ROUTE 2] LE HAVRE
Libraires. — Mme Buys , place Napoléon, 10; — T. Cochant , éditeur, rue des Drapiers, 29; — Foucher, rue de Paris, 89 (imprimerie, librairie et papeterie, curiosités et Objets d'art) ; — Blard, place Napoléon lit, 18.
SUCCUR8ALE DE LA BANQUE DE FRANCE (Grand’rue, 2); ouverte de to h. à 4 h.
Situation et aspect général.
Le Havre, V. île 74 336 hali., située sur la Manche, à l’embouchure et sur la rive dr. de la Seine, ît 5 met. d’altitude, par 49° 29' 16” de latit. et 2* 13' 45” de longitude O., est le cheflieu d’un des cinq arrondissements de la Seine-Inférieure. Cet arrondissement, composé de 9 cantons, de 121 communes, compte 189461 hab., d’après le dernier recensement. La population ne s’élevait, en 1841, qu’à 134 755 individus. 11 y a donc eu, en 22 ans, un accroissement de 54 706 habitants.
Primitivement appelée le Ifarre-de- Grdce, à cause d’une petite chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Grâce et construite sur l’emplacement d’une portion de la cité actuelle, la ville du Havre est bâtie sur une plaine occupée, avant le xv*s., par des marais salants, et que l’eau de la mer a dû couvrir entièrement à une époque peu reculée. Au N., cette plaine est bordée d’une chaîne de falaises jadis incultes, aujourd’hui couvertes de villas et de jardins (Ingouville).
Depuis son origine, la configuration du Havre a subi plusieurs changements. La ville se divisait d’abord en deux quartiers, l’un au N., celui de Saint-François, l’autre au S., celui de Notre-Dame, séparés par l’arrière-port et le bassin du Roi, le seul qu’elle possédât alors. La tour François 1" et celle du Vidante, construites à l’entrée du port, en regard l’une de l’autre, en défendaient l’entrée. Du côté de la Seine, s’élevait une forteresse remplacée sous Louis XIV par une citadelle. La première enceinte de la ville fut agrandie sous Louis XVI. Cinq portes à
pont-levis, dont la plus remarquable était la porte Hoyale, donnaient accès dans la ville. Les maisons, presque toutes bâties en bois, avaient pour la plupart leurs escaliers , comme les chalets suisses, en dehors, formant galeries et protégés par des auvents. Aujourd’hui la brique et la pierre ont remplacé presque partout le bois. Le Havre s’est surtout embelli et transformé depuis que ses fortifications démolies ont été remplacées par un système de forts détachés. De nouvelles rues, larges, propres, bien aérées, ouvertes sur les terrains nivelés du quai à la mer et à la base des coteaux d’Ingouville, se bordent de maisons modernes. Le port a été considérablement agrandi.
Quoique très-étendue, l’enceinte nouvelle était devenue insuffisante. Une partie de la population, obligée de se répandre au dehors, y avait fondé trois villes : Ingouville, Grarille et Sanvic, reliées aujourd’hui à la ville proprement dite
Il faut monter sur le coteau d’Ingouville si l’on veut jouir d’une belle vue, mais surtout si l’on désire avoir une idée exacte et complète de la configuration actuelle du Havre. On aperçoit : à ses pieds, la ville entière, son port, ses bassins, ses fauliourgs; à g., la Seine remplissant un estuaire immense, avant de se jeter dans la mer; à dr., le cap de la Hève; devant soi, la mer presque toujours sillonnée par de nombreux navires. C’est en contemplant ce magnifique panorama
t. En 1854, Napoléon I II, après avoir fait raser toutes les fortifications du Havre, réunit à cette ville celle d’Ingouville et la majeure partie des communes deGraville et de Sanvic. Sur l’emplacement des fortifications ont été créés de nouveaux quartiers qui se couvrent de belles maisons et que traversent deux magnifiques boulevards, le houlecanl Impérial allant du cours Napoléon à la mer, et le biulevard François lrr partant de l’extrémité ouest du boulevard Impérial pour aboutir à la jetée nord. Le Havre possède ainsi une ligne de boulevards de 4 kilomètres de longueur.
que le poète du Havre, Casimir Delavigne, s’écriait dans un accè3 d’enthousiasme patriotique mais exagéré :
« Après Constantinople, il n’est rien d'aussi beau. »
Direction.
