‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 380 sur 499 · ARGENTAN · texte numérisé non relu

ARGENTAN

Elle est assise en lieu plaisant et haut;

De tout côté à prairie et à campaigne, lin fleuve aussi où maint poisson se baigne, Des bois épais, suffisants pour nourrir Biches et cerfs qui sont prompts à courir; Puis y trouvez, tant elle est bien garnie, Pour au besoin nature secourir,

Bon air, bon vin et bonne compaignie.

Les rues en sont bien percées et les maisons bien bâties, mais elle manque de vie et d’animation.

La route de Putanges offre un beau point de vue sur la ville entière et principalement sur l’église Saint-Germain, qui du point culminant où elle s’élève présente un aspect imposant.

Argentan, que les chartes du moyen âge appellent tantôt Argentomagum et tantôt Argentanum, est d'origine celtique. Toutefois, c’est seulement vers le milieu du vc s. que son nom figure dans l’histoire ou plutôt dans la légende. Vers 430, saint Lain ou Latuin, Ier évéque de Sées, vint y prêcher l’Évangile. Au commencement du XIe s. elle appartenait au comte d’Exmes. Henri I", roi de France, s'en empara en 1035, puis la rendit au duc Guillaume.

Robert Courte-Heuse en releva les fortifications et fit reconstruire le château vers l’an 1089. Philippe I", appelé au secours de Robert, en guerre avec son frère Guillaume le Roux, prit la ville, en 1094, et la livra au pillage après avoir massacré la garnison du château. Au xii* s , le roi d’Angleterre la fortifia de nouveau. Le château et le donjon, commencés en 1 132, furent achevés en 1134. En 1204, Philippe Auguste, auquel Argentan avait ouvert ses portes, en donna la seigneurie à la famille Clément. Philippe le Hardi l'acquit, en 1280, de Henri Maréchal III, pour la céder à la maison de Montmorency, d'où elle passa dans celle dechatillon qui la vendit, en 1372, à Pierre, comte d’Alençon.

Les Anglais, qui s'étaient emparés d'Argentan en 1417, en furent expulsés, en 1449, par les comtes de Dunois, de Clermont et de Nevers, qui commandaient les troupes de Charles VII. Les Anglais s'étaient d’abord retranchés dans le château, mais « on tira contre la muraille, dit Monstrelet, une grosse bombarde qui y fit un trou assez grand pour passer une charrette. Alors les Français assaillirent iceluy chasteau, et entrèrent dedans par ledit trou : mais lesdits Anglais se reboutèrent diligemment au donjon, lequel ils

rendirent incontinent de paour d’estre pris d’assaut : et combien qu'ils demandassent composition, ils n’emportèrent chascun qu'un baston en son poing. »

La vicomté d'Argentan avait été réunie à la couronne depuis 1525. Lorsque les guerres de religion éclatèrent , les calvinistes s’emparèrent d’Argentan, mais ils en furent bientôt expulsés. En 1568, ils se présentèrent en vain une deuxième fois sous les murs de la ville; n'ayant pu y pénétrer, ils brûlèrent, en se retirant, l’église Saint-Martin, bâtie dans un faubourg. Montgommery réussit à se rendre maitre d’Argentan en 1574, mais cette ville lui fut enlevée la même année par le comte de Matignon.

Les troubles de la Ligue se firent à peine sentir à Argentan, qui se rendit à Henri IV eq 1586.

Argentan a vu naître le poète des Yveteaux, précepteur de Louis XIII. Une statue y a été érigée à Eudes de Mezerai, le célèbre historien, né à Ry.

L’église Saint-Germain, bâtie sur une hauteur, fut commencée au xv' s.

(14 10) et achevée seulement au xvn's.

