GAILLON
Portmorl (488 hait.), où Ton remarque une pierre druidique, sur le bord de la route départementale des Andelys, et les débris d’une forteresse, construite par Philippe Auguste, au hameau de Chùteauneuf. Enfin, sur la rive g. de la Seine, on aperçoit Saint- Pierre- la-Garenne, v. de 455 hab.
94 kil. Gaillon (omnibus, 30 c.; — hôt. : d 'Évreux; — café de France), V.
de 3340 hab., située sur la g. à 2 kil. de la station. La route, large et commode, qui y conduit, côtoie à dr. les murs d’enclos d’un ancien couvent de Chartreux, aujourd’hui propriété particulière. Ce couvent, dont il ne reste plus que quelques bâtiments complètement défigurés et transformés en ferme, était renommé autrefois pour sa richesse. Une partie de sou magnifique mobilier orne aujourd’hui les églises des Andelys.
La ville de Gaillon, dont la route de Paris à "Rouen, bordée de maisons très-anciennes pour la plupart, forme la rue principale, est bâtie au pied et sur le penchant d’une colline, percée de petites rues escarpées et couronnée par les restes de l’ancien château fort et la maison de détention.
En 1262, EudesRigault, archevêque de Rouen, fit bâtir à Gaillon une forteresse, qui fut prise et ruinée parles Anglais en 1424. En J515, le cardinal Georges d’Amboise, premier ministre de Louis XII, la remplaça par un château magnifique auquel il consacra, avec l’assentiment du roi, les sommes qu’avaient payées les Génois en expiation de leur révolte. Les architectes Jean Joconde, Androuet du Cerceau, et le sculpteur Jean Juste de Tours, réunirent dans ce monument les chefsd’œuvre de l’art de la Renaissance alors à son origine, mélangés aux dernières traditions du style ogival (voir l’ouvrage de M. Achille Deville).
Charles IX, Henri III, Louis XIV et Louis XV visitèrent cette magnifique demeure. Henri IV y résida quelques jours en 1596. Le cardinal de Bourbon y fut proclamé roi de la Ligue. L’ar-
chevêque de Harlay y établit, dans le xvn" s., une imprimerie d’où sortit un recueil ayant pouf titre : Mercure de Gaillon. Dans la chapelle, les évêques de Normandie, réunis en concile, condamnèrent les Maximes des saints de Fénelon. Vendu en 1793, le clulteau de Gaillon fut démoli en très-grande partie ; il n’en reste plus aujourd'hui que le porche d’entrée, construit par Georges d’Amboise, flanqué de 4 tourelles et revêtu d’inscriptions et de bas-reliefs; le beffroi de l’horloge; une tour de la chapelle, et un souterrain profond. On a vendu à vil prix les merveilleuses œuvres d’art de cette somptueuse résidence et converti son orangerie en filature. L’admirable portique qui séparait autrefois la première cour de la deuxième, a été enlevé pièce par pièce et réédifié dans la cour du palais des Beaux-Arts, à Paris. D’immenses travaux, exécutés depuis 1812, ont complètement changé la physionomie du château de Gaillon.
C’est actuellement une maison centrale de détention pour les condamnés desdépart, de l’Eure, de l’Orne, d’Eureet-Loir, de la Seine-Inférieure et de la Somme ; elle compte environ 1300 détenus. Une colonie pénitentiaire, dite colonie d’Édouard, établie à environ 8 kil. de la maison de détention, comprend près de 700 jeunes garçons. — Les nouvelles constructions ont épargné une vaste terrasse du haut de laquelle on aperçoit devant soi tout Gaillon, dominé à dr. par Saint- Aubin-sur-Gaillon , dont le clocher pointu attire de loin les regards; on découvre à g. la vallée de la Seine, Château-Gaillard et les Andelys.
L’e'glise de Gaillon ne mérite qu’une mention, mais on doit signaler, dans la Grande-Rue, une magnifique maisson en bois du xv° s., décorée de monstres, de têtes d’hommes et d’animaux, et de diverses sculptures très-curieuses.
