DEAUVILLE
«Vous savez, dit M. Auguste Villemot, ce qu’est Deauvilleï un pays un peu artificiel, je crois fondé par la volonté et l’influence de M. de Morny, et menacé d’une maladie de langueur après une croissance subite. On a construit là des hôtels dans les proportions de ceux du boulevard des Capucines. Il s’agit maintenant de trouver des habitants. M. de Morny mort, le groupe social qui était engagé dans son orbite n’obéira plus à aucune attraction. Deauville, toutefois, pourra vivre du trop-plein de Trouville/ »
Deux années ont suffi pour construire toutes ces villas qui s’alignent sur une terrasse monumentale, macadamisée et éclairée au gaz, le long de la plage naguère déserte, toujours nue malgré tous les essais de plantations qui ont été tentés, presque constamment envahie par le sable ou balayée par le vent; pour creuser un bassin à flot; bâtir une mairie, des écoles, une église catholique et un temple protestant , plusieurs hôtels ressemblant à des casernes, un casino et un établissement de bains de mer, et tracer un hippodrome où ont lieu des courses brillantes.
« A vrai dire, Deauville n’a qu’une rue, dit M. L. Ênault, mais quelle rue ! Pas une de ces maisons que l’on désigne si justement sous ce nom ; maison bourgeoise. Partout, au contraire, l’élégance, le caprice, l’inattendu, la fantaisie dans ce qu’elle a de plus exquis et de plus ingénieux. Où trouver mieux, ajoute l’historiographe du grand monde, que ce Bade marin et ce Brighton français pour déployer la primeur d’un costume excentrique, faire bouffer l’ampleur du jupon relevé, retrousser la plume du chapeau mousquetaire ou badiner avec la canne Louis XIV et le jonc à pomme d’or. »
L église, bâtie en briques, se compose d’un porche surmonté d’un clocher, d’une nef terminée par une abside et de deux collatéraux. Cette mauvaise imitation du style roman à distance, produit néanmoins un cer-
tain effet. M. Bordieu vient de terminer (1866), dans l’église de Deauville, des peintures à fresque remarquables, aux tons harmonieux (saint Augustin entouré de plusieurs personnages de l’ancien et du nouve m Testament et des plus célèbres philosophes de l’antiquité ( Platon et Aristote) dont les doctrines se rapprochent le plus de l’Évangile). Un beau groupe, plein de mouvement, représente l 'Erreur et le Vice, que saint Augustin a combattus dans ses écrits.
Le Casino, précédé d’un jardin anglais avec pelouses, comprend un bâtiment central et deux ailes en retour d’équerre; le tout est entouré d’une galerie couverte ; le Casino renferme une salle de spectacle avec loges et galeries, d’un aspect gracieux, mais où l’or domine un peu trop et écrase les toilettes: une salle de concerts, des salons de billard et de jeux.
Tous les jours, un orchestre se fait entendre de 4 h. 1/2 à 6 h., et attire, dans le square qui précède le Casino, la haute société deauvillaise et trouvillaise (prix d’entrée, 50 c ).
En face du Casino , s’ouvre une large rue bordée d’une double rangée de maisons, d’un aspect monumental, dont le rez-de-chaussée, précédé d’une galerie couverte supportée par de légères colonnes en lonte et surmontée d’une terrasse, est occupé par des magasins. De l’extrémité de cette rue, en regardant la mer, l’aspect du Casino et de ces galeries rappelle au touriste le Cursaal de Wiesbaden, capitale du duché de Nassau.
Parmi les élégantes villas de Deauville, d’un style si varié, nous signalerons celles du feu duc de Morny, du baron Poisson, de M. Arthus, du docteur Olifle, de M. Dalloz, du prince Demidotf, de MM. Trélat, Boi telle, Pasquier, directeur du Grand-Hôtel, Paris, et surtout cellede M. Jollivet, artiste peintre, dont Ja curieuse façade estcouverte d’ornements en terre cuite émaillée ou en composition imitant les anciennes faïences de Bernard Pa-
DE PARIS A TROUVILLE
lissy. La frise , représentant les attributs du Commerce ( navire monté par des amours), est la reproduction du dessin qui a valu à M. Barrias, en 1865, le grand prix deRome. La corniche est décorée de jolis médaillons représentant des tètes de femme.