(1609; la tour ne fut terminée qu’en iô41). Cette égliseofifre par conséquent un mélange disparate de styles différents; elle a 60 mèt. 33 c. de longueur et 20 mèt. 66 c. de largeur. Le portail N. est orné d’un Irès-grand nombre de sculptures (dais, pinacles, guirlandes, etc.), finement exécutées. La tour ogivale (53 mèt.), qui surmonte le chœur, n’a jamais été achevée; l'autre tour (xvn* s.) est une construction lourde et sans intérêt architectural (40 mèt.). La nef principale, garnie de piliers sans chapiteaux, d'un effet mesquin, offre une double galerie à jour, dont les balustrades, en forme de branches et de feuillage, méritent d’être remarquées. L’un des piliers les plus rapprochés du chœur présente un âne bâté sculpté en relief. On signale, à l'intérieur ; les boiseries des orgues; les pendentifs des clefs de voûte; la chaire; la grille contournée et les boiseries sculptées du chœur ; l’intérieur de la tour qui surmonte les transsepts ; quelques débris de vieux vitraux et deux ou trois ver-

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rières modernes ; plusieurs statues de saints ou de saintes, etc.

L’église Saint-Martin, entourée de maisons parasites, date aussi de plusieurs époques. La flèche du clocher, garnie de clochetons et de galeries à jour, a été restaurée en 1840.

On remarque: — à l’extérieur, les contre-forts couronnés de clochetons; les épis en plomb qui surmontent le toit de la sacristie; les deux étages de galeries à jour qui régnent autour d’une partie de l’édifice et les arcsboutants qui soutiennent le chœur; — à l'intérieur : des clochetons et des pinacles chargés de sculptures; de jolis bas-reliefs en bois, dans la chapelle de la Vierge ; de curieuses statues en bois et surtout de belles verrières très-dignes d’attention. La plus curieuse représente la mort de saint Martin (plus de 30 personnages).

Sur la place voisine du chœur se trouve l’hôtel de Raveton, où Charles X séjourna en partant pour l’exil.

Le château , transformé en tribunal, a été, dans ces dernières années, l’objet d’importantes restaurations.

«C’est, dit M. de la Sicotière, un grand bâtiment , ayant sur le devant trois pavillons carrés, à toits aigus, avec fenêtres à nervures légèrement arrondies. » L’intérieur renferme un bel escalier en pierre. Un magnifique acacia s’élève dans la cour qui précède la façade principale.

A l’O. du château s’étend un joli Cours planté de jeunes arbres et entouré d’une enceinte de bornes en pierre jadis reliées par des chaînes.

Signalons aussi l’hôtel de ville, construction moderne sans valeur architecturale, et le collège, qui occupe l’ancien couvent de Capucins.

Le touriste chercherait vainement aujourd’hui des vestiges des anciens remparts d 'Argentan. Les fossés ont été transformés en promenades et en places publiques. 11 ne reste du donjon, dont les matériaux ont été vendus en 1811, qu’un pan de mur appuyé à une maison particulière.

Les industries principales d’Argentan sont : la fabrication des cuirs auxquels les eaux de l’Orne donnent une qualité particulière, celle des toiles, la broderie et la couture des gants. — Les bestiaux , les volailles et les fromages sont les articles principaux de son commerce.

D’Argentan à Fiers et à Granville, R. 93 ; — à Domfront, R. 104 ; — à Bcrnay, par Gacé, R. 66.

[Voit, de corresp. pour : — (33 kil.) la Ferté-Macé, par (9 kil.) Êcoucbé, et (20 kil.) Rânes (R. 104); - (45 kil.) Fiers, par (30 kil.) Briouze (R. 93).]

Excursion au Haras du Pin (15 kil.), situé à l’E, d’Argentan, sur lebord de la route de Vemeuil et sur le territoire de la c. du Pin-au*Haras (413 hab.). La route qui y conduit passe par Urou, situé sur la rive dr.

de l’Ure, en face de Sai, puis à Silly- Gouffem et au bourg Saint-Léonard. Silly (8 kil.), v. de 189 hab., possède plusieurs châteaux intéressants : l’antique abbaye des Prémontrés , les châteaux de la Vente et de Gouffern , à quelques mètres desquels se trouve un peulven superbe, la pierre Levée ou la pierre des Fées, ou encore la pierre de Gouffern, haute de 6 mèt., épaisse de 80c. environ et large de 4 mèt. 33 c. à la base , sur la lisière de la forêt de Gouffern. — Le bourg Saint-Léonard possède un château moderne souvent visité par Florian.

