ROUTE 59] CHAPELLE SAINT-ÉLOI. — BRIONNE
M. Charles Lenormant (Paris, 1854, j in-8“ de 84 p.) ; De la découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la chapelle Saint-Éloi (Évreux, 1858, in-8° de 75 p ). Le musée de Bernay est dépositaire des inscriptions trouvées à la chapelle Saint-Éloi. — Visà-vis de la chapelle Saint-Éloi , se voit une petite construction romane englobée dans une maison du xvi* s. qu’habitèrent Chateaubriand et Mme Récamier.
6 kil. La Rivière-Thibouville, ham.
de 39 hab. , dépendant de la commune de Fontaine4a-Soret. La Rivière- Thibouville possédait, au moyen âge, un château fort qui fut pris, eu 141 7 , par le duc de Clarence. La chapelle seule subsiste encore ; son portail appartient au style de transition.
M. Loisel, ancien maître de poste à la Rivière-Thibouville, possède une riche collection d’antiquités qu’il montre avec empressement aux étrangers qui lui sont particulièrement recommandés. Cette collection, véritable musée, se compose, en grande partie, d’objets antiques trouvés dans le pays. Lorsque l’on vient de Serquigny, les regards sont attirés, un peu eu deçà de la station, par le magnifique château de M. d’Épremesnil, bâti peu de temps avant la Révolution, par M. d’Augny, fermier général, et entoure d’un beau parc.
La nef de Y église de Fontaine-la- Soret appartient à l’époque romane ; le portail est moderne. On remarque, à l'extrémité orientale du chœur, une grande fenêtre décorée d'un beau vitrail représentant saint Jean-Baptiste, saint Martin et une sainte (au bas, portrait des donateurs). La tour carrée (style roman) offre trois arcades décorées de colonnes et d’un cordon intérieur horizontal à la hauteur des chapiteaux.
Quand on a franchi la route de terre de Paris à Cherbourg, bordée de peupliers, on voit, à dr., de belles prairies que dominent des coteaux bobés, et à g., le village
d’Âclou (360 hab.), près duquel ont été découverts des débris d’armes, une grande quantité d’ossements humains, et des monnaies de cuivre et d’argent. On ne tarde pas à apercevoir Brionne. Enfin, au delà d’une tranchée, on croise la route de terre de Bordeaux à Rouen, et l’on franchit le ruisseau des Fontaines.
10 kil. Brionne (omnibus, 25 c.; — hôtels de Lisieux et de France ) , V. de 3940 hab., est agréablement située, à 56 mèt., dans la charmante vallée de la Rille .
Le nom de Brionne, dit A. Leprévost, indique une origine celtique et provient visiblement de la réunion du mot gaulois brio ou brin (pont), avec quelque nom primitif de la Rille. L’obscurité la plus profonde règne sur ses origines. Après avoir fait partie du domaine particulier des premiers ducs de Normandie et même avoir été une de leurs demeures, la ville moderne fut concédée en apanage à Godefroi, fils naturel de Richard I,r , qui fut aussi comte d’Eu, puis elle passa par héritage au comte Gislebert, fils de Godefroi dont les enfants ne purent pas la conserver. A la suite de diverses vicissitudes inutiles à rappeler ici, Jeanne de Meulan la porta par mariage avec Bcaumesnil et d’autres terres dans la maison d’Harcourt, qui l’a conservée (branche de Lorraine) jusqu'à la Révolution.
Philippe Auguste s'empara de Brionne en 1194. mais les Anglais la reprirent et la ruinèrent en 1491. Les protestants, puis le duc d’Aumale, la pillèrent en 1562. Tels sont les principaux faits de son histoire.
Sur le coteau qui domine la ville et la vallée de la Rille, à l’E., se voient encore les débris d’une forteresse féodale, construite vers 1090 ou 1124 et détruite au siècle dernier. 11 n’en subsiste plus que deux pans de murs d’une épaisseur considérable et portant des traces de construction romane. Le château primitif était situé dans une île de la rivière.
