‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 302 sur 499 · BOURGTHEROULDE · texte numérisé non relu

BOURGTHEROULDE

pays, que les personnes, à foi vive, qui visitent ce tertre la nuit qui précède la fête de saint Jean-Baptiste , y entendent les sons harmonieux d’une musique souterraine. »

De Montfort à Pont-Audemer, R. 44, A.

Lavoie ferrée, décrivant une courbe vers le N. E. , s’engage d’abord dans une tranchée profonde, puis, à l’entrée de la forêt de Montfort, dans un tunnel de 840 mèt. On traverse ensuite la forêt à ciel ouvert, et, en en sortant, on laisse à g. Écaquelon (964 hab.), village qui offre dans son voisinage de nombreux débris de constructions romaines. L’église, de la Renaissance (xvi* s.), bâtie dans un vallon, a conservé quelques fragments d’anciens vitraux.

25 kil. Saint-Léger-Boisset , station qui a dû son nom à deux villages voisins : Saint-Léger et Boisset, ou Boisset-le-Châtel (442 hab.); ce dernier, situé sur la dr., à 1500 mèt. de la station, possède sur son territoire les ruines de l’ancien château fort de Tilly, que les Ligueurs occupaient en 1 589. On reconnaît encore la place du donjon qu’entourait autrefois un large et profond fossé. Le château actuel , bâti dans le style de la Renaissance, est l’un des plus beaux de la Normandie. La brique y est disposée dans la construction de manière à former des dessins gracieux et variés.

On traverse un plateau insignifiant sur lequel on passe entre Basville (g.) et Beuville-en-Boumois (dr.).

33 kil. Bourgtheroulde, ch.-l. de cant. de 751 kab. , situé à 3 kil. environ sur la dr. du chemin de fer, n’a conservé de son magnifique château, détruit en 1794, que le pavillon d’entrée et le colombier. L’église, surmontée d'une tour carrée du xv* s., possède quelques beaux vitraux de la Renaissance. Ce fut un des seigneurs de Bourgtheroulde , Guillaume le Roux d’Esneval, deuxième de nom, qui commença à Rouen le célèbre hôtel de ce nom (F. page 65).

[Voit, de corresp. pour : — (2t kil.) Boumeville (R. 45) ; — (12 kil.) Routot (R. 44). J

Après avoir, au delà du château du Perrey (à g.), franchi la limite qui sépare les départements de l’Eure et de la Seine-Inférieure, la voie ferrée entre dans la forêt de la Londe, où elle traverse de no’mbreuses et hautes tranchées.

La forêt de la Londe. qui précède celle de Rouvray, quand on vient de Serquigny, est située sur la commune dont elle porte le nom. Sa contenance est de 2197 hectares. Elle couvre le plateau qui sépare Elbeuf de la Bouille et domine, sur ces deux points, la rive g. de la Seine. On peut aller, en traversant la forêt de la Londe, de la Bouille à Elbeuf, et revenir à Rouen par le bateau ou le chemin de fer ; on jouit ainsi des beaux points de vue que l’on découvre de la côte de la Bouille avant d’entrer dans la forêt, et de la côte du port du Gravier, avant de descendre dans la plaine d’Elbeuf. La distance est d’environ 15 kil.

De profondes tranchées précèdent la station de

40 kil. La Londe, v. de 1645 hab., situé sur la dr., à près de 5 kil. du chemin de fer, au milieu des bois.

La station est établie sur la route de Rouen à Bordeaux, à 3 kil. de la Bouille (R. 42) , et à 6 kil. de Bourgtheroulde.

