PAR SAINT- ARNOULT ET LE CHATEAU DE LASSAY
On suit d’abord la route de Pontl’Évêque qui côtoie la rivière de la Touques. Mais, à la sortie du bourg de Touques (pour la description de Touques et de Bonneville, V. ci-dessus
DE PARIS A TROUVILLE
p. 389), on prend à dr. le pont qui traverse la rivière et au delà duquel on découvre une belle vue, d’un côté jusqu’à la mer, et de l’autre sur les immenses prairies de la vallée d’ Auge.
Le château de Lassay couronne le versant du mont Canisy (100 mèt.
d’altit.). On y monte par divers chemins, dont le plus ombragé passe près de la chapelle de Saint-Arnoult.
Le château de Lassay fut bâti sous le règne de Louis XIV par le comte de Médaillan, marquis de Lassay, dans les circonstances suivantes, s’il faut en croire la tradition.
Le marquis de Lassay avait souvent invité Mlle de Montpensier à venir passer l’été en Normandie dans un magnifique château qu’il possédait, disait-il, sur les bords de la mer. La princesse accepta un jour l’invitation du galant marquis, dont les propriétés en Normandie ne se composaient que de pâturages. S’étant rendu, en toute diligence, sur ses terres de Saint-Arnoult, il assembla tous les ouvriers de la contrée, et, trois mois après, le château était prêt, comme par enchantement, à recevoir Mlle de Montpensier. La Grande Mademoiselle avoua que le site était d’une beauté surprenante et qu'elle voudrait y finir ses jours avec l’homme aimé; mais l’homme aimé était Lauzun, dit M. Albert Blaiiquet, si bien que l’amour s’envola bientôt du cœur du marquis. 11 en fut vengé par l’insolence de son heureux rival qui se permit de faire tirer ses bottes par la Grande Mademoiselle. Il s’en consola en épousant itour à tour la belle Marianne Pajot, Julie de Châteaubriand et la marquise de Boujols, plus jeune que lui de 40 ans. Il mourut veuf à 86 ans. Le comte de Lauraguais, ayant hérité par sa mère du château et du domaine de Saint- Arnould, y donna des fêtes splendides, d’abord en l’honneur de la Dubarry et plus tard de Sophie Arnould. Les ruines de ce château, qui existait encore il y a 40 ans, ne se composent
que d’un escalier entouré de murailles servant de phare aux marins.
Un peu au-dessous du château se trouvent, au milieu d’un beau massif d’arbres, les ruines de l’ancien prieuré de Saint-Arnoult, fondé au xic s., et qui dépendait de l’abbaye de Longpont, de l’ordre de saint Benoît. L’origine de ce prieuré ne remonte pas au delà de la fin du xi* s.; mais les bâtiments conventuels ont complètement disparu. Le chœur roman de l’église (xi° s.) offre, à l’intérieur, de belles arcatures reposant, dit M. de Caumont, sur de courtes colonnettes dont les chapiteaux, grossièrement sculptés, sont formés de feuilles recourbées en volute. Dans le mur septentrional, qui présente l’appareil en arêtes de poisson, s’ouvrent deux petites fenêtres à plein cintre, en forme de meurtrières. Près du sanctuaire se voit une piscine romane. Au-dessous du chœur s’ouvre une crypte fort ancienne « établie, ajoute M. de Caumont, pour racheter la pente rapide du coteau; autrement le chœur n’eût pu être de niveau avec la nef.
« La nef, entièrement découverte, datait du même temps que le chœur; puis elle a été en grande partie refaite vers la fin du xv* s. ou au commencement du xvi°. Plusieurs arbustes et différentes plantes croissent sur le sol et dans les interstices des pierres. Le mur méridional, roman, est percé de deux fenêtres très-simples, sans meneau, de la dernière période ogivale. Le portail occidental, dont le mur est également roman, était flanqué, sur les angles, de contre-forts saillants. Une porte à arc surbaissé donnait entrée dans la nef. Le galbe est percé d’une fenêtre ogivale.
« Il existe, du côté du N., un collatéral qui est séparé de la nef par trois arcades cintrées, reposant sur des colonnes dont les chapiteaux sont ornés de feuilles de vigne et de grappes de raisin très-bien sculptées.
A l’extrémité orientale de ce bas