‹ Itinéraire général de la NormandieChapitre 83 sur 499 · BOLBEC · texte numérisé non relu

BOLBEC

Yéglise de Nointot, qui date de 1170, se voient encore des restes d’écussons armoriés recouverts en partie d’une bande noire. Ce sont les armoiries du comte de Saint-Julien, seigneur de Nointot, qui, vers la fin du siècle dernier, ayant violé la sainteté du beu et menacé de mort le vénérable curé de la paroisse, fut enfermé par le peuple dans la sacristie, où il resta prisonnier jusqu’à ce qu’il eût promis de respecter le curé, de verser une somme d’argent pour les pauvres et d’effacer son écusson des murs du sanctuaire qu’il venait de profaner.

Bolbec (omnibus, 30 c.; hôt. : de Y Europe (recommandé); — de la Ville de Rouen; — de Fécamp),\. de 9577 hab. , est agréablement située à la jonction de quatre vallons et sur la rivière à laquelle elle doit son nom, et qui prend sa source à l’E. , au pied d’une petite colline couronnée autrefois par le château de ses anciens seigneurs. Elle est bien bâtie, partie en briques et partie en pierres de taille; ses rues spacieuses, bien alignées et bordées de jardins ; ses jolies fontaines qui lui fournissent une eau limpide et abondante ; les élégantes maisons de campagne qui s’élèvent de toute part dans la gracieuse vallée du Bolbec, et l’animation qu’elle tire de ses nombreuses usines, lui donnent une physionomie toute particulière. Le château n’existe plus depuis un siècle, mais l’histoire accorde une place glorieuse aux illustres seigneurs qui l’ont habité. Quant à la ville , son histoire n’est pas longue.

Bourg assez important ( 1200 hab.

environ) dès le xiu” s., Bolbec, quoique fortifié, ne prit part à aucun des nombreux faits d’armes qui eurent, à cette époque, la Normandie pour théâtre. Les habitants de Bolbec, ayant accueilli la Réforme avec entraînement, prirent une large part au pillage de Lillebonne, en 1562.

En 1685, tous les industriels de Bolbec appartenaient à la religion réformée; aussi l’édit de Nantes y

frappa-t-il une grande partie de la population. Bolbec releva, au xvn* s., du comté de Maulevrier, puis de celui de Lillebonne. Vers la fin de ce siècle, il fut la proie de deux violents incendies, dont le dernier n’épargna que dix maisons. Cette petite ville s’étant relevée de cés désastres, grâce à l’activité industrielle de ses habitants, a vu s’acccroître d’année en année sa population et sa prospérité.

Bolbec est la patrie du général Ruffin, qui se distingua sur les champs de bataille de la Répubhque et de l’Empire.

L’église de Bolbec, en briques, est une construction moderne sans aucun intérêt architectural. On remarque, sur une place voisine de l’église, une jolie fontaine qui ornait autrefois les jardins de Marly et que surmonte une très-belle statue de Diane en marbre blanc. Une autre fontaine, provenant aussi des jardins de Marly et non moins remarquable, se voit au haut de la rue du Marché. Elle offre un groupe en marbre blanc représentant les Arts relevés par le Temps. La statue du Temps manque d’expression et de caractère, mais celle de la femme entourée d’enfants, qui personnifie les Arts, est très-jolie.

Bolbec possède : une bibliothèque publique ( 3000 vol. ) ; un hôpital (31 lits): un asile de vieillards (12 lits) ; une école d’arboriculture (entrée libre), et une Chambre consultative des arts et manufactures.

Parmi les nombreuses villas des environs nous mentionnerons surtout celle que l’on admire à g., au haut de la côte, sur la route d’Yvetot, et qui appartient à Mme Fauquet-Lemaltre. Le parc, remarquablement entretenu, contient de belles et grandioses avenues , de vastes pièces d’eau, et offre, outre de gracieux accidents de terrain, de magnifiques points de vue.