Du bourg Saint-Léonard, situé à 172 mèt. d’altit., on aperçoit à l’E., à l’O. et au N. une plaine très-vaste que baignent plusieurs ruisseaux et sur laquelle sont bâtis de nombreux villages. A l’E. (la vue s'étend de ce côté jusqu a Exmes, R. 66) se montrent : Villebadin (326 hab. ; château d’Argentelles renfermant des boiseries curieuses, entre autres un lit de justipe qui contient des figurines), et Omméel (288 hab.). On aperçoit au N. (4 kil.) Fel (326 hab.) et (5 kil.) Chambois, v. de 610 hab., dont le donjon (findu xn* ou commencement

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[Rc.

[ROUTE 79] CHAMBOIS. — LE HARAS Dü PIN.

duxm*s.) est, dit M.delaSicotière,un des monuments les plus précieux du départ, de l’Orne. « C’est un vaste carré long , garni aux quatre angles de larges contre-forts couronnés par quatre guérites en pierre. Le grand côté qui regarde le S. est en partie masqué par une tour appliquéecomme dans beaucoup d’autres forteresses; celui du N. par un contre-fort central. Une galerie crénelée et saillante, portée sur des modillons, couronne l’édifice entre les guérites et fait le tour du toit. » La tour et la façade de l’église de Chambois datent du xte ou du xn‘ s.

Au bourg Saint-Léonard la route prend la direction du S. et remonte la rive dr. de l’Ure en laissant à g.

le château de Courgeron.

15 kil. Le haras du Pin, appelé haras d’Kxmes ou d’Hiesme jusqu en 1789, fondé en 1714, au centre des contrées qui se consacrent avec un succès croissant à l’élevage des chevaux, le Perche, le Merlerault, le Cotentin, fut supprimé à l’époque de la Révolution, comme tous les autrss haras. Réorganisé en 1806, il est bien déchu de son importance passée, depuis b nomination du général Fleury à la direction générale des haras. La direction comprend les dép. de t’urne, du Calvados et de l’Eure. Les écuries sont distribuées sur deux lignes symétriques et parallèles à dr. et à g. du beau château qui sert de résidence aux directeurs. Construit au centre de l’établissement, à l’extrémité d’immenses avenues , ce château occupe une situation grandiose et pittoresque. Sa cour d’honneur et ses deux ailes lui donnent une apparence tout à fait seigneuriale.

Des courses annuelles ont lieu au haras du Pin sur un plateau bordé de tous côtés par des bois. Napoléon III a assisté à celles de 1863 qui ont été très-brillantes.

Le domaine du Pin contient 11*29 hectares, ainsi répartis: prés, herbages et pâtures, 748; — terres en labour,

85; — futaies et taillis, 251. De nombreuses succursales d’élevage, dit M. Charles de Hays (le Merlerault), se trouvent semées çà et là, comme autant de cottages, sur l’étendue de ce domaine et offrent, par leur variété, les sites les plus délicieux et les accidents les plus imprévus. Les herbages du Pin ont fait trop de chevaux précieux, de race pure, pour n’être pas classés en tête de ceux qui possèdent cette haute spécialité. »

L'Annuaire des cinq départements de Normandie pour 1865 contient une histoire complète du haras du Pin par M. Joseph de Robillard de Beaurepaire.

Au N. du Haras du Pin se trouve la forêt de Gouffern qui se prolongeait autrefois jusqu’à Argentan. On remarque, dans cette forêt, deux terrasses circulaires entourées de fossés et nommées le Chdtellier; 5000 médailles, renfermées dans un vase en terre rouge, furent découvertes en 1830 près de cette espèce de camp.

Après avoir croisé la route de Sées, le chemin de fer remonte la rive g.

de l’Orne qui se divise en plusieurs branches et sur le bord de laquelle se montre Juvigny (111 hab.), agréablement situé au milieu des prairies, dans une espèce de presqu’île. On laisse ensuite, à 1500 mèt. sur la dr., Saint-Loyer-des- Champs , v. de 302 hab. , où se voit une petite chapelle dans laquelle est le tombeau qui renferma autrefois les restes de saint Loyer ( sanctus Lotharius), un des anciens évêques de Sées. Ce tombeau se compose d’un bloc de pierre dontla partie inférieure affecte la forme d’un prisme rectangulair sur trois de ses faces, et dont le sommet, taillé en couvercle triangulaire, représente un toit à deux pentes. Le tout est appuyé sur un bloc en pierre de taille (xnt* siècle).