L’église de Brionne possède un beau retable en marbre, à baldaquin, et une statue en pierre provenant de l’abbaye du Bec. — L'hospice,
fondé en 1852, en exécution du testament de M. Frémond des Essarts, renferme environ 40 lits.
Des fouilles ont mis à jour, dans l'ancien cimetière romain de Brionne, une cinquantaine de vases funèbres, des fibules en bronze, des monnaies romaines, etc. Sur le fond d’un plat en terre samienne a été déchiffrée l’estampille d’un potier gallo-romain portant ce mot : DAMININ, nom déjà trouvé à Londres et dans le cimetière des Loges (Seine-Inférieure).
Brionne jouissait d’une certaine réputation, au xvi* s., pour la fabrication de ses draps et de ses toiles.
Elle possède aujourd’hui des moulins à blé, des tanneries, des filatures de laines, de lin et de coton, etc.
[Voit, de corresp. pour (28 kil.) Cormeilles, par (12 kil.) Giverville et 18 kil.) Lieuray (R. 60).]
De Brionne à Cormeilles, R. 60.
Excursion au Bec-HeUouin.
La route de terre de Brionne à Pont-Audemer, qui descend la rive dr. de la Rille et côtoie la lisière O. du bois du Mont-Mal, laisse à 1 kil.
sur la dr. (4 kil. de Brionne) le village du Bec-Hellouin (698 hab.) baigné par le petit ruisseau du Bec et bâti au pied d’une montagne boisée dont le sommet a 131 mèt. d’altitude.
L’antique abbaye du Bec-Hellouin, fondée en 1036, parHellouin, seigneur de Bonneville-sur-le-Bec, illustrée par Lanfranc et saint Anselme, a été transformée en un dépôt de remonte pour l’armée. L’église abbatiale a été complètement ruinée ; la haute tour isolée (mon. hist.) qui domine l’ancienne maison abbatiale, vient d’être restaurée avec soin aux frais de l’État. La plupart des bâtiments conservés avaient été reconstruits au xvnc s. L’église paroissiale, où se trouve la tombe du bienheureux Hellouin, contient un superbe émail et quelques statues provenant de l’abbaye.
« Le nom de ce lieu, dit Auguste Le Prévost, en latin : Beccus Herluini, est l’un des noms les plus illustres dans les fastes de la science comme dans ceux de la religion ; un de ceux dont peuvent s’enorgueillir, nous ne dirons pas seulement le département de l’Eure, mais la France, l’Europe occidentale tout entière . Nous ne saurions trop, en effet, le rappeler à nos compatriotes : c’est dans cette chétive bourgade, aujourd'hui déserte et désolée, que le flambeau des lumières fut apporté d’Italie au xi* s., et c’est là qu’il rayonna pendant plusieurs générations sur toutes les contrées voisines. Cette enceinte, où ne retentit plus que la voix des soldats et le hennissement des chevaux, fut une pépinière inépuisable que la Providence sembla créer tout exprès pour régénérer l’Occident et peupler ses cathédrales et ses abbayes de saints et doctespersonnages. Vers ses portes, toujours ouvertes au voyageur ( Janua Beccensium patet oinni viatori, eorumque panis nulli denegatur caritative petenii, a dit Orderic Vital) se dirigeaient, de tous les points de l’horizon, de longues files de pèlerins avides d’y recevoir, les uns, le pain de l’aumône, les autres, celui de la parole divine ; d’autres encore, et ceux-là n’étaient pas les moins nombreux, celui de la science humaine.
Sur la tête de ces pèlerins resplendissait la mitre diaprée des évêques, souvent même la couronne d’or des rois ; et, quand saint Anselme, à son tour, visitait à Rome le chef de la chrétienté, le pape se levait de son trône pour le recevoir en disant :
« Ce n’est point au primat de l’Angle- « terre, mais à mon ancien maître de « l’école du Bec que je rends cet « hommage. »
On continue de descendre la vallée de la Rille, bordée de nombreuses maisons. La voie ferrée franchit près d ’Authou (281 hab.) un petit ruisseau
)y Goo gle
MONTFORT-SUR-RILLE
qui baigne, à g. (3 kil.), Livet-sur- Aulhou (305 hab.) .