Les principales branches de 1’industrte bolbécaise furent d’abord le tannage, ensuite la fabrication des

jgk

ed by

DE PARIS AU HAVRE

draps connus sous le nom de frocs, puis des siamoises, des toiles, des coutils, et enfin des mouchoirs; mais l’industrie à laquelle Bolbec doit sa prospérité estcelle des indiennes, trèsflorissante dès la fin du siècle dernier, et occupant près de 3000 ouvriers, avant l’invention des machines à imprimer. On compte à Bolbec 16 fabricants de mouchoirs, qui emploient près de 2500 ouvriers. Il s’y fait également un commerce considérable de grains, ainsi que de chevaux et de bestiaux. Le produit annuel de la halle de Bolbec se monte à environ 25 000 francs.

De Bulbec à Lillebunne, R. 3U; — à Tancarvillc, R. 40.

Un remblai élevé, qui fait suite à la station de Nointot, domine à g. un petit vallon que cachent bientôt les talus d’une tranchée ; au sortir d’une seconde tranchée on aperçoit, à g., le viaduc de Mirvüle, précédé d’un remblai. Ce viaduc , immense construction en briques, de 250 met. de long, compte 48 arches de 9 mèt.

d’ouverture et d’environ 33 mèt. d’élévation au-dessus de la vallée.

Le village de Mirville (426 hab.), situé à dr. du chemin de fer, possède une petite église des xm* et xv” s., où l’on remarque : une pierre tombale sur laquelle est sculptée une croix dans le style du xu* s., le joli tabernacle en bois du maitre-autel et les statuettes des patrons de la paroisse en costume de professeurs de la Faculté de médecine.

202 kil. Beuzeville, v. de 917 hab., situé dans un petit vallon, à g. du chemin de fer, près du point où s’embranche à dr. la ligue de Fécarnp (II. 6). La commune de Beuzeville a été surnommée la Grenier à cause de sa fertilité.

[Corresp. pour: (6 kil.) Bolbec ( F. cidessus); — (6 kil.)Ào derville (R. 4, B) -J

De Beuzeville à Étretat par Goderville, R. 4; — à Fécainp, R. 0.

A un remblai, planté d’arbres verts, qui suit la station de Beuzeville, succède une tranchée, au sortir de laquelle la voie ferrée parcourt un plateau accidenté et laisse à dr. les petits clochers de Houquelot (329 hab.) et de Virville (297 hab.).

L’église de Houquetot, presque entièrement bâtie en pierre tuffeuse, est un curieux échantillon d’architecture romane. L'église de Virville se distingue par son ancienneté (xii“ ou xm* s.) et par son excellente conservation. « Les quatre pans de la tour, dit M. l’abbé Cochet, sont percés de doubles fenêtres accolées. Les modillons sont des tètes grimaçantes, des têtes plates et des têtes d’animaux.

A l’intérieur, les voûtes sans arceaux ont conservé toute la rudesse de leurs formes primitives. » On laisse aussi du même côté, c’est-à-dire à dr. , Graimbouville (608 hab.) et Etainlius (491 hab.).

211 kil. Saint-Romain-de-Colbosc (la station est à 4 kil. du bourg auquel elle doit son nom) , ch.-l. de cant.de 1762 hab. (omnibus, 20 c.), est situé -dans une plaine fertile parsemée de belles fermes et de jolis châteaux. L’église moderne n’offre aucun intérêt. Le cimetière renferme une jolie croix de pierre, dans le style du xvi' s., provenant de l’ancienne paroisse de Grosmesnil.

[Voit, de corresp. pour ; (12 kil.) Criquetot (R. 4) et (16 kil.) Bonneville (R. 3).]

Do Saint-Romain à Tancarville, R. i.

