ROUEN. — SAINT-OUEN
de 87 mèt. depuis le pavé de l’église jusqu'au sommet.
a Du grand portail occidental, dit le voyageur anglais Dibdin, vous apercevez, quand vous entrez dans Saint- Ouen, le chœur dans tout son ensemble, dans toute sa beauté. C'est un cercle, ou plutôt un ovale entouré de hauts piliers formés de colonnes réunies en faisceaux, et dégagé de toute espèce de cloison qui pourrait en masquer la vue. Il est impossible de rien imaginer, sous ce rapport, de plus aérien, déplus séduisant; le fini et la délicatesse de ces piliers est une chose vraiment étonnante. Eu général, c’est l’absence de tout ornement étranger qui donne à l’intérieur du monument cet air svelte, dégagé, tenant de la féerie, qui n’appartient qu’à lui, et qui produit une sensation que je n’éprouvai jamais dans aucun autre édifice de ce caractère. »
La longueur de Saint-Ouen est, dans œuvre, de 135' mèt. 19 cent. ; sa largeur, en y comprenant les collatéraux, de 25 mèt. 33 cent. ; sa hauteur de 33 mèt. sous clef de voûte; elle reçoit le jour par 125 fenêtres et par trois rosaces. Le second rang des fenêtres éclaire une galerie circulaire intérieure qui règne au-dessus des collatéraux. Ces fenêtres sont ornées, pour la plupart, de vitraux d’une grande beauté, On y remarque surtout une sibylle, dans la deuxième travée du bas côté, à g. en entrant, et les dais gothiques d’une des verrières du collatéral du midi placée en face de la grille du chœur.
Cette verrière représente saint Romain triomphant de la Gargouille et faisant rentrer la Seine dans son lit. Toute la vitrerie de Saint-Ouen a été restaurée par M. Bernard, peintre sur verre à Rouen.
Dans la nef principale, nous signalerons : un bénitier de marbre, adossé au premier pilier de dr. (en entrant par le portail O.), dans lequel, par un singulier effet d’optique, vient se refléter une partie de l'intérieur de l’édifice, et une assez jolie chaire gothique éri-
FR. NORMANDIE
gée en 1861, dans le style du xiv* s.; elle fait honneur à l’architecte, 'M. Desmarets.
Onze chapelles , y compris celle de la Vierge, rayonnent autour du chœur autrefois séparé de la nef par un magnifique jubé, qu’avait fait construire, en 1462, le cardinal d’Estouleville, et qui futdétruitên 1791, lorsque l’église Saint-Ouen fut érigée en paroisse. La première, à g., contient les fonts baptismaux et la seconde le tombeau d’Alexandre de Berneval, l’un des architectes de l’église. La pierre qui recouvre ses cendres le représente à côté de son fils et porte l’inscription suivante :
Ci gist maistre Alexandre de Berneval, maistre des œuvres de macbonnerie du Roy, fitre sire, du bailliage de Rouen, et de ceste église, qui trépassa l’an de grâce mil cccc. il. le u jour de janvier.
Prier dieu pour l’ame de luy.
Cette pierre tombale , autrefois couchée sur le sol, a été encastrée dans le mur à côté d’une tombe, qui passe pour celle d’un autre architecte de Saint-Ouen. Les autres chapelles n’offrent rien de remarquable, à l’exception de celle de la Vierge, où fut inhumé le fils de Talbot et dans laquelle l'Académie des sciences, belleslettres et arts de Rouen a fait rétablir, en 1842, l'inscription tumulaire de l'abbé Marc d’Argent. En voici la traduction française :
Ci-git frère Jean Marc d’Argent, appelé autrement Roussel, autrefois abbé de ce monastère. Il commença la construction de cette église, bâtit le chœur, les chapelles et les piliers de la tour, ainsi que la plus grande partie de la croisée (transsept; du susdit monastère. Il mourut l'an 133».
Vis-à-vis est une autre inscription consacrée à la mémoire du dernier curé de Saint-Ouen, M. Mac Cartan, frappé de mort en descendant de la chaire en 1851.
