HOULGATE-BEUZEVAL
Grand hôtel de la Plage, à Houlgate, beau, bien situé, bien tenu par Mme veuve Grim : bon, mais un peu cher; de la Mer, tenu par Imbert, à Beuzeval.
Le village, fort ancien, de Beuzeval est situé à 3 kil. environ de la plage, sur le versant S. de coteaux verdoyants et boisés qui forment une petite vallée arrosée par le Druchon
FR. NORMANDIE
ou Douet, et se terminent à la mer par deux falaises élevées. L’église de ce village (le VieuxBeuzeva!) à 5 min. de la route (prendre à g.
près d’un poteau portant ces indications : Dives 4, 8, Cabourg 6, 1, Villers 4, 7, Trouville 13, 2) couverte en tuiles, percée de fenêtres ordinaires, sans clocher, date en grande partie de la fin du xii* s.; mais elle a été souvent remaniée. Ce qu’elle offre de plus remarquable c'est sa situation pittoresque (beaux points de vue) et son portail en pierre de taille « flanqué, dit M. de Caumont, de quatre contre-forts que précède un porche en pierre, voûté en ogive, surmonté par une galerie en pierre, à compartiments flamboyants. Deux clochetons, aux pieds desquels sont des gargouilles, accompagnent cette galerie. La porte, ornée de moulures prismatiques, est en accolade, surmontée d'un amortissement et garnie de feuilles frisées. »
Le nouveau Beuzeval est en grande partie bâti près de la plage et du ruisseau appelé le Rûde Druchon.
Une belle route, bordée presque partout de jolies habitations, relie le nouveau Beuzeval à Houlgate (1 kil.). Du reste ces deux localités se touchent et se confondent en quelque sorte en une seule.
a L’esprit qui a présidé à la création d’Houlgate et de Beuzeval n’est pas le même, dit le docteur le Roy. Déjà il est permis de voir percer entre ces deux colonies une sorte de rivalité, rivalité qui d’ailleurs n’engendre que d’excellents résultats d’émulation.
• La population de Beuzeval est, pendant l’été, presque exclusivement protestante. Elle y est attirée par la présence d’une petite église du culte réformé, et par les efforts qu’ont faits dans ce sens une réunion d’hommes appartenant à cette com- .niunion. C’est aussi dans ce but, pour rendre le séjour de Beuzeval accessible à toutes les bourses, qu’ils ont joint à leurs autres créations une
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sorte de maison hospitalière qui, sous le nom de maison évangélique, offre à des prix fixés d’avance, et d'une excessive modicité (2 fr. 50 c. par jour et par personne), un logement simple mais suffisant. Un hôpital est en projet pour satisfaire aux mêmes besoins. »
Nous signalerons en outre à Beuzeval les villas de MM. Laurent Pichat, Toupet, Noibert-Billiard, etc.
« La plupart des baigneursde Beuzeval se connaissent. La vie s’y passe presque en commun, mais plus à l’écart, et peut-être h l’exclusion de toute personne n’appartenant pas à la mémo congrégation. A cela la colonie de Beuzeval devra de conserver toujours un cachet de simplicité et de vie tranquille. »
La plage de Beuzeval est charmante.
Les cabines de bains s'alignent à g. de la route de Dives à Houlgate, en dessous d’une petite terrasse garnie de bancs et de tamaris. Une lente sert pendant l’eté de cabinet de lecture.
De la plage de Beuzeval, on aperçoit à l’E. les Vaches-Noires, et à l’O. Cabourg, sa terrasse et son établissement de bains.
Houlgate, qui n’existait pas il y a dix ans à peine, a eu pour fondateur, dit M. Auguste Villemot (Comédie contemporaine dans le journal le Temps), a M. Yergniolle, un homme qui n’est pas étrauger à la bouteille à l’encre, puisqu’il rédige, je crois, unjournalde finances. C’est en 1859 que M. Vergniolle a construit, sur les ruines de quelques cabanes de pêcheurs, un grand hôtel qui ne ferait pas mauvaise ligure sur le boulevard des Capucines, puis son habitation personnelle, qui est un des palais de l’endroit. A la suite sont sortis de terre une cinquantaine de chalets ou de maisons de style très-fantaisiste, qui composent le groupe des habitations.
« Tout d’abord, en débarquant à Houlgate, à une heure du matin , je crus que je serais le Robinson de ce pays inconnu, mais, dés le lendemain, en me promenant sur la plage, je
remarquai la trace d’un pied humain.
Puis, autre trace de civilisation, je lus sur une pancarte en bois cet avis :
<■ L’entrée du Casino est exclusivement réservée à MM. les abonnés. » Je soupçonne que cette affiche eût mis en fureur Jean-Jacques Rousseau, que les manifestations de la propriété avaient le privilège d’exaspérer.
«Ainsi, se fût-il écrié, en meilleur style peut-être, il est écrit que partout l’homme disputera à l’homme la liberté de ses mouvements. Voilà un caillou déposé par le Créateur sur le bord des Océans : je crois pouvoir y rêver à l’aise, sans mettre la main à la poche, et voilà qu’un industriel y construit une baraque en planches, et me demande vingt sous si je veux fouler son sable! » Ce n’est rien encore : qui dit casino dit piano, et, le soir, vous risquez d’entendre une polka sautillant sur le clavier, pendant que la mer expire en mugissant sur la grève.
« Disons toutefois que ce casino d Houlgate est très-certainement le plus inoffensif qu’il y ait à dix lieues à la ronde. Des tentatives perverses ont bien été faites pour y attirer la bourgeoisie du lieu à des bals de victimes, mais les victimes s’élant abstenues, le serpent tentateur a perdu tout son venin. Cependant il y a des abonnés qui se rachètent e payentleur rançon pour ne pas y aller.
« Très-sérieusement cette institution me parait un peu hâtive : elle rappelle ce que les voyageurs racontent de certaine ville projetée du Texas, où des bottiers et des tailleurs s’étaient établis, avant qu’il y eût un habitant. La population bourgeoise d’Houlgate est clair-semée et sédentaire. Elle se baigne beaucoup, se promène un peu et se couche à dix heures. Pendant ce temps le casino, avec son illumination mélancolique, a l’air du château de la Belle au Boi»- Dormant.
« La nature a beaucoup fait pour Houlgate, qu’elle a couronné de vertes