Les touristes, qui viennent au Havre uniquement pour s’y promener, n'ont à y visiter que les bassins, le port, la jetée, le coteau d’ingouville et les phares. Les monuments — qu’ils verront du reste en passant — n’ont aucun intérêt architectural. Les docks seuls méritent une visite.
En sortant du chemin de fer (F. le plan), les voyageurs pressés suivront le boulevard impérial, et, parvenus devant l'hôtel de ville (K. page 97), ils descendront à la jetée ( F . page loi) par la rue de Paris (F. page 10 a). Après s’ètre promenés sur la plage jusqu'à Frascati, ils visiteront les bassins (F. page 1 00), reviendront par le bassin du Commerce à la place Louis XVI ( F. page loi), oh ils prendront un omnibus pour Sainte-Adresse (F. page 105). De Sainte-Adresse ou de la jonction des chemins (F. page 105), ils monteront aux phares. S’ils passent la soirée au Havre, par un beau temps, ils ne devront pas manquer de monter à Ingouville pour y contempler le coucher du soleil, puis la ville et ses bassins illuminés : c'est un spectacle féerique.
Histoire.
Le Havrc-de-Gràce n’était qu’une petite place sans importance avant que François l*r y fondât un établissement plus considérable. Mais, si elle fut modeste à son origine, elle prit de rapides développements. En 1517, François Ier ordonna à Guyon-le-Roy , commandant d’Honfleur, de se rendre au Havre-de-Grâce, «afin d'y percer et cdnstruire un port, propre et convenable, pour recueillir, loger et marécr les grands navires tant de nostre royaume que aultres de nos alliés. » Le roi de France, s'étant rendu lui-même sur les lieux, en 1520, trouva les travaux déjà très-avancés; il accord* même à la ville, « afin de donner espoir et ferme courage à ses sujets de la populer, » un grand nombre de privilèges qui y attirèrent une foule d'habitants. Mais, dans la nuit du 15 janvier 1525, la marée, ayant atteint une hauteur prodigieuse, détruisit la plupart des maisons récemment construites, noya un grand nombre d'habitantB et fit sombre
dans le port plusieurs navires auxquels les jetées manquaient encore. Cette marée extraordinaire fut appelée la malt marte. En commémoration de ce désastre, il se fit au Havre, pendant une longue suite d’années, une procession solennelle, le jour de la Saint-Maur.
Le danger passé, les constructions furent reprises avec une nouvelle ardeur.
Huit ans plus tard, François Ier fit construire le célébré navire la Grande-Françoise, véritable colosse, dont le travail fut confié à un sieur Lcspagnc, gentilhomme breton. Ce navire jaugeait 20«0 tonneaux, portait trois rangs de saoords,et contenait, en outre, une chapelle dans laquelle trois cents personnes pouvaient trouver place, un jeu de paume, une forge, un moulin à vent et une maison de bois sur son tillac. N’ayant pu être mis à la mer immédiatement, parce qu’on dut attendre une forte marée, il fut, dans l'intervalle, tourné et accôté, et avec ses débris furent construites plusieurs maisons du quai de la Barre.
C'est au Havre que se fit, en 1545, le fameux armement destiné à aller attaquer la flotte anglaise dans l'ile de Wight. Le vaisseau amiral le Philijipe, de 1200 tonneaux et de loo canons, construit an Havre, brûla, par accident, dans une fête donnée en présence de François I*r. La flotte, composée de 176 voiles, n’en poursuivit pus moins son expédition, et, après plusieurs tentatives vaines, revint désarmer au Havre.
Henri II, accompagné de Catherine de Médicis et de sa cour, visita le Havre que la peste venait de désoler, mais qui, en revanche, s’était enrichi de nouvelles constructions exécutées sous la direction de l’architecte italien llieronimo. Le roi ordonna d’exhausser le sol, de paver les rues et de creuser des canaux et des fossés pour faire écouler les eaux. C’est sous le règne d’Henri II que fut construite en partie l’église actuelle de Notre-Dame.
La trahison ayant ouvert, en 1562, les portes de la ville aux protestants, ceux-ci, ne sc croyant pas assex forts, appelèrent les Anglais à leur aide. Les troupes de Warvick, envoyé par la reine Élisabeth, expulsèrent ceux qui les avaient appelées ; mais l’Angleterre ne garda pas longtemps sa facile conquête, car ses soldats furent chassés peu aprèsdu Havre par le connétable de Montmorency, le vieux Brissac.etc., accourus avec une nombreuse armée. La capitulation fut signée le 29 juillet 1563. Quelque temps après, les murs de la ville furent exhaussés et l'on construisit un