On passe dans deux souterrains séparés par de nombreuses tranchées et dont le premier, faisant suite à la station de la Londe , a 80 mèt. de longueur; le second, dit souterrain du Baural, est long de 100 mèt. Sur le territoire de la c. d’Orival (1740 hab.), s’ouvre le souterrain de ce nom (395 mèt.), à la sortie duquel on découvre une belle vue sur Elbeuf et la vallée de la Seine, avant de franchir le fleuve sur un viaduc qui, composé de six travées en fer, dont quatre de 50 mèt. et deux de

40 mèt., repose sur deux culées et 5 piles formées chacune par deux colonnes en fonte remplies de béton de ciment. Ces piles et culées ont été descendues au moyen de l’emploi de l’air comprimé, jusqu’à des profondeurs variant de 13 mèt. 50 c. à >6 mèt. 35 au-dessous de l’étiage. Un long remblai précède Ja station d’Elbeuf, établie sur la rive dr. de la Seine, dans la c. de Saint-Aubin.

49 kil. Elbeuf (hôt. : — de l’Europe, rue de la Barrière, 47 ; — d'Elbeuf, rue Saint-Jean; — du Bras d' Or, près du pont; — Désormeaux, loueur de voitures, rue Saint-Jean; — Belliard, libraire; — Télégraphie, à l’hôtel de ville ; — Journal d’ Elbeuf, paraissant le jeudi et le dimanche), V. de 20 692 hab. , ch.-l. de cant. du départ, de la Seine-Inférieure, est très-agréablement située au pied de plusieurs collines boisées, sur la rive g. de la Seine, vis-à-vis de Saint-Aubin, avec lequel elle communique par un pont suspendu. « Son port, disait M. Mathieu Bourdon , à a 30“ session du Congrès de l’assoiation normande, tenue à Elbeuf en 1862, n’alimente pas seulement les besoins commerciaux de la ville et du canton, il reçoit encore, à destination d’une grande partie du département de l’Eure', des matériaux de construction, des denrées et marchandises, et sert de transit, par la voie fluviale, aux produits agricoles des riches et fertiles plaines du Neubourg et du Roumois.

« Deux entreprises de bateaux à vapeur entretiennent chaque jour d’utiles et nombreuses relations entre la ville de Rouen et tous les intérêts qui, pour y aboutir, ont fait d’Elbeuf leur point central de départ ou de passage ; il n’y a pas d’exagération à évaluer à mille par jour le nombre des voyageurs qui usent de ce mode de locomotion.

t. L’ouverture du chemin de ferdeSerquigny à Rouen a dû modifier cet état de chose*. >

Elbeuf n'a pas d’histoire, ou plutôt son histoire est celle de son industrie principale, la fabrication des draps, qui, florissante sous Colbert, abattue par la révocation de l’édit de Nantes, ne se releva qu’au commencement de ce siècle. « C’est une ruche, disait Napoléon en 1802, en partant d’Elbeuf, tout le monde y travaille. *

L’industrie de la fabrication des draps et des articles de nouveauté utilise à Elbeuf 91 machines à vapeur (force nominale de 749 chevaux, effective de plus de 100<»), fait mouvoir 5 usines hydrauliques (forces de 20 à 25 chevaux-vapeur) , et compte « plusieurs établissements complets, où la laine entre en toison pour en ressortir à l’état de produit fabriqué, notamment ceux de MM. Victor Grandin, Théodore Chennevière et Charles Flavigny, sans parler de beaucoup d’autres manufactures importantes, mais où l’on ne rencontre pas tout l’outillage nécessaire aux opérations qui concourent, sous tant de formes, à la fabrication. C’est pourquoi il a été créé, pour y suppléer, de vastes établissements à façon ; 21 grandes teintureries; 12 filatures de laine; environ 50 ateliers de retordage de fils de laine et de manipulations de déchets; plusieurs sécheries avec ou sans vapeur; une fabrique de cardes; une fonderie de première fusion; trois scieries mécaniques; une usine produisant plus de 400 000 mèt. de gaz et 45 maisons d’apprêt.

L’industrie d'Elbeuf achète annuellement pour 43 millions de fr. de laines, dont les provenances peuvent être classées dans Tordre suivant :

Laines de France, en suint

et lavées 16 000 000 fr.

