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LE GRAND-ANDELY

Dégagée des plâtres et des briques qui l’obstruaient, la splendide rosace septentrionale, chef-d’œuvre de délicatesse et de légèreté , produit un effet magnifique. La grande nef, garnie sur toute sa longueur de collatéraux et de chapelles, et appartenant en grande partie au xnie s. , a été presque entièrement remaniée. On a même enlevé plusieurs parties de la voûte, mais le style primitif a été partout religieusement respecté. La nef et ses dépendances, fermées actuellement aux fidèles (1865), renferment un magnifique groupe en pierre représentant l’ensevelissement du Christ (ce groupe placé dans une chapelle spéciale provient de l’ancienne chartreuse de Gaillon); de splendides verrières de la Renaissance dont quelques-unes portent la date de 1540:

un bénitier du xv'a.; un bel autel sculpté dans la chapelle Saint -Jo- ’seph; le tombeau de Gabriel Prévost, médecin, mort en 1694. Les verrières les plus remarquables sont celles qui reproduisent les légendes de sainte Clotilde, de saint Léger, de saint Pierre, d’un prêtre nommé Théophile, et le couronnement de la Vierge ; la restauration en est commencée. Le transsept est orné à chaque extrémité d’une magnifique rosace garnie de beaux vitraux. La partie N. de ce transsept appartient tout entière à la Renaissance. On voit dans une chapelle, au S., une peinture de Léonard (Jésus chez Marthe et Marie ) . Le riche transsept méridional est orné de charmantes fenêtres et de dentelles du style flamboyant fleuri. Le chœur se termine par un chevet plat , et les collatéraux s’arrêtent à la hauteur de ce chevet, sans se rejoindre derrière le maître-autel. La chapelle de la Vierge est une construction duxvn's.

Le magnifique autel qui la décore provient de la chartreuse de Gaillon.

Le retable est garni d’un beau tableau ( Jésus parmi les docteurs) attribué généralement à Eustache Lesueurqui en est très- probablement l’auteur.

quoique certains critiques veuillent en faire honneur à Jacques Stella, un des élèves de Poussin. L’autel mérite aussi d’attirer l’attention. Les colonnes qui en supportent le couronnement offrent des chapiteaux délicatement sculptés. On remarque d’abord dans le chœur les vitraux des fenêtres méridionales qui paraissent remonter aux premières années du xvr s., puis des stalles sculptées du xv' s., représentant des sujets bizarres ou grotesques (artisans travaillant à leur métier, personnages à table, une femme, tirant du vin d’un tonneau, etc.). L’église possède, en outre, un beau buffet d’orgues, dont la menuiserie date du xvi' s., et quelques bons tableaux, entre autres un Région, Cceli attribué à Quentin Varin, le premier maître de Nicolas Poussin, et un Martyre de saint Vincent, portant la signature du même peintre. Le premier étage de la tour du clocher renferme une collection d’anciennes statues , des fragments de moulures et d’inscriptions, des débris de menuiserie ornée, etc.' La sacristie, petite salle basse , dont les voûtes à nervures accusent, d’après M. de Caumont, la fin du xiii* s., contient une magnifique chasuble du xvi* s. dont les charmantes broderies excitent l’admiration.

La chapelle Sainte-Clolilde , située près de l’église Notre-Dame, renferme un riche cul-de-lampe , de la fin de la Renaissance, décoré d’arabesques d’un goût d’élicat.

Une légende nous apprend que cette, sainte changea en vin l’eau d’une fontaine voisine de l’église. En mémoire de ce miracle, le 2 juin de chaque année, un nombre immense de pèlerins s’y rendent de toutes les contrées environnantes. Une procession a lieu de l’église à la fontaine, dans laquelle on baigne une statuette en vermeil, contenant des reliques de la sainte, puis on y jette plusieurs brocs de vin. Cette fontaine est curieuse à visiter, à cause de ses ex-

voto et de l’énorme tilleul qui l’ombrage, phénomène de végétation.

