DE SA1NT-LÔ A AVRANCHES. [ROUTE
Madrid), avait pris les armes et excitait par son courage l'exaltation religieuse des soldats.
C’est à Avranches et dans ses environs qu’éclata, le 16 juillet 1639, la révolte des Nu-Pieds, ou paysans armés contre la gabelle. Poupine), lieutenant particulier du bailliage de Coutances, pris pour un officier de la gabelle par les émissaires de l'impôt, se voit tout à coup cerné dans son hôtellerie par le peuple en fureur. « On le saisit, on l'accable de coups de pierres et de bâtons, dit A. Guilbert ; son épée lui est arrachée, et on la lui passe au travers du corps. Les femmes même profitent du moment où il est terrassé pour s’approcher de lui avec leurs fuseaux et lui crever les yeux. » De nombreuses scènes de désordre suivirent le meurtre de Poupinel. Le quartier général des insurgés fut établi sous les murs d’Avranchcs. « Leur mystérieux général, Jean Nu- Pieds, fit afficher des ordres du jour dans toutes les paroisses, défendant, sous peine de la vie, d’y souffrir aucun monopolise. Mal en prit à ceux qui s’avisèrent de résister aux injonctions du chef de la révolte. Une bande de quatre à cinq cents hommes, détachée d’Avranches, alla, tambour battant, à Pontorson et à Mortain, dont elle rançonna les habitants et brûla plusieurs maisons.. .Un lieutenant-colonel improvisé, la Basilière, transmettait les ordres de l’invincible général Jean Nu- Pieds. Venait ensuite le prêtre Morel, vicaire dans l'un des faubourgs d’Avranches : sous le nom de capitaine des Mandrins, il s’était rendu redoutable par son audace; du quartier général, il expédiait des mandements aux curés de tous les villages, avec commandement de les publier aux prônes des messes paroissiales. Les plus connus des chefs des rebelles étaient le curé de Saint-Senier, près d'Avranches, Bastard, autre prêtre du pays, les Champmartin, les Lalande, les des Planches, les la Louey, les Latour, les Rigaudière, les la Chesnaie,les Turgot-les-Piliers (A. Guilbert, Villes de France). »
Le désordre était arrivé à son comble, lorsque Gassion, après avoir pacifié Caen, se précipita sur Avranches et livra bataille aux rebelles qui ne se rendirent qu’à la dernière extrémité. Gassion fit égorger sans merci tous ceux qui tentèrent de prolonger la résistance. Ce combat coûta la vie à un grand nombre de révoltés; les troupes royales, de leur côté, furent rudement éprouvées.
Gassion traita cruellement les habitants
d’Avranches; les maisons furent pillées, les hommes massacrés et les femmes déshonorées. « On donna la vie à un des mutins, raconte Tallemant des Réaux dans ses Mémoires, à condition qu'il pendrait les autres. Il eut de la peine à s'y résoudre. Enfin, il le fit; il y en avait un qui était son cousin germain ; quand ce vint à lui : Hé! cousin, lui dit-il, ne me j>ends pas. Cela passa en proverbe. Cet homme quitta le pays et se fit ermite. >
Avranches eut encore beaucoup à souffrir pendant les guerres de la Vendée. Lescure, blessé à Chollet, fut enseveli près d’Avranches, sur le bord de la route.
Avranches est la patrie du général Roger Valhubert, tué à Austerlitz.
La basilique d’Avranches, bâtie sur le sommet de la colline, dans une situation pittoresque, fut commencée vers 1090 et consacrée en 1121 sous le pontificat de Turgis, à l’époque où l’abbé Maiuard érigeait au Mont-Saint- Michel la belle salle des Chevaliers ; elle offrait le mélange des styles roman et gothique. Les deux tours du portail, très-élégantes, existaient encore en 1810 et portaient un télégraphe.
Ce bel édifice s’écroula subitement en 1790, avec un fracas épouvantable.
Il n’en reste plus aujourd’hui qu’un tas de débris conservés sur la promenade, devant l’hôtel de la Préfecture, des gargouilles, des chapiteaux, un tombeau. Une pierre, entourée de bornes et de chaînes, porte l’inscription suivante :