A 3 kil. environ , sur le penchant delà colline qui domine Gaillon au N. O., ou trouve le v. de Saint-Au-
bin- sur- Gaillon (876 hab.), bâti dans une situation pittoresque, au milieu des arbres , et dans le cimetière duquel on doit élever un tombeau à Marmontel. Ce littérateur célèbre mourut à Abbeville en 1799, mais, selon ses dernières volontés, ses restes furent transportés à Saint-Aubin-sur- Gaillon. Le conseil municipal a voté 500 fr. pour les frais d’exhumation et concédé gratuitement le terrain sur lequel le monument doit être érigé.
[ Corresp . pour : — (10 kil.) Les Andelys (F. ci-dessous), par (5 kil.) Bouafles (F. ci-dessous) et (7 kil.) Vesillon ; — (16 kil.) Écouis (R. 27); — (28 kil.) Élrépagny (R. 24).]
De Gaillon à Gisors, R. 28; — àÉvreux, R. 58. '
Excursion aux Andelys.
La route des Andelys, après avoir croisé le chemin de fer, franchit la Seine sur un beau pont suspendu, qui date de 1846, et met Gaillon en communication avec Courcelles , v. de 277 hab., où se voient les restes d’un château fort. Au delà, une vaste plaine s’étend entre la route et la rive dr.
de la Seine ; la vue est bornée à dr.
par des bois. On traverse d’abord Bouafles, v. de 291 hab., dont l’église, de très-modeste apparence, borde la route àdr.; plus loin, Yeixllon, v. de 131 hab.. et enfin le Petit-Andely (9 kil. île Gaillon), situé à 1 kil. du Grand-Andely, avec lequel il forme une ville de 5137 hab.
Le Grand-Andely (hôt.:du Grand- Cerf, près de l’église (recommandé), de Paris; — Delcroix, libraire, éditeur de l’Histoire des Andelys par M. Brassard de Ruville (F. la bibliographie) ; — Doudain, loueur de voitures, rue de la Madeleine) , ch.-l.
d’arrond., est situé entre deux coteaux , dans la vallée du Gambon.
Le Grand-Andely doit, selon la tradition, son origine à un monastère fondé par la reine Clotilde.Sa situation, sur les limites de la France et de la Normandie, exposa cette ville à de nom-
breuses dévastations. Prise par Louis le Gros, en 1119, elle tomba ensuite au pouvoir de Richard Cœur de Lion, qui, pour garder la frontière de la Normandie, continuellement ravagée, fit élever sur un rocher qui domine le Petit-Andely, la redoutable forteresse de Château-Gaillard (F. p. 27) dont Philippe Auguste s’empara en 1204, après un siège de plusieurs mois, durant lesquels les malheureux qui avaient été renvoyés de la place, comme bouches inutiles, furent en proie à toutes les horreurs de la famine.
Entre les mains de Philippe Auguste et de ses successeurs , la ville put réparer en partie les maux qu’elle avait soufferts; mais la guerre recommença au xvc s., entre la France et l’Angleterre, et les deux Andelys furent pris par Henri V (1419) qui les garda jusqu’en 1449, époque à laquelle Charles VII les reconquit d’une manière définitive.
En 1468, Charles de Melun, convaincu de trahison , fut décapité aux Andelys par ordre de Louis XL Nous n’avons plus à signaler, comme faits importants de l’histoire des Andelys, que la mort (1562) d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, blessé au siège de Rouen, et la prise de cette ville par Henri IV, en 1591.
Les Andelys ont vu naître : Adrien Turnèbe, savant helléniste duxvi's. ; Nicolas Poussin , l’un des plus grands peintres de l’école française ; Beuzelin, auteur de poésies, mort en 1797, et le célèbre aéronaute Blanchard , inventeur du parachute.
L’église du Grand-Andely (mon.
hist.), ancienne collégiale, de diverses époques et de différents styles, est actuellement l’objet d’importantes et indispensables restaurations; certaines parties même ont été entièrement refaites dans le style primitif.
Les deux tours (xnie s.) ont été restaurées et en partie refaites à neuf. On les a consolidées en les reliant entre elles au moyen d’un porche intérieur et extérieur dont le dessus fait galerie.