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ROUTE 93] SAINT-SEVER. — VILLEDIEU

tes; plusieurs pierres tombales fort anciennes et une crypte en forme de croix, etc., le chemin de fer parcourt une contrée boisée et sillonnée par des cours d!eau serpentant dans de petits vallons d’un aspect riant ou pittoresque.

12 kil. Saint-Sever, ch.-l. de c.

de 1507 hab., situé sur la lisière N. de la forêt de ce nom, possédait autrefois une célèbre abbaye de Bénédictins dont les bâtiments conventuels (xvii* s.) servent actuellement de mairie, de prétoire, d’écoles et de caserne de gendarmerie. Un beau perron à deux rampes précède la façade principale.

Les parties les plus anciennes de l'église abbatiale, devenue paroissiale, sont le sanctuaire et la fenêtre qui en est la plus rapprochée du côté S.

Cette fenêtre, construite dans le style gothique du xm* s., offre des vitraux tort remarquables de la même époque.

Le curé actuel de Saint-Sever a fait graver sur le pavé du chœur de son église la liste des abbés dont il a pu recueillir les noms.

Dans la forêt de Saint-Sever (4 kil environ) se trouve l'Ermitage, ancien couvent deCamaldules. Les bâtiments qui subsistent sont d’une grande simplicité et n’offrent d’ancien , dit M. de Caumont, qu’une fenêtre en accolade éclairant une salle qui servait de sacristie. L’église date de 1776 et renferme quelques bonnes peintures ; elle est pavée, sauf le sanctuaire et la chapelle, de tombes en granit.

La voie ferrée franchit la Sienne et passe du départ, du Calvados dans celui de la Manche, en parcourant un joli pays boisé qui olfre, presque partout, de gracieux accidents de terrain. Les villages les plus rapprochés sont, sur la dr. : Courson (1256 hab. ; dans l’église, précédée d’un beau porche ogival : fonts baptismaux remarquables, belle tribune gothique, arc triomphal du xvii* s. entre le chœur et la nef; près de l’église, if magnifique dont le trons a environ 2 mèt. de diamètre), Sainl-Aubin-

des-Bois (619hab.),fîeston (1101 hab.) et Sainte-Cécile (698 hab.; église des xv* et xvi* s. renfermant des tombes de 1600 à 1640). Sur la g. se montrent Fontenermont (350 hab.) et Saint-Maur-des-Bois (354 hab.).

26 kil. Villedieu -les -Poêles, ch-l. de c. de 3789 hab., petite ville bâtie dans la riante vallée de la Sienne, tire son nom de la quantité de chaudronniers qui y sont établis.

De tous côtés, ,en effet, les oreilles sont frappées par le bruit des marteaux résonnant sur l'enclume et le sifflement de la fonte dans ses canaux. Une fois fondus, le cuivre et le fer se transforment, à Villedieu, en lutrins, croix, lampes, encensoirs, candélabres, balustrades, et en objets de ménage de toute espèce. Villedieu est divisé en trois parties : le quartier du Pont-de-Pierre , celui du Pont-Chignon, et celui de Bourgd’Envie qui occupe une position délicieuse. — La chapelle Saint-Biaise est le seul débris d’une comraanderie de Templiers située dans l’Ile Bilheust et dominée par un coteau escarpé couvert d’un bois. — L’église (xv* ou xvi* s.), bâtie en granit, offre extérieurement de nombreuses sculptures (balustres, claires-voies, singes, oiseaux, etc.), et renferme un curieux tableau à compartiments représentant l’Adoration du Saint-Sacrement.

— On remarque aussi à Villedieu les ruines d’un château fort et un pont de pierre très-ancien.

A Saint-Lô et à Avrancbes,R. 85.

On laisse à g. Saultchevreuil (R.

85) et la Lande d'Airou (937 iiab.).

La petite rivière d’Airou prend sa source près de ce dernier village, au dessus de l’élang de Montravers. L’église (xvi* s.), bâtie sur un coteau et isolée du bourg, offre un assez joli portail; de belles croix rondes ornent le cimetière. Le château date du xvn* s. — A dr. se trouvent Fleury (1037 hab.) et Champrepus (785 hab.).

