‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 84 sur 499 · M0NT1VILL1ERS · texte numérisé non relu

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de l’ancien château de Colmoulins que quelques pans de murailles et un colombier de forme circulaire. En face, se dresse, au-dessus des arbres, la pointe grisâtre de la flèche du clocher de l’abbaye de Montivilliers.

Montivilliers (ch.-l. de cant.), V.

de 4564 hab., agréablement située sur la Lézarde qui lui procure de belles et abondantes eaux , entre deux collines boisées qui la mettent à l’abri des vents salins, offre un aspect riant et pittoresque. On y respire un air pur et vivifiant.

Cette ville doit son oflgine à une abbaye fondée en 682 par le maire du palais Waratton, détruite deux siècles après et relevée par la piété des fidèles. La population, qui s’était établie autour de l’abbaye, ayant pris un accroissement considérable, l’entoura d’une enceinte fortifiée, et Montivilliers forma une ville qui appartenait à des moines et qui devint une place forte vers la fin du xiv° s. A cette époque, elle possédait aussi de nombreuses fabriques de draps dont les produits jouirent d’une grande vogue. Mais cette prospérité ne fut qu’éphémère; l’industrie de Montivilliers tomba , pour ne plus se relever , avec le commerce d’Harfleur.

R&. son ancienne ceinture de murailles, Montivilliers ne possède plus que des débris couverts de lierre, mais dignes pourtant de fixer l’attention des archéologues. On remarque surtout : les fossés transformés en jardins potagers; les restes de l’ancienne prison qui a conservé une porte principale et quelques pans de murailles; une vieille tour située dans un bosquet et dans laquelle, selon la tradition , aurait couché le roi Louis XI; deux autres tours en ruine sur le bord de la Lézarde, et quelques traces d’un chemin de ronde qui faisait autrefois le tour de la ville.

L’église de Montivilliers servait jadis d’église à l’abbaye et à la ville, aussi forme-t-elle encore deux édifices distincts, ayant chacun leur

portail et leur architecture. La partie de l’église destinée aux religieux de l’abbaye est dédiée à Notre-Dame et date du xi" s. ; la partie qui servait d’église paroissiale a été ajoutée au xvic s. , sous le vocable de saint Sauveur. La façade principale se compose de deux portails latéraux reliés par une tour. Le portail E. , ceîui de l’église abbatiale , offre une porte à plein cintre décorée de colonnettes et surmontée d’une magnifique fenêtre (xive s.) à six meneaux, ornée de débris de roses et de quatre feuilles. Le portail 0., celui de l’église paroissiale, est précédé d’un très-beau porche formé par trois arcades ogivales. Le tympan de la grande porte est chargé de rameaux et de feuillages ; une niche avec un dais allongé en occupe le milieu. Huit petites niches renferment des statuettes décapitées. La porte en bois (xvne s.) est ornée de sculptures représentant des vignes soutenues par des échalas, et dont les raisins sont dévorés par des ramiers.

La tour est couronnée par une flèche octogonale (xn* ou xuie s.) dont des écailles de poisson dissimulent la nudité.

L’église Saint-Sauveur, ou l’église paroissiale, se compose de la nef latérale N'., comprise entre la tour et le transsept, et de six chapelles. On y remarque : l’escalier de l’orgue, orné d’une charmante balustrade en feuille de fougère et terminé par un cul-delampe enrichi de feuilles ; les clefs de voûte des chapelles, décorées de groupes de sculptures représentant différents sujets, et un joli petit tableau sur agate enchâssé dans l’ébène (la Vierge dans les deux).

L’église Saint- Sauveur communique, par 7 grandes arcades de mauvais goût, avec l’église abbatiale, dont la nef n’offre rien de remarquable.

La chapelle de la Vierge, placée dans le transsept méridional, possède un beau retable et un intéressant autel béni par l’évêque de Damas en

1605. Dans le transsept nord, se voient deux colonnes à chapiteaux historiés représentant l’un, une femme dont la tète est couverte d’un voile et le corps terminé par une queue de poisson, l’autre, un homme ailé, à cheval sur un monstre. # •

Des travaux de restauration, exécutés de 1860 à 1861, autour de l’église abbatiale, ont mis à jour un caveau sépulcral du xvir s. , contenant encore 120 à 130 squelettes qui devaient être ceux des religieuses de l’ancienne abbaye royale. On a trouvé aussi deux grands vases à anses, remplis d’ossements, et plusieurs ardoises sur lesquelles se lisaient des noms et des dates appartenant toutes au siècle dernier.

Ce trésor archéologique a été déposé à la bibliothèque (1500 vol.) de la ville, qui possède aussi un curieux manuscrit dans lequel une des abbesses indique jour par jour le nombre et la qualité des visiteurs de l’abbaye.

Quelques rues de Montivilliers ont conservé des maisons du xvi* s. Le cimetière , situé en dehors de l’enceinte de la ville , date des premières années du xvi' s. On remarque, à l’entrée, un cloitre mesurant 25 à 30 mèt.

de longueur et construit dans le style de la Renaissance. la charpente est couverte de sculptures représentant, soit des écussons chargés des attributs de la mort, soit les instruments de la Passion de Jésus. Une petite chapelle, érigée à l’une des extrémités de ce cloître, renferme un basrelief figurant la Résurrection de Lazare. La croix de pierre repose sur un socle (style du xv's.) remarquable par sa belle exécution.

Montivilliers possède un petit temple protestant; 300 de ses habitants environ appartiennent à la religion réformée.

Sur le territoire de Montivilliers (3 kil. environ au N. O.), s’élève le chdleau de la Réautê , bâti sous Louis XII nu dans les premières années du règne de François 1". La maçonnerie, en moellons et en pier-

Aü HAVRE. [ROUTE 2]

res noires siliceuses, ne s’élève guère qu’à 2 mèt. au-dessus du sol; le reste de la construction est eu hourdis avec des montants en bois de chêne. Des corbeaux , artistement sculptés, supportent une corniche à moulures. On reconnaît, malgré leurs mutilations, plusieurs statues de saints, parfaitement bien sculptées.

A l’intérieur se voit une charmante cheminée dont les montants sont couronnés par deux chapiteaux ornés de fines sculptures. Une fenêtre de la cuisine est garnie d’une grille à losanges dign# d’attention.

De Montivilliers à Êtrctat, R. 3.

Au delà de la station d’Harfleur, la voie ferrée franchit, sur un viaduc, la vallée de la Lézarde, et, côtoyant (à dr.) la route de poste, longe à peu de distance les riants coteaux couverts de villas qui s’étendent de la vallée de la Lézarde à Sainte-Adresse. On remarque d’abord à dr. Graville-Sainte- Honorine (1609 hab.) ot les restes considérables de sa célèbre abbaye construite dans la seconde moitié du xi' s. L’église et les débris du cloître, assis sur des rochers et flanqués de contre-forts, ressemblent de loin à une citadelle entourée de remparts.

Le style roman domine dans toutes ces constructions, mais le portail de l’église a été reconstruit en grande partie vers le xiv' s. 11 était autrefois Manqué de deux tours carrées, dont la base se montre au S., à Heur de terre, et s’élève même au N. jusqu’au frontispice de l’église. Le clocher, jeté sur les transsepts et terminé par une simple saillie en pierre, offre, sur chaque pan de mur, deux rangs de fenêtres cintrées dont les voussures sont ornées d’élégantes colon nettes. Une flèche d’ardoise le couronne. La décoration extérieure des extrémités des transsepts offre des arcades circulaires entrelacées, au-dessus desquelles se voient de nombreuses figures

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