ROUTE 51] SAINT-MARCOUF. — VALOGNES
du xiv* s.; la statue de Saint-Marcouf est placée dans une niche, au-dessus de l’ouverture qui permet de pénétrer
dans la fontaine.]
La voie ferrée passe en vue de Flottemanville (558 liab.) et de Lieusaint (1173 hab.), où a été découvert un très-curieux cercueil gallo-romain en plomb, acheté par le musée de Saint-LÔ. On croise la route de Coutances à 2 kil. de
343 kil. Valognes (omnibus, 30 c.
le jour et 40 c. la nuit; — hôt. : du Grand-Turc; du Louvre), V. de 5812 hab., ch.-l. d’arrond. du départ, de la Manche, située 4 30 met. d’altil., sur le Merderet, au centre de la presqu’île du Cotentin.
Valognes comptait jadis une population double de celle qu’elle possède aujourd’hui; elle était le siège d’une vicomté qui possédait cinq seigneuries, deux amirautés, etc. Elle a conservé d’assez beaux hôtels habités autrefois par des marquis et des barons qui singeaient les mœurs des grandes villes et avaient fait de Valognes un petit Paris, comme a dit Lesage. Au cinquième acte de Turcaret, le Marquis adresse des compliments de cour à Mme Turcaret qui répond :
« — Ces flatteries-là, monsieur le marquis, pourraient me convenir en province, où je brille assez, sans vanité, J'y suis toujours à l’affût des modes; on me les envoie toutes dès le moment qu'elles sont inventées, et je puis me vanter d’étre la première qui ait porté des prétentailies dans la ville de Valognes.
Lisette, à part. — Quelle folio!
La baronne. — U est beau de servir de modèle à une ville comme celle-là.
Madame turcaret. — Je l’ai mise sur un pied! j’en ai fait un petit Paris, par la belle jeunesse que j’y attire.
LE marquis, aceo ironie. — Comment?
un petit Paris? Savez-vous bien qu’il faut trois mois de Valognes pour achever un homme de cour?
Madame Turcaret, à la baronne. — Oh! je ne vis pas comme une dame de campagne, au moins. Je ne me tiens point
enfermée dans un château; je suis trop faite pour la société. Je demeure en ville; et j’ose dire que ma maison est une école de politesse et de galanterie pour les jeunes gens.
Lisette. — C'est une façon de collège pour toute la basse Normandie.
Madame Turcaret, à ta baronne. — On joue chez moi, on s’y rassemble pour médire, on y lit tou9 les ouvrages d’esprit qui se font à Cherbourg, à Saint-Lô, à Coutances, et qui valent bien les ouvrages de Vire et de Caen. Il s’y donne aussi quelquefois des fêtes galantes, des souperscollations. Nous avons des cuisiniers qui ne savent faire aucun ragoût, à la vérité; mais ils tirent les viandes si à propos, qu’un tour de broche de plus ou de moins, elles seraient gâtées.
Le marquis. — C’est l’essentiel de la bonne chère.... Ma foi, vive Valognes pour le rôti !
Madame Turcaret. — Et pour les bals!
nous en donnons souvent. »
Le Valognes d’aujourd’hui n’est plus le Valognes du temps de Turcaret. L’herbe crott dans les cours de ses vastes hôtels déserts et toute son industrie consiste en quelques fabriques de blondes ou de dentelles.
Valognes doit être fort ancienne, puisque ptolémée, qui l'appelle Crociatonum, l'indique comme la capitale des Veneli.
Quoi qu'il en soit, elle existait avant le ix* s. Guillaume le Bâtard y résida assez fréquemment. C’est à Valognes même qu’il fut averti par son ûls, au milieu de la nuit, de la conspiration des seigneurs du Cotentin et du Bessin, qui se proposaient de le surprendre et de l’assassiner; il monta aussitôt à cheval, et ce ne fut pas sans peine qu’il parvint à gagner sa citadelle de Falaise (1047).