L’église de Fleury a conservé quel-

ques parties romanes; elle offre des toits élevés, des contre-forts remarquables par leur élévation, une belle fenêtre du xivc s., d'élégants pendentifs (voûtes du chœur) , plusieurs statues anciennes, «te. — On franchit ensuite l’Airou entre le Tanu (dr.), v. de 641 hab. , et Bourguenolles (g.), v. de 465 hab., puis on croise une route qui dessert sur la g. f4 kil. env.) la Haye-Pesnel, ch.-l, de cant. de 900 hab. , bâti sur le flanc et le sommet d’un coteau au pied duquel coule le Thar. La nef, le chœur et les transsepts de l’église sont modernes. La tour est ancienne.

On conserve, dans le trésor, ditM. le Héricher, un calice que la tradition fait remonter à saint Louis. — — Sur le flanc du coteau dont le Thar baigne la base , en face de l’éminence arrondie que recouvre le bois de la Luzerne, se voit une motte désignée sous le nom de Chdtel; cette motte doit être le dernier vestige d’un établissement militaire important.

« Le château-Ganne , «lit M. le Héricher, était hors du bourg ; il n’en reste qu’un bloc énorme de maçonnerie et un retranchement.

« Dans ce campement semi-circulaire qui s’appuie aux restes du château Ganne, nous trouvons un trèsrare exemple d'une de ces Haya ou Ilaga, que les premiers Normands et même ceux du xr s. firent en Normandie et en Angleterre. Ce camp, très-bien conservé, offre un rempart double en quelques parties et couvert d’arbres. Le château des Pesnel dut s’élever au xr s. Plusieurs membres de la famille des Pesnel se rendirent célèbres au moyen âge. L'un d’eux, Foulques, ayant pris parti pour les Anglais, sous la régence de la reine Blanche, le nom de Ganne (félon) fut ajouté à celui de son château.

La voie ferrée traverse les villages de Folligny (505 hab.; église en partie romane, château du xvi' s.) et de Saint-Jean-des- Champs (960 hab.; église des xir et xui" s., avec tour du

xiv'; manôir ou château du Pont- Roger, construction du xvni* s.).

Les villages les plus rapprochés de la voie sont (à dr.) Saint-Sauveur (514 hab.), Longueville (530 hab.) et Yquelon ; (à g.), Anctoville (206 hab.) et Saint-Nicolas-près-Granville.

56kil. (323 kil. de Paris) Granville (hôt.: Grand Hôtel du Nord, recommandé; de la Boule-d'Or; du Soleil; — libraires : Beaufils, Choinel, Mme Le Mare), V.de 17 180 hab., sur la Manche, à l’embouchure du Bosq, est bâtie en partie sur un rocher abrupt et pittoresque, rongé parles flots de la mer et dénudé par les vents qui soufflent souvent avec violence. Granville se divise en Ville-Haute et en Ville- Basse. La Ville-Haute, séjour de la bourgeoisie qui fuit le bruit et l’agitation des affaires, est entourée de murailles reconstruites en 1720. La Ville-Basse est le quartier desaffaires; c’est là qu’habitent les négociants et les armateurs. De la promenade Vaufleury l’œil embrasse la ville tout entière, les faubourgs, les jetées, le bassin, les quais, et un vaste horizon. Un fort domine la ville à l’O.

Un petit château fort et une chapelle, construits vers le milieu du xe s., par uu chef normand, sur le rocher de Granville, furent l'origine de la .cité actuelle. Charles VII fit achever les fortifications de Granville, et, pour en accroître la population, promit de nombreuses immunités aux étrangers qui viendraient l’habiter.

Les fortifications, démolies par ordre de Louis XIV, furent relevées en 17‘io et notablement augmentées en 1744. Le fait le plus saillant que relatent les annales historiques de Granville, c’est la courageuse résistance que cette ville opposa, en 1793, à l’armée vendéenne, commandée par la Rochejaquelein. Les Vendéens, en mettant le siège devant Granville, comptaient sur la coopération de la flotte anglaise ; ce secours leur ayant fait défaut, ils levèrent le siège après avoir perdu un grand nombre des leurs et opérèrent leur retraite sur Avranches. Un tableau, placé à la mairie, rappelle le souvenir de ce siège mémorable. Les Anglais bombardèrent Granville en 1803 ;

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mais les habitants se défendirent avec un grand courage, et une écharpe d’honneur fut décernée, par un arrêté des consuls, au maire de cette ville, « pour la belle conduite qu’il tint pendant le bombardement. »

Granville a donné le jour à l’amiral Plëville le Pelley, ministre de la marine sous le Directoire ; son portrait orne une des salles de la mairie et son nom a été donné à une nouvelle place située à l’entrée du port.

