] CAEN.

cien séminaire des Eudistes, occupe tout un côté de la place royale. Cet édifice, sans caractère architectonique, renferme le musée de peinture et la bibliothèque publique (K. ci* dessous). On remarque, dans la cour d’honneur, des groupes en bronze et en terre, par Auguste Lechesne, sculpteur caennais, représentant les Dénicheurs , la Délivrance et la Reconnaissance, la Chasse au sanglier.

La salle des délibérations du Conseil municipal est décorée de peintures intéressantes et de médaillons.

Le palais de Justice, construit de 1784 à 1787, est situé sur la place de Fontette d’où il domine les prairies.

L’intérieur est mesquin, exigu et mal distribué.

L’hôtel de la préfecture, vaste bâtiment eDtouré de beaux jardins et de jolies promenades, n’a aucune valeur architecturale, quoiqu’il ait coûté des sommes énormes.

La salle de spectacle, inaugurée en 1838, peut contenir 1200 spectateurs.

L’extérieur n’offre rien de remarquable. L’intérieur, bien disposé, est décoré avec goût.

La gendarmerie est un palais tout moderne, qui a coûté plusd’un million pour loger 25 gendarmes.

Presque en face, on remarque un beau lavoir public achevé en 1863.

Musée. — Bibliothèque.

Le musée de peinture, ouvert pour la première fois le 2 décembre 1809, compte aujourd’hui près de 400 tableaux, parmi lesquels on peut en citer plusieurs de premier ordre; il mérite la visite de tous les étrangers. M. Georges Mancel, ancien conservateur de la bibliothèque, en a publié un catalogue dont la deuxième édition date de 1861.

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