Au sortir d’une longue tranchée, on traverse d’abord des landes nues , puis le, plateau redevient boisé et cultivé. On laisse à dr. Sainl-I.aurent-de-Brévedent (643 hab.), dont le petit clocher en ardoise est une construction du xm* s. L’ancienne église a été détruite en 1415, à la suite de l’invasion anglaise. L’église actuelle, fort modeste, s’élève sur le bord de la petite rivière de Saint-

[route 2] hàrfleur. — histoire. — l'église. 87

Laurent. Du même côté, se montre, sur une hauteur, Saint-Martin-du- Manoir (508 hab.), à l’aspect pittoresque; on y voit encore les restes d’un ancien manoir féodal où coucha, dit-on, Henri IV. L'église, bâtie près du manoir et en partie neuve, renferme une chaire sculptée à jour, dans le style du xvn* s., et des fonts baptismaux du xn* s. La voie ferrée, bordée à g. par des coteaux, t-our à tour boisés et nus, domine à. dr. des usines et une petite vallée; tout à coup, au sortir d’une tranchée, on aperçoit le clocher et la ville d’Harfleur, la pointe du Hoc, les rives de la Seine, et enfin l’embouchure du fleuve, si large qu’elle ressemble à une mer.

Tl'l kil. Hàrfleur, V. de 1744 hab., est très-agréablement située sur la Lézarde et près de la rive dr. de la Seine, au pied de collines boisées, dans une vallée fertile, offrant en aval et en amont de jolis paysages.

A dr. , le château de Colmoulins attire l’attention sur un coteau boisé.

Hàrfleur était, avant la fondation du Havre, le principal port, le pnrt souverain, de la Normandie et' la station la plus considérable de l'embouchure de la Seine ; cependant elle n’occupe uno place dans l’histoire qu’à partir du xiv* s., époque à laquelle elle excita l’ardente convoitise des Anglais qui s’en emparèrent plusieurs fois, soit par la ruse, soit par la force. Sous Charles V, le port d'Harfleur recevait des bateaux marchands de Gènes, du Portugal et de l’Espagne-, ses relations commerciales étaient donc très-etendues; de plus, ses habitants établirent, à cette époque, des manufactures de draps, et la prospérité de la ville s’éleva à son apogée. En 1415, Henri V, roi d'Angleterre, ayant assiégé Hàrfleur, les habitants lui opposèrent, durant 40 jours, une résistance héroïque, mais ils durent céder au nombre. Henri V chassa de la ville plus de seize cents familles qui furent transportées à Calais et de là en Angleterre, « sans pouvoir rien emporter qu’une partie de leurs vêtements et cinq sols par tête. » Trente ans plus tard , les Cauchois s'étant soulèves en masse pour secouer le joug de

la domination anglaise, cent quatre habitants d'Harfleur prirent les armes, et, le 4 novembre 1435, ouvrirent les portes de la ville aux révoltés. Le souvenir de ce hardi coup de main s'est perpétué presque jusqu’à nos jours-, 104 coups de canon étaient tirés le matin du jour anniversaire de la délivrance de la ville.

Les Anglais, repoussés encore Une fois en 1438, vinrent attaquer la ville d’Harfleur deux ans après, avec des forces considérables, et réussirent à s’en emparer; mais ils ne la gardèrent que dix ans, car les Français la reconquirent en 1450, et depuis elle n'a plus cessé de leur appartenir.

Dès cette époque, des atterrissements commençaient à envahir le port dont l’entretienfut trop négligé pendantlesguerres; bientôt les sables amoncelés ne permirent plus aux vaisseaux marchands d’y trouver un abri. Le Havre a tué Hàrfleur. Il ne reste plus à cette ville déchue que sa belle situation, son église, le souvenir de ses glorieux faits d’armes et de sa prospérité commerciale passée. « Aujourd'hui, Hàrfleur essaye, selon l'expression de M. Jules .Tanin, d’asseoir des fabriques sur les ruines de ses remparts et cultive des légumes exquis dans ses fossés transformes en jardins. »

Hàrfleur a vu naitre Gonne ville, célèbre marin du xvi* s., qui découvrit les terres australes.