On ne doit pas oublier de remarquer les belles grilles du chœur, en fer forgé, bien qu’elles ne soient pas du style général de l'église.
Saint-Ouen possède quelques bons
tableaux, entre autres : une Multiplication des pains, par Daniel llallé, une Visitation, par Deshayes ; une Ouverture de la Porte sainte, par Mauviel, derrière la chaire; un saint François d' Assise, par Lesueur, dans la chapelle Saint-Benoît; une Flagellation, par Marigny, que cet artiste peignit à l’âge de '12 ans, dans la chapelle dite Saint-Jean.
Le jardin public , qui entoure Saint- Ouen au S. E. et au N. E., offre de beaux ombrages et d'agréables massifs de verdure et de fleurs. On y voit encore à l’angle N., près de l'hôtel de ville , une espèce de tour romane du xie s., regardée par quelques archéologues comme un fragment de l’une des églises primitives qui ont précédé l’église actuelle, bien qu’elle ressemble plus peut-être à un reste de château fort qu’à un fragment d’édifice religieux. Le mécanisme de l’horloge est placé dans le second étage de cette tour.
Une statue de Rollon, placée d’abord sur un rocher au square Solferino, a été transférée dans le jardin de Saint-Ouen.
Le méridien, que l’on remarque contre le mur, au N. du bassin, décorait l’ancienne Bourse, qui se ienait en plein air, sur le quai.
L’église Saint-Maclou, située derrière la cathédrale et incomplètement dégagée des constructions qui l’entouraient, date de la 2° moitié du xv's. Elle portait autrefois le nom de fille aînée de Mgr l’archevêque, gardait les saintes huiles en dépôt et avait le privilég: de les distribuer aux autres églises. Dans les cérémonies publiques, la croix de Saint-Maclou était toujours portée en tête du cortège.
A l’extérieur, on remarque surtout le grand portail, cintre composé de trois porches que l’on regarde comme un des beaux spécimens du style gothique fleuri, et qui offrent cinq entrées dont deux sont malheureusement condamnées. Le bas-relief placé au-dessus de la porte centrale, représente
le Jugement dernier. Les portes, en bois, dont l’ornementation n’est pas moins remarquable par la composition que par l’exécution, sont attribuées à Jean Goujon ainsi que la fontaine adossée à l’église. Ces admirables bas-reliefs représentent, au milieu d’arabesques, diverses scènes des saintes Écritures. Sur la porte de la rue Martainville,les sculptures figurent la Mort de la Vierge, et sur celle du grand portail, le Baptême de Jésus-Christ.
Le beffroi vulgaire qui surmonte le grand portail a remplacé un joli clocher de forme pyramidale auquel on pouvait monter extérieurement sans échelle jusqu’à la croix. Un ouragan l’ayant fortement ébranlé, ce clocher fut démoli en 1705.
Saint-Maclou mesure à l’intérieur 46 mèt. 12 cent, de long., sur 24 mèt. 67 cent, de large, y compris ies collatéraux.
L’admirable escalier qui conduit à l’orgue, commencé en 1518 et terminé en 1519, est un chef-d’œuvre de sculpture sur pierre. L’orgue, installé en 1521 par maître Arthur Fillon, a subi depuis de nombreuses restaurations. L’illustre Jean Goujon, qui à cette époque sculptait probablement les portes de l’église, fut chargé du modèle de deux colonnes en marbre noir qui soutiennent encore l’orgue.
Un registre de 1541 donne les clauses du marché qui œ a esté faict avecque ledict Jehan Goujon pour faire asseoir deux coulonnes de marbre blanc dont les chapitaulx et la basse seront de marbre noir de Tournay, etc. » Jean Goujon fut aussi chargé de fournir le dessin des peintures et dorures exécutées par le peintre Jacques de Séez.
Saint-Maclou possède encore presque toute son ancienne vitrerie; mais les parties inférieures des peintures du style de la Renaissance ont subi de regrettables mutilations. Du milieu de la croisée on voit tout l’intérieur de la tour centrale.
L’aître Saint-Maclou (il est question de le restaurer) , dans lequel on