LAIGLE
rier, dit M. de la Sicotière, formée d’un poudingue siliceux, d’environ 4 mèt. de long, sur 3 mèt. 50 c. de largeur moyenne, et 55 c. d’épaisseur, est disposée du N. au S. et soutenue, presque à fleur de terre, par quatre supports dont deux ont été brisés. » Sur l’un des supports se voient des empreintes légères, disposées en triangle et paraissant figurer le premier quartier de la lune. — A peu de distance du dolmen s'élève le petit manoir du Jarrier, qui offre d’étroites meurtrières et les débris d'un écusson.
L’église, ancienne chapelle prieurale du xm* s., renferme des vitraux de la même époque, un banc d’œuvre orné de jolies boiseries du xvi* s. et un bon tableau ( sainte Cécile).
60 kil. Laigle (hôt. de l'Aigle-d’Or, recommandé), ch.-l. de c. , V. de 5676 hab., est agréablement située sur le penchant d’un coteau et dans la vallée de la Rille, à l’entrée d’une belle forêt. Vue de la station, elle se présente sous un aspect riant et pittoresque. Elle est en général bien bâtie et doit sa prospérité croissante à ses nombreuses et importantes fabriques d’épingles, d’aiguilles, d’agrafes, etc.
Le château fort de Laigle fut probablement construit dans les premières années du xi' s. « Fulbert de Beine, en faisant bâtir cette forteresse, trouva, dit la légende, un nid d’aiglons dans un chêne. Il considéra sa découverte comme un heureux présage et sa forteresse reçut le nom de Laigle, nom qui resta à la ville. » L’un des seigneurs de Laigle accompagna Guillaume le Bâtard dans son expédition contre l'Angleterre. Il fut tuéà Hastings,mais Guillaume augmenta les domaines de ses fils dont l’un, Richard I", seigneur de Laigle, fut un intrépide guerrier. — Laigle fut prise et saccagée par les protestants en 1563; mais pas une goutte de sang n’y fut répandue pendant les journées néfastes de la Saint-Barthélemy, grâce à Matignon, gouverneur d’Alençon. — « En 1830, dit M. de la Sicotière, Charles X s’arrêta une nuit à Laigle avec ses gardes du corps fidèles, et l’on montra longtemps, sur une
petite promenade, l’écorce des arbres rongée par leurs chevaux. »
L église Saint-Martin date deplusieurs époques. Le clocher carré (xv' s.), flanqué d’une tourelle octogonale, se fait remarquer par son ornementation, en pinacles sculptés, culs-de-lampe, dais, dentelles, statues, etc. L’abside et la tour de l’horloge remontent au xne s. La façade (Renaissance) qui donne sur la place offre des contre-forts ornés de niches couronnées par des dais trèsélégants. L’intérieur est orné de clefs de voûte délicatement sculptées et de plusieurs verrières parmi lesquelles on remarque surtout celles qui figurent :
l’Image de saint Nicolas avec les enfants dans un baquet, la Prédication de saint Jean dans le désert, la Descente de croix (ces trois verrières sont surmontées de dais peints en grisailles, finement exécutées), la légende de saint Hubert (inférieure aux précédentes), le Crucifiement, le Sacrifice d’Abraham, etc.
L’église Saint-Jean, remaniée à la fin du xv* s., est surmontée d’un clocher orné de statues et de sculptures remarquables. On signale, à l’intérieur, des panneaux en bois sculpté, et un beau retable, en bois, composé de 4 colonnes corinthiennes.
Le château , bâti en briques dans le style du xvii* siècle, présente :
une double façade au S. et à l’E . ; des pavillons saillants; des écuries presque monumentales; trois rangs de terrasses descendant jusqu'à la Rille; des jardins et des pelouses habilement dessinés et une magnifique avenue de tilleuls séculaires.
Nous signalerons en outre, à Laigle :
— des maisons en bois assez anciennes ainsi que des débris de casemates et de souterrains des fortifications détruites ; — V hôtel de ville;
— l’hospice, situé en dehors de la ville, près de la forêt ; — le champ de foire, couvert de pelouses et planté d’arbres. Les bords de la Rille et la
forêt de Laigle offrent de riantes et pittoresques promenades.
La fabrication des épingles, des aiguilles, des pointes de Paris, des fils de fer et de laiton, des ouvrages de chaudronnerie et de grosse quincaillerie, la couture des gants et des corsets, la tannerie, etc., constituent les principales branches de l’industrie de Laigle.
Les environs de Laigle sont parsemés d’usines importantes, parmi lesquelles figure, au premier rang, celle (le M. Mouchel, située dans la vallée de la Rille, à 7 kil. de Laigle, sur le territoire de la commune d'Aube-sur- Rille (405 hab.). Dans cette usine, entourée de belles prairies pour lesquelles M. Mouchel a inventé un ingénieux système d’arrosage, se fabrique, chaque année, une quantité considérable de chaudrons et de casseroles en cuivre, a A g., dit l’Annuaire normand de .1863, sont les fours à recuire le métal ; 'à dr. les ateliers où les machines à contourner les bordures, à préparer le travail des marteaux au moyen de tours formidables, et surtout les huit martinets frappant sans relâche, achèvent de donner au métal la forme régulière. La roue motrice prend l’eau à peine au quart, et par sa précision, sa forme bien combinée, elle acquiert une force que ne pouvait guère permettre la faible chute de cette usine.
« De là le regard plonge sous les grands arbres et aperçoit toutes les merveilles de celte vallée féerique; à dr. le Castel-Pont , charmante construction qui tire son nom du pont sur lequel s’arrêta le Président de la République en 1850; plus loin, la forge d’Aube; à g., la tréfilerie de Bois- Tltorel , et , sur la colline, au milieu des massifs de verdure, le manoir habité jadis par le père de M. Mouchel et presque entièrement reconstruit par ce dernier, dans le genre anglais. »
Du naut du coteau sur lequel est assis ce manoir on découvre un char-
mant paysage. A dr., se montre Bois- Thorel s’ombrageant sous le gigantesque chêne qui porte l’inscription de la naissance du fondateur de l’usine, le grand-père de M. Mouchel, né le 21 juin 1723; dans le lointain, se dresse le petit clocher de Beaufai ; sur le second plan se voient le v. d’Aube, ses deux usines, de charmantes plantations de sapins, etc.
De Laigle à Conches, R. 65; — à la Ferté-Fresnel, R. 99; — à Mortagne, R. 100.