Pendant trois siècles l’histoire reste muette sur Valognes. En 1340, Édouard III, roi d’Angleterre, prit la ville, la pilla et y biùla plusieurs maisons. En 1354, un traité, qui y fut conclu, la céda à Charles le Mauvais, roi de Navarre. Après la victoire de Cocherel (1364), Duguesclin vint l’assiéger; elle n’etait défendue que par son château, qui opposa vainement une résistance héroïque; mais, l’année suivante, quand Duguesclin eut été fait prisonnier à Auray, elle fut rendue au roi de Navarre. En 1404, Charles III la céda à Charles VI, roi de France. Les Anglais s'en rendirent maitresen 1418; trente ans plus
DE PARIS A CHERBOURG
tard, elle fut reprise par Dunois, pour la France qui la perdit en 1450, la reconquit quelques mois après, et qui l’a possédée depuis. — En 1562, les protestants attaquèrent inutilement Valognes, dont ils s'emparèrent en 1574, et où ils commirent de déplorables excès. — Enfin, pendant les guerres de la Fronde, le maréchal de Matignon s'empara, après treize jours de tranchée ouverte, du château de Valognes, qui, 40 ans plus tard, fut démoli par ordre de Louis XIV.
Valognes a vu naître : Landry, poète du xn* s.; le Tourneur, traducteur de Shakspeare, et le célèbre médecin Vicq d’Azyr.
L'église, en partie de la fin du xv* s., offre, à l'extérieur , un dôme pyriforme central plus moderne, et d’un effet général très-bon, quoique les détails soient mauvais, dit M. Parker, et une tour carrée latérale flanquée de contre-forts et terminée par une pyramide. A l’intérieur, on remarque des vitraux modernes et les belles boiseries sculptées du chœur. Nous signalerons, en outre : l'hospice, établi dans l’ancien couvent des Bénédictines, l’hôtel de ville et le palais de justice, constructions modernes, et enfin, la bibliothèque, instillée, ainsi que le collège , dans l’ancien séminaire , construit en 1654. La bibliothèque (15 000 volumes) renferme, outre plusieurs débris d’antiquités, le couvercle du tombeau de Richard de Réviers, fondateur de l’abbaye de Montebourg, et un autel mérovingien provenant de l'église de Ham (K. p. 333), etc. Cet autel est de forme carrée; la table a 14 c. 5 millim.
d’épaisseur; il porte plusieurs inscriptions qui donnent la date de 667.
Des restes importants de constructions romaines (temple, aqueduc, théâtre) prouvent l’importance de l’antique Allonia ou Alauna dont Alleaume, faubourg de Valognes, occupe aujourd’hui l’emplacement. Alleaume possédait aussi de magnifiques thermes; il en reste encore de belles murailles construites en petit appareil, avec chaînes de briques. Les eaux étaient amenées par un aqueduc.
[Voit.de corresp. pour : — (18 kil.) Saint-Vaast, par (16 kil.) Quettehou (R. 89) ; — (15 kil.) Saint-Sauveur (R. 88)].
De Valognes à Coutances, R, 88; — à Bai lleur, R. 89.
Au delà de la station de Valognes, les accidents de terrain s’accentuent davantage. Le chemin de fer décrit de nombreuses courbes pour suivre les sinuosités des vallées et franchit trois fois la Douve. A dr., vers le N. , sur un des coteaux de la rive dr. de la Douve, est le village de Brix (2485 hab.), où se voient les restes d’une vaste forteresse démolie au xui* s. et dont les matériaux servirent en partie à la construction de l’église actuelle.
Brix fut le berceau des Bruce, qui donnèrent à l’Ecosse l’illustre Robert Bruce. On voit à Brix l’arbre le plus haut du pays ; c’est un hêtre de 7 met. de circonférence.
353 kil. Sottevast, v. de 922 hab., situé à g., tout près de la station. On aperçoit, du même côté, un château construit sous le règne de Louis XIV (il appartient à M. de Ouvré) et une usine neuve mise en mouvement par les eaux de la Douve.
[Excursion à (7 kil.) Bricquebec, ch.-l. de c. de 3969 hab., situé presqu’au milieu de l’ancienne forêt de son nom. Le château (mon. hist.), bâti au centre du bourg, au bas de la place des Buttes et près d’un ruisseau dont les eaux alimentaient autrefois ses fossés, fut commencé au xiv* s. et achevé seulement vers la fin du xvi*.
Ses ruines imposantes sont dignes de la visite des touristes. Le donjon octogonal (xiv* ou xv*s.) est bâti sur une éminence. Les parties conservées de la grande salle du xu* s., sont trèscurieuses; dit M. Parker; elles auraient besoin d’être longtemps étudiées pour être expliquées, et les murs d’enceinte, en grande partie debout, ont subi de rudes atteintes.
Des traces de l'architecture du xi* s.
se rencontrent sur certains points