15 kil. Pontr-Authou, v. de 517 hab., traversé par d’anciennes voies romaines, a été le théâtre de nombreuses découvertes (tombeaux de pierre, fragments de briques, fragments d’armes et de petits vases funéraires en terre, etc.). Il possède une importante fabrique de draps.
Après avoir franchi la Kille, sur un viaduc de 24mèt. d’ouverture, la voie ferrée croise la route d’Êvreux à Pont-Audemer et descend à mi-côte la rive dr. de la rivière, en laissant à g. Glos-sur-Rille (406 hab.).
19 kil. Glos-Montfort , station située à environ 2 kil. du village de Glos, et à 3 kil. de Montfort-sur-Rille, ch.-l.
de c. de 687 hab., bâti dans un des sites les plus pittoresques et les plus riants de la vallée de la Rille, sur la rive dr. de cette rivière.
Montfort est adossé contre une colline escarpée d’où la vue s’étend, en aval de la Rille, jusqu’au delà de Pont-Audemer, et, en amont, jusqu’à Brionne. Les Romains ne pouvaient négliger une position si importante1, ils la fortifièrent, et, au-dessus des retranchements qui s’échelonnaient, au bas de la colline, sur les rives de la Rille, s’éleva une forteresse redoutable , destinée à contenir les efforts des Saxons et à protéger les communications entre Évreux et Lillebonne. Des Romains, Montfort tomba au pouvoir des Francs, qui s’en servirent à leur tour pour arrêter un instant les Normands. Ceux-ci, au ix“ s., emportèrent l’obstacle, et, comme la forteresse était ■ un de ces postes de difficile accès, qu’ils aimaientàconserver, parce qu'ils étaient propres • à leur servir de cantonnement, de dépôt et de retraite, = il est
i. Voir dans le Hullelin monumental (t. XXI, 1855) l’intéressante notice historique du château et de l’église de Montfortsur-Rille, publiée parMme Philippe Lemaître, membre de la société française pour la conservation des monuments.
probable que, au lieu de la détruire, ils en firent un poste de défense, et qu’à l’époque où, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911) , Rollon s'assura la paisible possession de la Normandie, Montfort fut donné en propriété à l’un des compagnons de ses expéditions. Quoi qu’il en soit, au commencement du xi* s. , on trouve, comme seigneur de Montfort, Hugues à la Barbe, premier du nom, qui fait reconstruire le château sur les ruines et avec les débris de la forteresse romaine. Hugues II, son fils, occupé par l’expédition d’Angleterre, pour laquelle il fournit au duc Guillaume, qu'il accompagnait, 50 navires et 69 hommes d’armes, n’ajouta rien aux constructions du château, non plus que ses enfants. Hugues, Robert et Alix. Mais le fils d’Alix, Hugues IV, à qui Montfort échoit par la mort de ses oncles, en achève les remparts et en fait, disent les chroniques, un château formidable ( Quoddam castellunvalidùsimum ) , qui offrait alors un polygone irrégulier de constructions énormes , inattaquable» du S. O. au N. O., accessibles au N. E. et à l’E.
par un plateau, mais protégées de ce côté par deux énormes fossés, défendant l’approche du donjon. L’enceinte intérieure était complètement cernée par un autre fossé, sur les bords duquel s'élevaient les murailles, épaisses de 2 met. Six tours, dont trois n’existent plus, complétaient le système de défense, avec le donjon, immense maçonnerie de 20 met. de diamètre, aujourd’hui découronnée à une hauteur de 7 à 8 met., et qui occupait le centre d’une seconde enceinte, formée dans l’enceinte intérieure par un mur circulaire qui s’étendait de l’E. au S. des fortifications.