L’église Notre-Dame, bâtie sur le point culminant du promontoire de Lihou, et dominant le roc, le port et la mer, a conservé quelques parties du style roman;. elle appartient, dans son ensemble, au style ogival flamboyant. Une partie de la tour et les bas côtés datent du xvi* s.; la nef et le chœur paraissent être du commencement du xvii* s., les transsepts et la sacristie de la fin du môme siècle. La façade principale est massive et lourde et il n’existe aucune proportion entré la tour et la flèche qui la surmonte.

A l’intérieur, on remarque surtout les deux colonnes monolithes qui soutiennent le buffet d’orgues et les nombreuses pierres tombales qui recouvrent le sol. La plupart des fenêtres de l’abside sont décorées de vitraux modernes.

Les autres monuments de Granville sont : le tribunal de commerce , dont la façade est ornée de colonnes de marbre bleu ; — l'hôtel de ville ; — une maison de la Renaissance (en ruine) sur la place d’Armes ; — les casernes, sous lesquelles s’étendent des grottes creusées par la mer et dont les parois sont revêtues d’une mousse couleur de sang ; — le nouveau môle, belle construction en granit, commencée en 1828, par l’ingénieur Bourgognon ; — et les deux jettes neuves que sépare une vieille jetée en blocs secs.

Le lloc de Granville, surmonté d’un phare construit en 1827, est, depuis quelques années, l’objet de grands travaux exécutés par la génie mili-

taire, qui l’a déjà fait environner d’une ceinture de boulevards , pittoresques promenades d’où l’on découvre un vaste et beau panorama.

Une sorte de porte taillée dans la falaise (elle se nomme la Tranchéeaux-Anglais ) aboutit à une petite plage unie, sans galets, recouverte d’un sable fin. Un établissement de bains y a été fondé à l’endroit même où l’un des ruisseaux de la ville, se • déverse dans la mer. Un petit Casino en bois, construit au-dessous d’un rocher à pic , renferme une salle de lecture, un salon pour bals, concerts et fêtes, une salle de jeux , etc. Ce casino, que les habitants du pays appellent la cabane, est tellement abrité par la falaise qu’il ne reçoit jamais un rayon de soleil.

Le port de Granville est le 7' de France pour son importance commerciale. Le bassin à flot, livré au commerce à la fin de 1856, peut recevoir des navires du plus fort tonnage et des frégates à vapeur. Il y entre par an (sans parler du cabotage) 300 à 320 navires, et il en sort 360 à 380.

Le port de Granville exporte : des huîtres, des pierres ouvrées, des bois communs , des grains et farines de froment , du sel marin et du sel gemme, des graisses de poissons, etc.; il importe : des engrais, du résidu de noir animal , des résines , des eauxde-vie, des vins, des grains et farines de seigle , d’orge et de maïs, des fers et aciers , des poteries , des verres et cristaux, des écorces à tan, etc.

Les grandes pêches et la pêche aux huîtres (la pêche aux huîtres est peu abondante depuis quelques années par suite de l’épuisement des bancs d’huîtres) donnent une grande animation au port de Granville ; les bois du Nord y trouvent un important débouché.

L’industrie granvillaise comprend, en première ligne, la construction des navires, qui y a acquis un important développement, et, en seconde ligne, la salaison des poissons, la fabriça-

tion d'huile de foie de morue et de produits chimiques.

Saint-Pair.

Excursion à (3 kil. , par une route qui domine la mer et d’où l’on découvre de beaux points de vue) Saint-Pair (hôt. de France), b. de 13*27 hab., situé sur le penchant d’un coteau peu élevé , au-dessus des prairies et des dunes, au bord de la mer et de l’embouchure de la Saigue. «Un château, au fond d’une longue avenue, dit M. Pigault, un clocher décapité par les orages et miné par le temps , des maisons groupées autour de la vieille église ou éparses dans la campagne, des cabanes pour les baigneurs semées sur la grève, voilà ce qui compose cette gracieuse bourgade. La mer, resserrée dans une crique que bornent la pointe de Carolles, les côtes de Bretagne, les îles de Chausey et le port de Granville , semble, sous les rayons du soleil, un lac transparent. »

L’église de Saint-Pair date , en grande partie , du xi* (base de la tour et bas du chœur) et du xn* s.