La maison connue sous le nom d’hôtel du Grand-Cerf (\e meilleur de la ville), est un très-cUrieux édifice du xvr s. , dont la façade en bois est couverte de sculptures. La vaste cheminée monumentale de la cuisine est ornée de magnifiques dessins en forme de guirlande et d’un blason répété à différents endroits sur son manteau.

A côté de la salle à manger, se trouve un petit appartement où l'on remarque une jolie porte sculptée, des vitraux, des bas-reliefs et de charmantes boiseries. On voit aussi , dans divers appartements de l’hôtel, d’anciennes tapisseries de Beauvais , des bahuts délicatement sculptés et d'autres objets antiques.

Sur la principale place du Grand- Andely (la place du Marché)-, s’élève la statue en bronze de Nicolas Poussin, érigée en 1851. SI. Louis Brian, qui en est l’auteur, a représenté le peintre assis dans la campagne, sur un débris d’architecture, du papier dans la main gauche, un crayon dans la droite et le regard fixé sur un paysage. Le sculpteur a très-scrupuleusement reproduit les traits du Poussin; mais, lorsqu’on examine la statue , en se plaçant à dr. , le mouvement de la jambe qui se ploie parait manquer de naturel. Les admirateurs du génie du Poussin ne manquent pas d’aller visiter, au hameau de Villers, le clos qui contenait autrefois la chaumière, dans laquelle il naquit, le 15 juin 1594.

U hôtel de ville possède un magnifique tableau du Poussin, Coriolan fléchi par sa mère, et un beau dessin représentant l’Adoration des bergers. C’est une très-belle copie de l’une des œuvres les plus célèbres du maître. Cette œuvre remarquable a longtemps été regardée comme un original ; M. Passy l’a payée et donnée de bonne foi pour telle, «et, il n’a été trompé qu’à demi, dit M. Gandar (Les A ndelys et Nicolas Poussin), carie dessin est excellent, et, s’il n’a pas le mérite d’une esquisse

authentique, il vautmieux que la plus belle épreuve avant la lettre. »

« Tout au Petit- Andely, dit M. Raymond Bordeaux dans un article inséré dans le Bulletin monumental, plaît à l’antiquaire, ses maisons anciennes, parmi lesquelles nous avons remarqué un fragment du xvr s. et une façade à bossages venniculés du temps de Louis XIII, et jusqu’à ses rues désertes, arrosées par de frais ruisseaux, et où l’herbe, proscrite d’ordinaire avec acharnement par les règlements municipaux, croit en toute liberté et formes comme en Orient, un tapis de verdure naturelle pour reposer les yeux. »

L 'église du Petit-Andely , placée sous le vocable de saint Sauveur, fut bâtie d’un seul jet , à la fin du xne s. Ce bel édifice, classé parmi les monuments historiques, est surmonté d'un clocher très -élevé, dans lequel on monte par un escalier en hélice, dont • chaque emmarchement repose sur une console ornée de feuillages. La façade principale, précédée d’un porche en bois du xiv' s., a subi de nombreuses mutilations. « Ce que l’on admire à l’intérieur, dit M. Raymond Bordeaux, c’est l’amplitude élégante et sévère du vaisseau, l’habile distribution des piliers qui permet d’embrasser d’un coup d’œil tout l’intérieur de l’édifice , la belle proportion du chœur et des collatéraux, la majesté des transsepts et la simplicité correcte de l’ensemble. L’église du Petit-Andely serait un type excellent à imiter de nos jours. * Ce qui nuit actuellement à ce bel ensemble dont parle M. Raymond Bordeaux, c’est un échafaudage étayant le chœur, dont la solidité a donné des inquiétudes dans ces derniers temps. Les chapiteaux de la plupart des colonnes de l’église Saint-Sauveur se font remarquer par leur élégance et sont couronnés par des abaques ronds, particularité qui, d’après M. de Caumont, est fréquente en Angleterre, mais très- rare dans les édifices français. Le pavage de l'é-

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