Ou franchit l’Orne et le Don près de leur confluent.

77 kil. Almenèches, v. de 881 hab.,

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situe à g. et à 2 kil. de la station de ce nom, possédait autrefois une abbaye dont sainte Opportune fut l’abbesse et saint Evroult le fondateur.

Une vieille légende raconte ainsi le miracle du Pré-Salé, opéré par sainte Opportune : «Un garde s’était permis, contre toute justice, de s’approprier l’âne du monastère; il s’était même répandu en injures violentes contre sainte Opportune, qui, en sa qualité d’abbesse, était venue le réclamer, et il s’était écrié que le pré où ils se trouvaient serait couvert de sel avant qu’il consentît à lui rendre son âne : il ne fut pas peu surpris le lendemain matin de voir son imprécation réalisée. Tout confus, il va trouver sainte Opportune et, pour obtenir son pardon, lui offre le pré témoin du miracle; ce pré a conservé depuis le nom de Pré-Salé. » L’abbaye d’Almenèches ne fut plus, à partir de 1736, qu’une simple obédience.

L’église, remarquable par son ornementation , appartient à plusieurs époques; la nef, reconstruite, grâce à la munificence de Marguerite de Navarre, duchesse d’Alençon, date de la première moitié du xvi* s. On vante l’harmonie des proportions, l’heureuse disposition des fenêtres à plein cintre et à légers meneaux, l’élégante simplicité des voûtes, dont les clefs seules s’abaissent en gracieux pendentifs; deux autels (chapelles latérales) ornés de jolis bas-reliefs en pierre; le maître-autel, décoré de bas-reliefs et de sculptures et dominé par trois grandes statues, de Notre- Seigneur, de sainte Opportune et de saint Benoît; et une console en marbre, que supporte un chérubin (à côté se voient les bustes de saint Godegrand et de sainte Opportune).

Le chœur est bas et massif. La tour, qui paraît plus ancienne que la nef, a reçu, lors de la reconstruction de la nef, un supplément d’ornementation assez, remarquable.

Dans les environs d’Almenèches se voit un beau lumulus.

« Plus que partout, dit M. Charles du Hays, — les 'souvenirs équestres abondent. »

M. du Hays cite le château des Pantouillères, aujourd’hui en ruine , le manoir du Plessis, le manoir de la Motte, et de nombreuses fermes.

[Excursion, par (1 kil.) Medavy, v. de 304 hab. (vieux castel, herbages renommés), à (6 kil.) Mortrée, ch.-l.

de c. de 1416 hab., au N. et en deçà duquel se voit le magnifique château d’O. Ce château, précédé d’une belle avenue de hêtres, composé d’une façade et de deux ailes, occupe les trois côtés d’un carré qu’entoure une petite rivière. Il appartient à plusieurs époques. L’aile du N. date de la première moitié du xvi' s ; celle du S., à l'exception d'une tour crénelée, est bien postérieure; on y remarque de beaux médaillons de la Renaissance. La façade principale est une construction de 1770, sans caractère. « Cette étendue de pierres blanches et de moellons cache à l'intérieur, dit M. de la Sicotièra, un promenoir de la Renaissance soutenu par des colonnes octogones aux fûts chargés d’enroulements et de folles arabesques, aux chapiteaux délicatement sculptés.... L’aile du N. se compose, à l’extérieur, de deux tourelles d’inégale largeur et d’inégale hauteur, accostant la porte latérale, d’un corps principal et d’une charmante tourelle en encorbellement; la plus grande tourelle se voit à l’intérieur de la cour. — Le dernier des d’O fut un des mignons d’Henri III. La terre d’O fut adjugée, le 25 octobre 1611, à Alexandre de la Guesle, en faveur duquel Louis XIII l’érigea en marquisat (1616); la nièce d’Alexandre de la Guesle la porta à Pierre Séguierde Sorel , et la fille de Séguier de Sorel à Louis-Charles-Albert de Luynes, qui la vendit aux Montaigu. Elle appartient aujourd’hui au marquis d’Albon. »

Le château de Clnai, situé à environ 3 kil. au S. E. de Mortrée, est

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