Dans la lutte qui eut lieu entre Guillaume Cliton et Henri I*r, roi d’Angleterre, Hugues IV prit parti pour Guillaume. 11 en fut puni par la confiscation de ses biens, et le château de Montfort, dont s'était emparé Henri I", ne rentra en la possession
des comtes que sous Robert, fils de Hugues, à titre de fief. 11 en sortit définitivement en 1204 , lorsque Phi-, lippe Auguste eut prononcé la confiscation des biens des Montfort, pour leur faire expier leur fidélité au parti de Jean sans Terre. Mais Jean sans Terre, avant de rendre la forteresse au roi de France, son suzerain, s’empressa de la détruire. Il démolit les tours, fit tomber les murailles, combla le puits et creva la voûte de la prison souterraine du donjon, dans laquelle furent précipités, avec un horrible fracas, les débris des étages supérieurs. Pourtant les rois de France donnèrent ces ruines en fief.
Ils réédifièrent la chapelle , placée dans l’une des tours, la dotèrent richement, et, à partir du règne de Louis XI, elle prit le nom de chapelle royale, qu’elle a porté jusqu’en 1100, année de sa destruction. C’était un lieu de pèlerinage célèbre et la chronique du Bec rapporte qu’en 1468, Marguerite d’Anjou, femme d’Henri YI , roi d’Angleterre, y alla avec son fils Édouard ,♦ prince de Galles. Aujourd’hui encore , nombre de personnes montent en pèlerinage sur l’emplacement de l’ancienne chapelle Saint-Nicolas, que les rois de France, après l’avoir rebâtie, avaient fait consacrer sous le nom de Notre- Dame.
Le château de Montfort appartient aujourd’hui au comte de Cossé-Brissac. Ses ruines s’étendent sur un espace de 4 hectares 63 ares. Le donjon offre une curieuse petite porte, placée à côté de la courtine, dans un enfoncement qui la dérobe aux regards.
« Depuis plus de six siècles et demi d’abandon, c’est à peine, dit Mme Lemaître, si chaque siècle a vu se détacher quelques pierres du haut des murs de ce formidable château. La main des hommes a seule continué la dévastation ébauchée par Jean sans Terre; on a enlevé à peu près toutes les pierres, au fur et à mesure
qu’on en a eu besoin pour les constructions du bourg. Une seule tour a conservé son parement de pierres à l’extérieur; aussi, comme pour le soustraire à toute nouvelle tentative de dégradation, un magnifique lierre l’a-t-il recouvert d’un épais manteau de feuillage, sous la brune verdure duquel il est presque impossible de le deviner. »
L’église, fondée au xi* s., n’accuse point, dans son architecture, le caractère de son époque, et les briques mêlées au silex des murs marquent de nombreuses et modernes réparations.
Le portail est du xvi* s.; la tour, à deux étages, avec une porte du xv' s., offre des détails du xm* s. L’intérieur renferme un contre-retable du xviii' s., et, de chaque côté de l’autel, un magnifique porte-châsse en bois sculpté, haut de près de 2 mèt. ; deux grandes statues de saint Pierre et de saint Paul ; des statues de sainte Madeleine et de sainte Marthe, dans le chœur, et, dans la nef, d’autres statues de saints et de saintes; enfin, près du petit autel que surmonte un tableau représentant saint Michel, une jolie statue de Notre-Dame de Pitié à côté de laquelle se voit un silex enchaîné qui, s’il faut en croire la tradition, fut attaché par un seigneur de Montfort au cou de sa femme qu’il voulait noyer. Celle-ci, étant sortie saine et sauve de la Rille, grâce à l’intercession de Notre-Dame de Montfort, fit placer le silex et sa chaîne en ex-roto , près de la statue de Notre-Dame.
On remarque, dans le eimetière, de belles pierres tombales.
Montfort est dominé, au N. et à l’E., par la forêt de ce nom, dont la contenance est de 2049 hectares, et qui s’étend sur les communes de Montfort, Glos, Ecaquelon et Illeviile.
« Non loin des ruines du château de Montfort, dit Mlle Amélie Bosquet ( Normandie romanesque et merveilleuse) , se trouve un tertre appelé la Butte qui sonne. On raconte, dans le