L’ancien Deauville, plus prudent et moins ambitieux que le nouveau, s’était bâti sur la colline, à l’abri des miasmes pestilentiels des marais et des sables de la plage. 10 min. sont nécessaires pour y monter. A mi-côte, coule une fontaine. L 'église, d’où l’on découvre une vue étendue, couronne le sommet de la colline. Le chœur se termine par une abside circulaire que soutient un contrefort plat dans lequel s’ouvre une fenêtre à plein cintre en forme de meurtrière (xic s.))
Dans la cour de l'ancien presbytère de Deauville ont été découvertes, en 1861, 800 pièces de monnaie en or, remontant pour la plupart au règne de Philippe de Valois.
On peut, de l’église, aller en 15 min. à travers champs au château de Lassay (V. p. 400).
Environs de Trouvüle.
Il faut rendre justice à Trouville :
si ses rues sont étroites, souvent malpropres et infectes , ses villas trop chères, ses hôtels trop encombrés, trop bruyants, si les femmes qu’y attire la mode y poussent jusqu’à la démence la manie du luxe, sa plage est admirable, scs environs sont charmants. On chercherait vainement ailleurs, dans toute la France, une nature plus fraîche , plus riante , plus calmante, qu’on me permette ce mot.
Grâce au voisinage de la mer, les aspects varient souvent, parfois même ils deviennent pittoresques. Les promenades abondent, aussi faciles qu’agréables; on peut les faire à pied, à âne, à cheval, en voiture, en bateau; on peut même se servir du chemin de fer. Nous nous bornons ici à indiquer les principales qui se prêtent à des combinaisons très-différentes.
DE TROUVILLE A VILIERVILLE,
PAR IÏENNEQUE VILLE.
La route de Villerville gravit la colline boisée 1 qui ferme à l’E. la vallée de la Touques, montant et descendant tour à tour, passe devant te magnifique chalet de M. Cordier puis, atteint, près d’Hennequeville, un des points les plus hauts de la côte du Calvados (123 mèt.). On passe à (2 kil.) Lieu-C.odet avant d’atteindre (3 kil.) le village d'Henneque ville , bâti au milieu de roches dont la base est rongée par la mer, ancien chef-lieu d’une commune aujourd’hui réunie à Trouville, et d’où l’on jouit d’un magnifique point de vue. On embrasse, en effet, d’un coup d’œil, à dr. : le Havre, son port et sa jetée, le gracieux amphithéâtre d’Ingouville, Sainte-Adresse, le cap et les phares de la Hève ; à g. : la plage de Cabourg, l’embouchure de l’Orne ; en face , la mer. Véglise d’Hennequeville, bâtie presque au sommet d'une falaise (magnifique panorama), ne présente aucun intérêt architectural.
4 kil. Grand-Bec, liam. au delà duquel la route contourne un ravin boisé.
6 kil. Villerville (hôt. : de Paris, de France, Beaufils), v. de 815 hab., domine une falaise coupée à pic vers la mer et assise sur des bancs de glaise qui offrent peu de résistance à la fureur des vagues. Aussi les habitants de Villerville ont-ils établi des briselames d’une espèce toute particulière.
Ce sont des pieux, partant perpendiculairement de la falaise (15 ou 20 mèt. séparent ces pieux l’un de l'auttre) et sur lesquels ont été clouées des planches épaisses. La mer dépose, entre ces obstacles, des cailloux, du galet, du sable dont le mélange forme peu à peu de véritables monticules.
a Sur la côte de Villerville , dit M. Charles Deslys, un des premiers touristes qui y plantèrent leur tente,
1. Une route, moins roido et plus rapprochée de la côte, est en construction.
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