« La tour, ajoute M. Pigault, est supportée par quatre piliers massifs sur lesquels se groupent de petites colonnes en demi-relief, qui en dissimulent l’épaisseur. » Les chapiteaux de ces colonnes sont ornés de têtes fantastiques , de feuilles, de volutes, de fleurs, d’étoiles, etc. L’archivolte des fenêtres s’appuie sur des colonnes ou des pilastres. — Le porche septentrional (xii* s.) offre d’élégantes colonnettes à chapiteaux romans et une belle voûte ogivale. — Les sculptures du chœur sont travaillées avec un art exquis ; les nervures des voûtes et les pendentifs sont d’une délicatesse extrême. Au milieu du chœur se voient les tombeaux de saint Pair et de saint Scubilion. Les statues des deux saints personnages, revêtqes des ornements sacerdotaux, sont étendues sur ces tombes , la tête appuyée sur j un coussin. Ces statues, en tuffeau, |

datent du xtv* s. — Une chapelle , récemment ajoutée à l’église, renferme les reliques de saint Gaud.

Saint-Pair possède, en outre, deux chapelles, l’une en l’honneur de sainte Anne et l’autre sur l’emplacement de la cellule de saint Gaud. 11 ne reste que de faibles vestiges de l’ancien château fort de Saint-Pair , qui s’élevait sur la pente d’un coteau au pied duquel coule la Saigue.

Le petit château moderne , que l’on aperçoit sur le bord de la mer, à l’extrémité d’une avenue, n’a aucune valeur architecturale.

A la sortie du bourg se voient les bâtiments de l’ancienne baronnie, à demi ruinés et surmontés de hautes cheminées.

« Enfin, dit M. Pigault, à la pointe où le Thar vient tomber dans la grève, et au bord môme de la mer, jaillit une source limpide nommée la fontaine Sainte-Anne. C’est saint Pair qui a fait sortir cette eau du caillou de Thar, en le frappant de son bâton, un jour que lui et ses compagnons prenaient leur repas en cet endroit. »

Les bains de mer de Saint-Pair sont très- fréquentés depuis quelques années. La plage y est très-belle.

La mare de Bouillon, située sur le bord de la mer, à 4 kil. au S. de Saint- Pair, a environ S8 hect. de superficie.

« Les bords de la mare sont tour à tour agrestes et maritimes. A l’O. et au N., des dunes de sable nues et arides, peuplées de courlieux et de mauves, la mer et Granville à l'horizon; au S. et à l’E., au milieu de la verdure , le petit hameau de Bouillon avec son rustique clocher. Du côté de la campagne, les bords de la mare sont très-retirés et très-solitaires. »

De la mare de Bouillon on peut monter, en 3 h., à la pointe de Corolles, falaise sauvage dominant une grève semée de récifs.

Les Hes Chausey.

Excursion aux îles Chausey. — Situéesà 11 kil. environ de Granville,

[ROUTE 94] ILES DE CHAÜSEY. — ÉCLUSELLES.

les Iles Chausey forment un archipel de 12 kil. d’étendue. Les principales sont : la Grande-Ile , 17/e- Longue et les Trois-fhiguenants. Elles produisent eu petite quantité du foin, du froment et de l’orge, mais elles sont peuplées de lapins sauvages et il y croît certains légumes d’une saveur et d’une grosseur remarquables. On y exploite d’abondantes carrières de granit d’où l’on tire de magnifiques pierres de taille (5 ou 600 ouvriers). Plusieurs Ilots sont couverts de verdure , d’autres sont hérissés de rochers aux formes bizarres et pittoresques; outre l’extraction du granit, la pèche des crevettes (les plus belles qui se vendent sur les marchés de France) et l’incinération des varechs pour l’extraction de la soude, forment les principales industries des habitants des 62 lies qui composent le groupe des îlesChausey.

Un service quotidien de bateaux à vapeur est établi entre Granville , Guernesey et Jersey. — De Granville à Jersey, 5 fr.50c. et 4 fr.

De Granville à Coutances et à Saint-Lé, R. 86 ; — à Avranches, R. lit.

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