L’église actuelle (monument historique), placée sous l’invocation de saint Martin, doit dater de la fin du xv* s. et du commencement du xvi*; on y retrouve même des parties du xvn* s. Le grand portail, à fronton brisé (1868), est surmonté d’un magnifique clocher (88 mèt.) « environné, dit M. l’abbé Cochet, d’une forêt de contre-forts tapissés de feuilles de chardon et dont les voussures élégantes s’allongent en accolades garnies de crochets. Deux rangs d’ogives flamboyantes et aveugles dissimulent la nudité des murs. La tour est surmontée d’une balustrade de feuilles de fougère, et, des quatre angles, s’élancent des arcs-boutants. Quatre petites pyramides à crochets entourent la flèche principale qui , svelte et légère, s’élance dans les airs garnie de crochets, comme un peuplier de ses feuilles. »

DE PARIS AU HAVRE

Quelques écrivains modernes, entre autres Casimir Delavigne, qui s’est écrié :

C'e«t le clocher d'Harflcur, debout pour tou» apprendre

Que l'Anglais l'a bâti, mais n'a su le défendre,

ont attribué la construction de ce clochçr aux Anglais, ce qui est une fiction poétique ou une erreur. la tour d’Harflcur, construite en trèsgrande partie au xvr s., a pourtant dit être commencée au xv*. Le sommet du clocher, reconstruit en 1820, et renversé dans la nuit du 4 décembre 1832, a été réparé sans que sa forme primitive ait subi d’altération. Le portail latéral est orné de délicates sculptures malheureusement bien mutilées.

L’intérieur se compose de trois nefs presque nues. Les arcades de la nef principale manquent d’élégance; les voûtes qu’elles supportent n’ont dû être achevées que vers le xvu* s. Un mng de petites chapelles règne autour des collatéraux; ces chapelles sont presque toutes étroites et sans intérêt architectural. On ne peut donc guère signalerà l’intérieur qu’un retable en bois sculpté de la Renaissance, un certain nombre de pierres tombales et le buffet d’orgues. Au pied des marches du maître-autel se voit une pierre du xvic s. représentant une grande dame couchée, dont la t'te, coiffée à la Marie Stuart, repose sur un coussin. Une autre pierre tombale du chœur représente un diacre avec la dalmatique. Le buffet de l'orgue, dont les sculptures rappellent le style Louis XIII, offre de jolis panneaux et un curieux mélange de sujets sacrés et profanes. Il est surmonté de deux chars, dont l’un est traîné par des chevaux, l’autre par des colombes. — L’église Saint-Martin d’Harfleur a été, dans ces dernières années , l’objet d’importantes restaurations diversement appréciées au point de vue de l’art.

Dans le lit même de la Lézarde, sous le moulin de M. Saglio, se

trouvent des dalles funéraires avec inscriptions et figures du xme s.

Le château moderne d’Harfleur, bâti non loin de l'église, sur les bords de la Lézarde, un peu au S. de l’ancien château fort, dont il subsiste à peine quelques débris , est entouré d’un beau parc planté d’arbres séculaires et auquel la rivière distribue d’abondantes eaux. La façade de cet édifice, qui date de la première moitié duxvn* s., mesure environ 20 met. de longueur. La salle à manger renferme une cheminée ornée d’un écusson et de décorations remontant à l'époque de la construction.

On trouve encore à Harfleur quelques maisons du xvi* s. Des fondations d’édifices romains, découvertes en 1839 par M. Fallue, surles collines qui avoisinent Harfleur, prouvent, d’après quelques savants, que la ville d’Harfleur occupe l'emplacement de l'ancienne Caracotinum de Y Itinéraire d’Anton in.

Au château d'Orcher et à Tancarville, V. ci-dessous : Environs du Havre ; — à Ëtretat, R. 3.

Excursion à MontivilUers.

4 kil. — Voit, de corresp. (omnibus, 20 c.).

Après avoir passé d’abord sous un petit viaduc construit pour le chemin de fer, la route remonte, sur la rive dr. delà Lézarde, la charmante vallée de ce nom bordée à TE. et à l’O. par des collines boisées aux gracieux aspects. On remarque, à dr., sur le penchant d’une colline et au milieu de beaux massifs d’arbres variés, le joli château de Colmoulins (style de la Renaissance), qui possède, outre plusieurs tableaux de grands maîtres, le bois de lit et le canapé de Jean Bart, et qu’entoure un vaste parc planté d’arbres exotiques. De la terrasse, on découvre la mer, le clocher d’Harfleur, les côtes de la basse Normandie, le phare de Fatouville, Honneur, la montagne et la chapelle de Grâce, Villerville, etc. 11 ne subsiste

Page 1