ROUTE 86] COUTANCES. — HISTOIRE
ri ères de granit. On traverse ensuite un petit vallon, et, après avoir atteint 120 mèt. au-dessus de la mer, on laisse, à g., le château deSarigny, situé sur la commune de ce nom (790 hab.), à dr. (2 kil.) Cambmwn (1247 hab.), dont le château a été entièrement démoli. L’église, sans intérêt pour l’archéologue, est bâtie sur un point culminant (140 mèt. d’altit.) , dans les environs duquel la Taute prend sa source. — Un peu plus loin se montre à dr. Saint-Nicolasde-Coutances, v. de 8ô8 hab., où se trouvait la source qui entretenait l'aqueduc de Coutances. — On rejoint la route de Granville à Carentan par Périers avant d’entrer à
28 kil. Coutances (hôt. : de France; — du Dauphin; libraire : Saletles ), V. de 8062 hab., chef-1. d’arrond.
du départ, de la Manche, siège d’un évêché, bâtie sur un mamelon de granits syénitiques qui s’élève entre la Soulle canalisée et le ruisseau de Bulsard. De la colline, où s’étagent ses maisons et ses édifices, on découvre un beau panorama sur les charmants vallons qui l’entourent. Sa situation, ses églises Saint-Pierre et Saint-Nicolas et surtout sa magnifique cathédrale, dédiée à Notre- Dame, méritent la visite des touristes.
Les savants ne sont pas d’accord sur les origines de Coutances. Avant l’occupation romaine, Coutances, sous le nom de C’osed ta, était comprise dans la Gaule Celtique; elle était alors une des principales villes de la tribu des Unelles ( Unelli), dont le chef, Viridovix, fut vaincu par les Romains-, Coutances ût dès lors partie de la province lyonnaise, et, après avoir changé, vers la fin du in* s., son nom de Cosedia, pour celui de Constanlia, Constance, fut probablement fortifiée par l’empereur Constance-Chlore. Plus tard, elle fut érigée en évêché suffragant de l’archevêché de Rouen. Comprise, au VIe s., dans la Neustrie, elle figure dans lesannales historiues sous le nom de capitale de comté u Cotentin, nom qu’elle porte encore pendant le règne de Charlemagne. — Les Normands, pendant leurs fréquentes incursions sur les eûtes du Cotentin, la pri-
rent en 886 et la détruisirent de fond en comble. — Sous Guillaume le Conquérant (1056), eut lieu l’inauguration de la cathédrale. En 1117, pendant les luîtes qui éclatèrent entre les prétendants à la succession de Guillaume le Conquérant, Coutances fut prise d’assaut par Foulques d’Anjou, reprise quelque temps après par Henri 1", roi d'Angleterre, puis reconquise par GelTroy Plantagenet, comte d’Anjou.
Après avoir été vainement assiégée, en 1356, par Godefroy d’Harcourt, Coutances passa, en 1417, sous la domination anglaise et y resta jusqu’en 1449. — La prise de la ville par le duc de Bretagne, qui s’en empara par trahison, la démolition de ses fortifications par ordre de Louis XI, sont les seuls événements importants qui se soient accomplis à Coutances depuis son affranchissement de la domination anglaise jusqu’aux guerres de religion. Les protestants s’en emparèrent en 1561, 156t, 1563 et 1566. « Ils y commirent toutes sortes d’excès, assassinèrent des prêtres, violèrent les tombeaux des évêques, brûlèrent l’église des Dominicains, celle de Saint Nicolas, démolirent l’aqueduc de Coutances et firent toute sorte d’avanies à l’évêque Arthur de Cossé, qu’ils déguisèrent d'une manière ridicule et conduisirent à Saint-Lô, monté sur un âne, la tète tournée vers la queue de sa monture (Annuaire Normand de 1866). » — Coutances échappa aux horreurs de la Saint-Barthélemy, grâce à Matignon qui refusa d’obéir au roi, et, depuis cette époque, son histoire n’otlre d’autre événement important que la révolte des Nu-Pieds (xvn* s.), causée par la création de la gabelle en basse Normandie. « Il y avait alors à Coutances, dit M. Augustin Chevalier ( Villes de France), un receveur des Quatrièmes, appelé Nicole; lui et ses employés, dans l’appréhension d’un soulèvement prochain, se tenaient toujours sur le qui vive. Un soir, voilà qu’on entend sonner bruyamment les cloches d’une des églises de la* ville. C’était un baptême : mais les commis de la taille et le receveur s’imaginèrent que c’était le tocsin, et qu’on se préparait à les attaquer. Ils sortent soudain, sans réflexion, et, tout au hasard, tirent dans la rue plusieurs coups de feu, qui tuent ou blessent quelques bourgeois inoffensifs. Le peuple s’indigne: on s’excite, ou maudit les partisans, les yabeleurs, les maltôtiers, les monopolters. Le lendemain, de bon matin, le tocsin retentit dans toutes les églises. Les habitants des villages d’alentour, les paysans