— d’Allemagne 8 ooo ooo

— d'Australie 12 000 000

— de Russie 2000000

— d’Espagne 2 000 ooo

— de Buenos-Ayres... î sooooo

— diverses 4oo ooo

— blouses sooooo

Total 42 900 000

Le nombre des ouvriers du rayon industriel de la ville d’Elbeuf est de 24000 environ; la production de ce même rayon est, année moyenne, de 85 à 90 millions ; ses usines consomment annuellement près de 25 millions de kilogrammes de houille provenant en grande partie de l’Angleterre et du nord de la France.

Les produits de l’industrie elbeuvienne ont obtenu à l’exposition universelle de 1855: la grande médaille d’honneur, une médaille en or et une décoration, 14 médailles de 1” classe, 37 de 2e classe, 13 mentions honorables.

La ville est traversée par un petit cours d’eau qui alimente un certain nombre de teintureries. En outre, neuf puits artésiens produisent 300 à 400 litres d’eau par minute. Ces eaux, après avoir servi aux besoins industriels, sont conduites à la Seine par un réseau d’aqueducs. Les promenades manquent dans l’intérieur de la ville, car elles se bornent aux avenues d’un champ de foire, et à la chaussée qui prolonge le pont suspendu d’Elbeuf à Saint-Aubin, mais les bords de la Seine et les coteaux voisins offrent d’agréables buts d’excursions.

L’église Saint-Étienne (Renaissance) se compose d'une nef de deux collatéraux, et d’un chœur. La tour, découronnée, est décorée de statues et de sculptures, ainsi que les contreforts du chœur, en partie masqués par de vulgaires maisons en bois. A l’intérieur on remarque les verrières (monument historique), qui datent des xv* et xvt* s., et dont l’une représente saint Roch, patron des tisserands, occupé avec trois ouvriers à tisser du drap sur un métier. Les piliers de séparation de la nef et des collatéraux, de forme octogone, sont surmontés d’une couronne ducale.

Signalons aussi : la voûte du chœur ornée de culs-de-lampe ; les peintures des piliers du chœur représentant les évangélistes ; un saint-sépulcre placé

à l’extrémité inférieure du collatéral gauche, etc.

L’église Saint-Jean, plus vaste, mais moins ancienne que la précédente, offre, du côté de la rue Saint- Jean, un portail du style de la Renaissance, flanqué à dr. d'une tour assez imposante que décorent des statues en pierre et des gargouilles.

L’intérieur se compose d’une nef peu élevée et de deux collatéraux. Les vitraux ont été classés parmi les monuments historiques; on distingue surtout dans le chœur celui qui fut donné par le corps des drapiers de la ville en 1466; il représente, dans le couronnement de la verrière, une force à tondre lesdraps. On remarque aussi :

le maître-autel, d’un aspect grandiose (sculptures et groupes) ; l’autel de la chapelle de la Vierge, en bois sculpté, chef-d’œuvre de grâce et de légèreté ; les boiseries de l’orgue ; les sculptures et les peintures qui décorent la chapelle des fonts baptismaux, etc.

Une nouvelle église, non terminée, s’élève à l’extrémité de la ville, dans la rue du Neubourg, sous la direction de M. Barthélemy et sous le vocable de Notre-Dame de l’immaculée -Conception, dans le style ogival du xin* s.

Les protestants, quoique en petit nombre à Elbeuf, se sont construit un petit temple qui n’offre rien de monumental.

Les bâtiments de l'hôtel de ville, dans lesquels sont installés le tribunal de commerce, le prétoire de la justice de paix et la bibliothèque, encadrent une cour de forme carrée, au fond de laquelle se voit le buste de Grandin, posé sur un piédestal en pierre dont les faees portent les inscriptions suivantes :

A Victor Grandin ses concitoyens reconnaissants.

Manufacturier de 1 8t 7 à 1849.

Progrès de l’industrie , désintéressement.

Député de 1839 à 1848.

Courage civique.

L’aile g., en entrant, renferme la bibliothèque publique (1000 vol. env.).

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